En quête d'un avenir malgré un chômage qui atteint des sommets

Deux jeunes Guinéens sur trois ne trouvent pas d'emploi

© Trias / Isabel Corthier

Deux Guinéens sur trois ne trouvent pas d’emploi

«Les jeunes en Guinée n’ont aucune perspective d’avenir. Un village voisin a décidé de mettre de l’argent de côté afin que les quarante jeunes puissent émigrer. Ils pourraient atteindre l’Espagne via le Maroc. Quelques semaines après le départ, les habitants entendirent que tous les jeunes avaient péri pendant le voyage » , raconte Aminata Toué, 23 ans.

Soixante à septante pourcents des jeunes en Guinée sont au chômage, déclare Youth for Change and Action (YOUCA ou anciennement Zuiddag). « Avec pour conséquence que les jeunes restent des jours durant à ne rien faire ou qu’ils finissent par émigrer. » Environ cinquante pourcents des Guinéens sont âgés de moins de 24 ans. (chiffres issus du CIA World Fact Book). « Le nombre de personnes diplômées diminue chaque année, parce qu’elles savent qu’elles ne vont tout de même pas trouver d’emploi. »

Rouguiatou Camara, 19 ans, va encore à l’école, mais elle aime préparer des gâteaux dans son temps libre. « C’est mon rêve de fonder une pâtisserie, afin de pouvoir gagner mon indépendance. » YOUCA et l’ONG Trias aident les jeunes en Guinée à créer une entreprise. Ils soutiennent par exemple les Jeunes Solidaires, organisation qui aide les jeunes entrepreneurs. Rouguiatou y a appris comment monter un businessplan.

Aminata Toué a déjà fini sa formation de banquière, mais remarqua déjà pendant sa scolarité combien il serait difficile de trouver un emploi. « Je voulais faire un stage lors de ma deuxième année, afin de déjà avoir une expérience de travail après avoir été diplômée. J’ai postulé auprès de cinq entreprises, mais personne ne voulait me prendre. J’ai finalement effectué mon stage dans un tout autre domaine de travail, parce que je ne pouvais pas entrer auprès d’une banque. »

Aminata Toué a maintenant lancé sa propre entreprise afin de gagner de l’argent. Elle vend des épices et du miel dans des emballages spéciaux.

UN (CC 1.0)

Les filles manquent de confiance en elles

« Même les personnes diplômées ne trouvent pas de job », déclare Rouguiatou Camara. Ce sont surtout les hommes à partir de 35 ans qui sont embauchés. On pense qu’ils ont plus d’expérience. En outre, Rouguiatou Camara mentionne qu’il y a encore beaucoup de discrimination dans le domaine de l’enseignement et du travail. Selon Trias, il y a même 85 pourcents des filles diplômées sans emploi.

Ce sont surtout les hommes à partir de 35 ans qui sont embauchés. On pense qu’ils ont plus d’expérience

Aminata Toué souhaite s’engager pour les filles et femmes en Guinée. « Les filles sont conscientes qu’elles ne recevront jamais de fonction importante. Elles ne vont pas suivre d’études, car elles savent qu’elles n’iront de toute façon pas plus loin. » Elle souhaite encourager les filles à suivre une formation. « De nombreuses filles en Guinée manquent de confiance en elles pour aller à l’école » Mais si une fille va à l’école, elle aura plus de chance de trouver un emploi et s’occupera mieux de sa famille, argumente Aminata Toué.

C’est la raison pour laquelle les parents doivent aussi comprendre l’importance des études pour les filles.
Fella Kourouma, collaborateur auprès de Trias Guinée signale qu’il s’agit aussi d’un problème culturel : « La plupart des revenus sont consacrés au garçon, héritier de la famille. » La fille ou les filles se marieront avec un homme et quitteront la famille. Les filles sont souvent perçues comme un investissement à perte. »

Aminata Toué parle aussi de son expérience personnelle. « Les cinq soeurs de mon père ne pouvaient pas étudier. Les persones âgées pensent que les filles ne seront pas de bonnes épouses si elles suivent une formation. Nous sommes censées nous marier à 16 ans, puis à partir de là, de veiller sur notre mari. »

Action Day

Comme chaque année, YOUCA organise son Action Day, auquel participent également Aminata Toué et Rouguiatou Camara. Plus de 15.000 jeunes Belges vont travailler durant un jour au lieu d’être sur les bancs de l’école. Le salaire ainsi gagné va à une bonne oeuvre. Il s’agit cette année d’un projet de Trias pour diminuer le chômage chez les jeunes en Guinée.

Aminata Toué répliquerait bien l’Action Day en Guinée. « Les jeunes peuvent ainsi montrer aux entreprises qu’ils sont bons dans leur domaine. C’est un modèle intéressant. Les entreprises s’imitent entre elles. Si une entreprise lance une action les autres suivront. »

Agitation en Guinée

Natasha Eder

Des manifestations ont lieu en Guinée depuis le week-end dernier, en grande partie initiées par des jeunes. Le jeune meneur du mouvement Union des Forces Républicaines (UFR) a entre autres été arrêté dimanche après-midi, raconte la BBC. La population proteste contre le président, qui souhaite modifier la Constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat. De nombreux Guinéens ne sont pas satisfaits du président et du gouvernement, qui ne font pas grand-chose voire rien du tout afin de combattre le chomâge et la pauvreté.

Rouguiatou Camara était déjà présente en Belgique, mais ne souhaite de toute façon pas se joindre aux manifestations : « Je trouve cela surtout très triste, mais je suis aussi un peu inquiète. Je n’ai plus parlé à mes parents depuis hier. »

Rouguiatou Camara ne pense pas que les manifestations vont générer plus d’emplois. Elles auront surtout un effet négatif, pense-t-elle. « Les manifestations font toujours des victimes.» Elle raconte aussi par ailleurs l’absence de collaboration entre le gouvernement et la population, nécessaire au changement.

Fella Kourouma explique que Trias ne souhaite pas se mêler à la politique.« Nous ne faisons pas confiance en la politique. », déclare-t-il. Et il y a aussi une angoisse certaine à parler des manifestations. « Cela peut avoir des conséquences négatives pour nous si les médias ne nous donnent qu’une image négative. » Les ambassadeurs ne cherchent pour l’instant pas à s’engager en politique, mais à trouver une manière de rendre la Guinée meilleure .

Traduit du néerlandais par Geneviève Debroux

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