Bourses d'étude pour le Sud

37 millions d’euros, mais aucune vision
Depuis des décennies, la Belgique offre des bourses d’études à des étudiants africains, asiatiques et sud-américains. Mais pendant tout ce temps, notre gouvernement n’a guère collecté des données, et encore moins développé une stratégie.
Printemps 2009. A la Direction-Générale de la Coopération au Développement (DGCD), rue des Petits Carmes à Bruxelles, le tout premier texte prospectif à propos des bourses d’études, intitulé Pour une véritable politique de bourses d’études de la Coopération belge, sort de l’imprimante. Dans cette note interne, rédigée à la demande du ministre compétent Charles Michel (MR), il est écrit qu’au sujet des bourses d’études, la coopération belge au développement « n’a pas de politique, et ce depuis longtemps ». En plus, il n’y a pour l’instant « pas de statistiques disponibles », ni sur le nombre de bourses que la coopération belge a déjà attribué, ni sur l’origine des boursiers, leurs chances de réussite ou le nombre de boursiers qui sont rentrés chez eux.

Peter Moors, directeur-général de la DGCD, est intimement convaincu du fait qu’il est utile de permettre à des étudiants africains, asiatiques ou latino-américains de venir faire des études à nos universités. ‘On instruit des jeunes qui, durant trente ou quarante ans, pourront mettre leurs compétences au service de leur pays et du développement local, même quand ils vont travailler dans le secteur privé.’

Zayneb, la fille tanzanienne que nous rencontrons dans sa chambre à la maison Astrid, une maison d’étudiants à Gand, est du même avis. Elle fait un mastère en ‘Environmental Sanitation’, qui dure deux ans. Chaque mois, elle reçoit 1000 euros de VLIR-UOS, la branche du Conseil Interuniversitaire Flamand (VLIR) qui s’occupe de la coopération au développement. Son billet d’avion, ses livres, son inscription et d’autres dépenses sont également remboursés par la même organisation. Zayneb est la fille d’un professeur à l’université de Dar es Salam. Selon toute probabilité, elle suivra les traces de son père. « Comme cette formation n’existe pas chez nous, je pourrai remporter une plus-value à Dar es Salam. »

Avion raté


En 2009, le ministre de la Coopération au Développement Charles Michel a exprimé le désir de doubler le budget pour les bourses d’études d’ici à 2015. La DGCD estime qu’en 2009, le budget s’élevait à quelques 37 millions d’euros, soit environ 2,8 pour cent du budget total de la Direction-Générale. Si Michel veut doubler ce montant, il a besoin de chiffres solides. La CTB, l’agence qui est chargée de l’exécution de la politique officielle belge au sujet de la Coopération au Développement et qui gère l’essentiel des bourses de la DGCD, a été mise au travail pour rassembler des statistiques.

En collaboration avec d’autres partenaires tels que le VLIR et son pendant francophone CUD, elle formulera des propositions concernant la politique à suivre. Pourtant, cela s’avère difficile. « Jusqu’en 2009, nous avions la tâche de suivre nos boursiers du moment de la sélection jusqu’au moment où ils rentraient à leur pays d’origine », affirment Marino Orban et Thierry Coppin de la CTB. « S’ils ne rentraient pas – ce qui n’arrivait pas souvent – on n’était pas au courant, car le boursier venait chercher le billet pour son vol de retour, mais il ‘ratait’ l’avion. Si dans l’avenir on nous accorde un budget pour suivre les étudiants après leur rentrée, nous le ferons. D’ailleurs, en 2009, nous sommes passés de programmes annuels à des programmes quadriennaux, ce qui nous permet de mieux suivre comment les étudiants enrichissent et améliorent leur ‘université mère’ après leur rentrée. »

Apiculture contre la pauvreté


« Pour les bourses qui sont attribuées dans le cadre d’un projet et dont les bénéficiaires sont des étudiants d’institutions partenaires dans le Sud, il est facile d’évaluer l’impact », affirme Kristien Verbrugghen, directeur de VLIR-UOS. « Ce qui pose plus de problèmes, c’est le suivi des étudiants qui viennent en Belgique à titre individuel. » Inge Roman, coordinatrice d’un projet de courte durée de VLIR-UOS à l’université de Gand, intitulé ‘Bijenteelt voor armoedebestrijding’ (‘L’apiculture dans la lutte contre la pauvreté’), nous dit : « Je crois que la moitié de nos anciens étudiants étrangers s’occupent toujours de l’apiculture comme activité principale. Mais je n’en suis pas sure. En tant que coordinatrice, j’essaie de rester en contact avec mes étudiants par Facebook ou par e-mail, mais c’est toujours ad hoc, et certains ne répondent pas. Nous avons toujours des projets quant au suivi des anciens étudiants, mais c’est le temps qui nous manque. Pourtant, il paraît que le VLIR est en train de mettre sur pied une structure pour les anciens diplômés. »

« En effet », affirme Verbrugghen. « En Flandre, et en Belgique en général, nous n’avons pas la tradition d’offrir une telle structure à nos diplômés. A mon avis, c’est l’un des éléments qui expliquent pourquoi nous sommes aussi peu au courant de l’impact des bourses d’études individuelles. S’il y a un suivi, il est trop dispersé, trop peu structuré et pas assez systématique. Il y a quelque temps, nous avons recueilli des exemples de bonnes pratiques que nous allons présenter à nos universités. Le but n’est pas de les pénaliser, mais de les responsabiliser. »

La CTB a déjà recueilli des chiffres auprès des partenaires, mais le vrai impact de bon nombre de bourses n’est toujours pas clair. Si on veut développer une politique, il ne faut pas seulement adapter l’offre de formations universitaires à la demande qui existe dans le Sud, mais il est aussi important d’augmenter l’impact que peuvent avoir les boursiers dans leur pays d’origine après leur rentrée. Est-ce qu’ils transmettent l’expertise qu’ils ont acquise? Est-ce qu’ils stimulent le développement local – ce qui reste quand même l’objectif final des fonds de développement?

« Grand temps de définir une vision »


Quel sera le contenu de la note politique du ministre Michel, qui verra sans doute encore le jour avant les élections fédérales de l’année prochaine? Qui le ministre sélectionnera-t-il, et cette sélection se fera-t-elle sans motifs politiques? Y aura-t-il un encadrement assez développé en Belgique, pour que nos propres étudiants puissent tirer plus de profit de ‘la couleur sur le campus’? Et – autre question épineuse – les universités seront-elles prêtes à rationaliser leur offre de formations? Kristien Verbrugghen de VLIR-UOS : « Certains mastères internationaux et certains programmes d’entraînement de courte durée existent déjà depuis quinze ans et sont également organisés aux Pays-Bas ou en Belgique francophone. Il est grand temps que les universités se demandent sur quels domaines ils veulent se profiler au niveau international et quelles formations peuvent constituer une plus-value pour les pays en voie de développement. »

La réflexion dans la rue des Petits Carmes ne vient pas trop tôt, avoue Peter Moors de la DGCD. « Au mois de mai de l’année passée, à la demande du ministre Michel, une première démarche a été faite en vue du développement d’une stratégie nationale. Avant, il n’y avait rien et le nombre de bourses différait beaucoup. Une année, la Coopération belge en accordait 1300, une autre année on n’en comptait que 200. Maintenant qu’on a doublé le budget pour les bourses d’études, il est grand temps qu’on se mette à élaborer une vision. »

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