Coupe d’Afrique 2017: le Gabon reste sur la touche

Dans un climat d’instabilité politique et économique, le Gabon a accueilli durant trois semaines la Coupe d’Afrique des Nations de football. Ses retombées s’annoncent moins positives que prévu pour le pays organisateur. Une fois les derniers supporters rentrés chez eux, le tournoi risque bien de devenir une épine dans le pied du président Bongo et de son pays.

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Ce mardi, le très controversé président du Gabon, Ali Bongo, entamait avec sa population le dialogue promis lors de ses vœux de nouvel an. Depuis sa réélection contestée en août dernier, des doutes planent sur sa possible corruption et le président est constamment mis sous pression. Violentes manifestations, chute des prix du pétrole et dette publique importante : le pays est au bord du gouffre.

Le Gabon se serait bien passé d’une Coupe d’Afrique des Nations venant accaparer 500 millions de dollars destinés à des investissements dans les secteurs de l’enseignement et de la santé. En Afrique, le football est une affaire d’État. Ali Bongo brandissait le tournoi comme le principal instrument du renouveau de son pays. Seulement, cette célébration sportive de trois semaines n’a guère eu d’effets positifs pour la réputation du président.

Pour commencer, la sélection gabonaise offrit à ses supporters un jeux décevant, malgré une place dans le groupe le plus faible. Des Panthères aux griffes visiblement émoussées par la situation de leur nation sont sorties par la petite porte du tournoi après trois matchs nuls. Ali Bongo pressentait déjà l’arrivée de l’averse après le piteux spectacle du deuxième jour, face au Burkina Faso. Il rendit alors une visite personnelle aux joueurs, certes entouré de cinquante gardes du corps armés jusqu’aux dents, pour leur signifier clairement qu’ils joueraient quitte ou double lors de leur prochaine rencontre.

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L’entraîneur Hugo Broos et son équipe camerounaise ressortent vainqueurs de la CAN.

Un message vain, car le match contre les Camerounais entraînés par Hugo Broos se solda par un triste 0-0, signifiant la sortie de la compétition pour le Gabon. Depuis 1994, jamais un pays organisateur n’avait été éliminé au premier tour. Le président n’accueillit pas la nouvelle avec le sourire. Dès le lendemain, il convoqua les joueurs dans sa résidence officielle. Le gardien de but du KV Ostende, Didier Ovono, et le ministre gabonais des Sports s’excusèrent publiquement de cette crise sportive sur la chaîne de télévision nationale.

Les rangs de l’opposition, rassemblés autour de Jean Ping, l’adversaire d’Ali bongo pendant les élections présidentielles, restèrent étonnement silencieux. Pourtant, M. Ping et ses partisans avaient décrié l’octroi d’un supplément budgétaire à la Coupe au détriment de l’enseignement. Par manque de moyens, les portes des écoles publiques sont depuis lors restées fermées. La pluaprt des membres de l’opposition appelèrent à un boycott du tournoi qui n’aboutit finalement à rien. Les trois rencontres du Gabon eurent lieux à guichet (presque) fermé et les grandes manifestations prévues n’eurent pas lieux.

Les activistes luttant dans toute l’Afrique pour la démocratie sous la bannière de Tournons la page, ne rencontrèrent pas le soutien nécessaire pour perturber l’organisation. La couverture du journal d’opposition L’ Écho du Nord railla bien le premier match en titrant Le Grand Flop!, mais elle visait par là principalement les gradins peu garnis de la cérémonie d’ouverture. Jean Ping lui-même estimait que le reste de l’Afrique n’avait pas à payer pour les querelles internes du Gabon. Il resta d’ailleurs loin des feux des projecteurs pendant la durée du tournoi.

L’indifférence de la population locale

Quoi qu’il en soit, la Coupe Africaine des Nations 2017 était loin d’être le centre des préoccupations de la population gabonaise. Dans les villes accueillant la compétition, l’indifférence l’emporta sur l’enthousiasme. Les matchs tel celui opposant la Tunisie au Zimbabwe n’intéressaientt pas du tout les locaux. À cela s’ajoute le souvenir encore frais dans les mémoires de la précédente édition, organisée en 2012 par le Gabon et la Guinée-Équatoriale. L’édition 2017 ne profitait donc plus du même caractère nouveau et excitant.

Sur les écrans de télévision, les tribunes restèrent désespérément vides durant les trois semaines de compétition, même pour une Coupe d’Afrique habituée à des statistiques d’affluence très décevantes.

Sur les écrans de télévision, les tribunes restèrent désespérément vides durant les trois semaines de compétition, même pour une Coupe d’Afrique habituée à des statistiques d’affluence très décevantes. En effet, les trajets en avion à l’intérieur de l’imposant continent africain ne sont pas une sinécure d’un point de vue du temps ou de l’argent. Les prix des tickets ne sont pas non plus à la mesure du budget de la population locale. Ceci explique pourquoi les principaux spectateurs provenaient des communautés d’expatriés.

L’économie du Gabon, l’une des plus importantes en Afrique en terme de chiffre, repose en effet énormément sur les travailleurs issus d’une région pauvre, l’Afrique de l’Ouest. Par conséquent, le Burkina Faso et le Cameroun purent compter sur une foule nourrie de supporters. Ces deux pays offrirent des prestations remarquablement supérieures aux pronostics.

Dans le prologue de la finale entre l’Égypte et le Cameroun, alors que le besoin de dialogue se faisait pressant, les tensions politiques et les critiques étaient palpables. Jeudi dernier, le Parlement européen tapa à nouveau sur les doigts du Gabon pour la plus que douteuse réélection du président Bongo.

Éléphant blanc

Les parlementaires européens estiment que le Gabon doit instamment mettre en place un système électoral transparent. Le président Bongo n’a pas apprécié cette recommandation, lui qui ne tolère pas la moindre ingérence étrangère. Les médias nationaux en ont profité pour remettre la question de l’avenir du Stade d’Oyem sur le tapis. Ce stade a été construit spécialement pour la Coupe d’Afrique dans la périphérie d’Oyem, une ville de la forêt équatoriale comptant à peine 40 000 habitants.

Sans club professionnel digne de ce nom dans la région, le stade menace de se délabrer rapidement pour devenir un white elephant, un symbole matériel d’un événement inutile et trop cher pour une nation connaissant de grandes difficultés sur le plan polique.

Traduction: Marie Gomrée

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