‘L'augmentation du taux de vaccination mondial est insuffisante’

Une étude de l’association sans but lucratif Civio révèle que le nombre de personnes recevant les vaccins obligatoires, contre des maladies comme la rougeole, augmente partout dans le monde, mais à un rythme très lent. Cette stagnation est notamment imputable à la hausse du coût de la vaccination et à la méfiance envers le secteur pharmaceutique.

CDC Global (CC BY 2.0)​

 

L’organisation à but non lucratif espagnole Civio a conduit une étude approfondie sur l’état de la vaccination dans le monde, notamment contre la rougeole, la poliomyélite, la coqueluche, le tétanos et le papillomavirus, qui peut causer le cancer du col de l’utérus. Les conclusions de l’étude démontrent que l’augmentation du taux de vaccination contre ces pathologies reste insuffisante ; leur éradication prendra dès lors plus de temps. Dans certaines régions, des virus jusque-là disparus pourraient refaire surface.

Civio rapporte qu’en 2015, un total de 200 000 cas de rougeole ont été recensés, entraînant cette même année la mort de 73 844 enfants de moins de quatre ans. Ce qui étonne, c’est que malgré l’existence d’un vaccin depuis les années soixante, 26 000 des signalements de la maladie émanaient de l’Europe. En comparaison, le continent américain complet s’en sort nettement mieux, avec à peine 611 malades.

Civio annonce que beaucoup de pays ne vaccinent pas suffisamment leur population pour assurer leur résistance face à des maladies comme la rougeole

Plus importante que les chiffres absolus, l’immunité grégaire (herd immunity) désigne la résistance collective d’une population face à une maladie particulière. Des données recueillies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèlent qu’en 2015, au moins 105 des 187 pays où l’étude fut réalisée n’atteignaient pas le taux d’immunité nécessaire pour protéger leur population de la rougeole. Par conséquent, le taux d’immunité à l’échelle globale se situait à 85 %, un pourcentage insuffisant, en principe, pour protéger la population mondiale de cette maladie.

Immunité grégaire (herd immunity) désigne la résistance collective d’une population face à un certain virus. Il suffit qu’un pourcentage de la population soit immunisé pour que le groupe entier soit protégé. En effet, quand un nombre suffisant de personnes sont immunisées, le virus ne peut plus se propager si facilement. Les personnes non vaccinées, en principe plus vulnérables, courent alors un moindre risque de contracter la maladie dont il est question. Ce pourcentage de vaccination nécessaire dépend de la contagiosité de la maladie. Par exemple, le virus provoquant la rougeole se propage très rapidement ; l’immunité grégaire permettant de contrer sa contagion se situe à 95 % de la population.

En outre, les enfants doivent recevoir deux doses du vaccin pour développer leur immunité à la rougeole. Les données concernant l’administration de cette seconde dose sont encore plus faibles : à peine 50 des 143 pays de l’étude en inoculaient assez pour atteindre l’immunité grégaire. Le score de la Belgique, pour cette seconde dose, n’était pas non plus suffisant.

Une tendance similaire s’observe dans la vaccination contre la coqueluche, la diphtérie, le tétanos et même contre la polio, pourtant presque éradiquée. D’après Civio, trop de pays vaccinent trop peu pour assurer l’immunité grégaire à l’échelle nationale (et mondiale).

Question de prix, ou question de priorité ?

Selon les journalistes de Civio, quelle est la cause de l’augmentation ralentie de la vaccination mondiale ?

Premièrement, ils pointent du doigt la hausse du coût des vaccins. En raison de la forte concentration du secteur pharmaceutique, une poignée d’entreprises détient le monopole de la fixation des prix. En effet, Civio révèle que 80 % des ventes globales de vaccins reviennent à quatre sociétés : Sanofi Pasteur, Merck, Pfizer et GlaxoSmithKline. À quoi viennent s’ajouter les brevets, ce facteur important dans l’augmentation des prix.

Civio estime que ceci se répercute sur les quantités de vaccins que les pays en voie de développement sont en mesure d’obtenir. Dans l’ensemble, les taux de vaccination de ces pays sont nettement plus faibles que ceux des pays riches ; une constatation en contradiction de la politique de discrimination des prix soi-disant appliquée par les entreprises pharmaceutiques. Par discrimination des prix, on entend qu’une entreprise propose un même produit à des prix différents, en fonction des moyens financiers de ses clients. L’étude de Civio dévoile qu’en réalité, les gouvernements de pays relativement plus pauvres payent autant, sinon plus, que ceux des pays riches.

L’étude dévoile que, souvent, les gouvernements de pays relativement plus pauvres payent autant, sinon plus, que ceux des pays riches

Il convient ici de mentionner que ces conclusions se basent sur une analyse des dépenses des gouvernements de sept pays seulement. L’immense majorité des pays publient peu ou aucune information concernant l’argent dépensé pour l’achat de vaccins. Souvent, les contrats négociés avec les fournisseurs contiennent des clauses de confidentialité. L’OMS elle-même ne rend pas ces informations publiques.

Il est dès lors difficile de vérifier si le modèle de discrimination des prix est mis en pratique. Civio estime également que pour les pays en voie de développement, ce manque de transparence diminue les possibilités de comparer et de déterminer un prix juste pour les vaccins qu’ils achètent. Jusqu’à présent, l’OMS n’a pas fait preuve d’une grande fermeté dans ses tentatives de dévoiler les montants impliqués dans la vente de vaccins.

Cela dit, nombreux sont les pays en voie de développement qui utilisent déjà un système leur permettant d’acheter par le biais d’Unicef des vaccins en grandes quantités et à des prix avantageux. Unicef les achète pour les revendre directement à GAVI, une alliance qui centralise la demande de vaccins des pays en voie de développement et redistribue les doses achetées entre ses membres. Unicef annonce publiquement combien chaque vaccin lui coûte.

Outre le prix élevé et croissant des vaccins en soi, Civio renvoie également à des rapports de Médecins sans frontières (MSF) qui soulignent le rôle joué par les infrastructures, entre autres. De ce point de vue, le calendrier de vaccination bien rempli – durant leurs premières années de vie, les enfants doivent recevoir des vaccins contre différentes maladies et en plusieurs doses – serait problématique, d’après MSF. Pour les habitants de régions en voie de développement, les fréquents déplacements à l’hôpital coûtent tout simplement trop cher.

‘Le prix des vaccins reste relativement acceptable. Le principal obstacle à la vaccination dans les pays en voie de développement, c’est que les régimes locaux n’y accordent pas une priorité suffisante.’

De manière générale, MSF déplore que les circonstances particulières de transport, de conservation et d’administration des vaccins ne soient souvent pas prises en compte dans la lutte contre les virus dans les pays en voie de développement.

Marc Van Ranst, professeur en virologie et en épidémiologie à l’université catholique de Louvain (KULeuven), nuance ces révélations. ‘Le prix des vaccins comme le manque de transparence restent relativement acceptables. Le principal obstacle à la vaccination dans les pays en voie de développement, c’est que les régimes locaux n’y accordent pas une priorité suffisante. Quand un gouvernement préfère investir dans, par exemple, des avions de chasss que dans la protection de sa population face aux maladies, il ne faut pas en attribuer la faute aux entreprises.’

‘L’opacité des dépenses gouvernementales pour des vaccins est elle aussi relative, certainement en regard de la part des impôts consacrés à la Défense, par exemple. Entre eux, la majorité des pays savent très bien combien ils payent pour des médicaments et des vaccins.’

Sanofi Pasteur (CC BY-NC-ND 2.0)​

 

Méfiance

En plus des causes liées au prix des vaccins, à la structure du secteur pharmaceutique et aux moyens et infrastructures des régions en voie de développement, Civio signale une deuxième tendance sous-jacente freinant la courbe de vaccination. Il s’agit de la méfiance en hausse envers le secteur pharmaceutique, un phénomène qui, selon l’étude, touche principalement les pays européens.

Marc Van Ranst confirme que les mouvements anti-vaccins influencent la stagnation du nombre d’inoculations dans le monde.

‘Aux États-Unis et en France, notamment, les arguments des anti-vaccins ont un réel effet sur les décisions des gens.’

‘Dans les régions dont les habitants peuvent se permettre de questionner le risque d’épidémie et l’utilité des vaccins, les critiques de la vaccination trouvent en effet plus d’écho. Les réseaux sociaux, qui relaient considérablement les messages, quels qu’ils soient, jouent aussi un rôle prépondérant.’

‘Bien qu’il s’agisse encore d’un phénomène limité, aux États-Unis et en France, notamment, les arguments des anti-vaccins ont un réel effet sur les décisions des gens. Nous pouvons nous estimer heureux que nos médias flamands soient responsables à ce sujet et n’essayent pas de marquer des points au moyen de nouvelles sensationnelles sur le bien-fondé ou les dangers des vaccins.’

‘Que les choses soient claires, cela ne veut pas dire que nous devons être naïfs face aux intentions du secteur pharmaceutique. Ces entreprises vendent des médicaments et des vaccins pour générer un profit, non par charité. Elles doivent être soumises à un contrôle extrêmement rigoureux, en particulier pour la composition de leurs produits. En général, il est tout à fait possible d’établir une relation correcte et honnête avec les fabricants et les vendeurs de vaccins.’

Histoire d’un succès

En plus des affirmations que les vaccins présentent un danger en soi, certaines régions du monde voient se dissiper la crainte des maladies et des épidémies. Bon nombre de personnes sont moins vigilantes et ne considèrent plus la vaccination comme un élément nécessaire. Civio prévient des risques de cette attitude. Il existe plusieurs exemples de maladies que l’on croyait éradiquées et qui refont surface par manque de vigilance.

Civio rappelle que l’histoire de la vaccination fut l’histoire d’un succès. Avant la découverte du vaccin contre la rougeole, dans les années soixante, des millions d’enfants mourraient chaque année de cette infection virale. Le nombre de victimes diminua fortement pour atteindre les 73 844 cas mortels en 2015 mentionnés plus haut. Les efforts pour éliminer la polio, qui provoque la paralysie, furent eux aussi très efficaces. Entre 1980 et 2016, le nombre de cas enregistrés dans le monde est passé de 52 630 à 42, d’après Civio. N’oublions pas non plus la victoire contre la variole et les avancées en matière de lutte contre la coqueluche.

‘La tendance générale est très positive, aucun doute là-dessus. Nous avons encore du pain sur la planche, certes – surtout dans les pays en voie de développement, mais le nombre d’enfants ayant accès à ces vaccins vitaux dans le monde a incontestablement augmenté au cours des dernières années. Si les taux de vaccination et d’immunisation augmentent plus lentement aujourd’hui, c’est aussi parce que l’immunité grégaire a déjà été atteinte dans bon nombre de pays. Dans ces régions, le taux de vaccination doit être maintenu, sans pour autant devoir être revu à la hausse,’ conclut Marc Van Ranst.

Civio est une association sans but lucratif s’étant fixé pour objectif de tirer la démocratie de la société vers le haut. Pour ce faire, elle informe clairement les citoyens et leur offre plus de transparence.

Pour son projet Medicamentalia Vaccines, Civio a bénéficié du financement de Journalism Grants, lui-même soutenu par la Bill & Melinda Gates Foundation, une fondation qui finance des projets de vaccination d’envergure, comme le GAVI. Journalism Grants s’inscrit dans l’European Journalism Centre, une autre association non lucrative qui se consacre au soutien et à la promotion d’un journalisme de qualité. Civio affirme avoir conduit cette étude indépendamment de toute influence de Journalism Grants ou de la Bill & Melinda Gates Foundation. Les résultats de l’étude de Civio et sa méthodologie sont consultables sur internet : Medicamentalia Vaccines .

Traduction : Marie Gomrée

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