La République Centrafricaine otage de milices

Nous vivons un été violent. Le regard du monde se concentre sur les points chauds du Moyen-Orient et la montée des tensions dans l’Est de l’Ukraine. Pendant ce temps, la République centrafricaine, hors de portée des caméras, est prise en otage depuis des mois par des milices. Plus d’un million de personnes sont en fuite. Un mot d’explication.

© hdptcar

Des combattants armés dans un camp de rebelles dans le nord-est de la RCA

Traduit par Danielle Mbari

Le régime de transition n’a pas d’influence pour faire cesser la violence.

Une catastrophe humanitaire

Le mardi 19 Août, 2014 Babacar Gaye, le chef de MINUSCA (la Mission de stabilisation multidimensionnelle intégré des Nations Unies en République centrafricaine), a rapporté au Conseil de sécurité des Nations unies. Gaye a souligné que, bien que diminué, la violence sectaire en RCA continue, même après le cessez le feu du 23 Juillet. La semaine dernière, des dizaines de civils dans le nord de la RCA ont été sauvagement massacrés, probablement par des membres du groupe rebelle Séléka. Pendant ce temps les combattants de l’anti-Balaka maintiennent la capitale Bangui dans la tourmente.  

En raison de la poursuite des violences, la situation humanitaire dans le pays continue de se détériorer. Selon les Nations Unies, près de la moitié de la population est dans le besoin d’aide alimentaire. Plus d’un million de personnes ont été déplacées et sont en fuite dans leur propre pays. Selon le Programme alimentaire mondial, comme la Syrie et le Soudan du Sud, le pays pourrait faire face à une ‘crise alimentaire majeure.’

Un accord de paix creux

Le conflit actuel a commencé en Mars l’année dernière, lorsque le gouvernement de l’ancien président François Bozizé a été renversé de force par la rébellion Séléka dirigée par Michel Djotodia. Son règne ne dura pas longtemps: sous la pression internationale et régionale, il a été à son tour obligé de céder sa place provisoirement au président du  conseil de transition, Alexandre Ferdinand Nguendet. Un gouvernement intérimaire a été créé et Catherine Samba-Panza est devenue le nouveau président par intérim. Pendant ce temps, anti-Balaka et Séléka continuent de se combattre et le régime de transition n’a pas d’influence pour faire cesser la violence.

Selon Johnny Bissakonou Vianney, un journaliste de l’Afrique centrale et aujourd’hui réfugié politique en France, l’accord de paix obtenus de force entre les rebelles n’est qu’apparent. ‘Ni  Séléka ni anti-Balaka ne sont prêts à faire des compromis ou des concessions’, dit Bissakonou. ‘La seule raison pour laquelle ils sont assis à la table de négociation est de consolider leurs positions militaires’ sur des questions clés, telles que le désarmement et la tenue d’élections libres, selon Bissakonou, ils n’ont même pas parlé.

Cependant, des élections devraient avoir lieu au printemps de 2015, selon l’ONU. La France les a également demandées. Si la violence continue, l’organisation des élections est inutile, selon Bissakonou. ‘Normalement, il y aurait des élections en 2015. Je tiens à souligner que le pays n’est toujours pas démilitarisé ou stabilisé. Dans ce contexte, des élections libres et équitables, sont bien sûr impossibles. Les deux parties ne reconnaîtraient jamais la légitimité de l’autre.’

Plus de deux parties

Un autre problème est qu’il y a plus de deux parties impliquées dans le conflit. Les négociations entre les représentants ou des rebelles anti-Balaka et Séléka, mais ceux-ci sont loin d’être des groupes homogènes avec un programme cohérent. Selon Africa Confidential (7 Mars, 2014) le mouvement anti-Balaka est divisé en cinq blocs, dont un seul (quoique le plus grand) a le soutien de l’ancien président Bozizé.

Le mouvement rebelle Séléka est divisé en deux grands blocs (Séléka Bambari et Séléka Birao) dont seule la fraction de Bambari est représentée à la table de négociation. Il ya encore de nombreuses milices actives, dirigées par des chefs de guerre locaux, qui utilisent l’anarchie pour étendre leur pouvoir.

‘Cela complique évidemment les négociations’, prévient Bissakonou. Les représentants à la table de négociation n’ont pas le contrôle de toutes les milices éclatées néanmoins considérées par la contrepartie Séléka ou anti-Balaka.’

“C’est l’essence même de toute évidence pas un conflit religieux. Les chefs rebelles utilisent des arguments religieux pour mobiliser les citoyens à se prononcer contre l’autre camp.”

Une scission selon des lignes religieuses?

Les deux mouvements rebelles viennent non seulement de différentes régions géographiques du pays, mais il ya aussi une ligne de démarcation manifestement inspirée des confessions religieuse. Les Séléka viennent du nord de la RCA et se composent de musulmans, les anti-Balaka sont majoritairement chrétiens. La Seleka veut même diviser le pays le long de ces lignes de cission.

Bissakonou est sceptique: ‘Cette exigence ne doit pas être prise trop au sérieux. Ce sont leurs moyens de pression pour obtenir ce qu’ils veulent dans les négociations. De cette façon, ils ont obtenu, par exemple, la nomination d’un premier ministre musulman, Mahamat Kamoun. L’ensemble de la communauté internationale est également opposé à une telle ségrégation.’

Il devrait également être selon Bissakonou pas pris trop au sérieux la distinction religieuse. ‘Ce conflit, par essence, n’est pas un conflit religieux. Les chefs rebelles utilisent des arguments religieux afin de mobiliser et monter les  citoyens les uns contre les autres.  Des civils innocents sont tués aujourd’hui et attaqués en raison de leurs croyances religieuses, mais cela est principalement dû à la rhétorique religieuse qui a été utilisée dans un conflit de nature politique.’

L’absence de l’Etat

Sur le papier, la RCA a bien un Conseil National de Transition, un président et un premier ministre mais, en réalité, ils ne représentent rien. Bissakonou: ‘Pour parler d’un gouvernement, il devrait y avoir une armée nationale et d’un budget de l’État. Il n’y a pas d’armée et toutes les recettes de l’Etat proviennent de la communauté internationale.’

‘Le conseil transitoire n’est pas représentatif de la population’, dit Bissakonou. ‘Il s’agit d’un ensemble de représentants des intérêts acquis. Qui a les meilleurs contacts et négocie au mieux, peut imposer son point de vue.’

Soutien de l’Organisation des Nations Unies

Selon le planning actuel, en Septembre, la MINUSCA, la mission de maintien de la paix des Nations Unies remplacera le 15 Septembre les initiatives antérieures de l’Union africaine (Misca) et la mission actuelle des Nations Unies (BINUCA). La MINUSCA travaillera également en étroite collaboration avec quelque 2.000 soldats français dans le pays. La MINUSCA sera constituée au total d’environ 10.000 soldats et 2.000 policiers, venant du Bénin, du Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, le Maroc, la France et l’Indonésie, et en RCA.

Toutefois, la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU indique que leur mission est d’abord une opération défensive pour protéger tous les citoyens et faire respecter les droits de l’homme. En outre, la mission sera de soutenir le gouvernement de transition et lancer un processus de démilitarisation. Pour ce faire la MINUSCA pourrait utiliser “tous les moyens nécessaires”. La question reste de savoir comment l’armée remplira cette tâche. Bissakonou: ‘On ne sait pas si les opérations militaires sont autorisées en vertu du mandat actuel de la MINUSCA. Les rebelles du moins ne se laissent pas désarmer volontairement.’

Allons-nous vers un scénario somalien? L’absence d’une autorité centrale et la violence sectaire brutale sont certainement des facteurs inquiétants.

L’avenir incertain

La RCA sera-t-elle dans les prochains mois entraînée dans une spirale de la violence anarchique? L’absence d’une autorité centrale et la violence sectaire brutale sont certainement des facteurs inquiétants.

Bissakonou: ‘Nous avons besoin d’un médiateur puissant qui puisse obliger à commencer à désarmer les parties. Il est peu probable qu’un voisin africain puisse assumer ce rôle. La France veut de préférence retirer ses mains de la RCA et d’autres pays occidentaux sont réticents à prendre le relais. Il reste à voir si la MINUSCA peut remplir ces tâches.’

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