Les grosses fortunes belges ont plus d'un tour dans leur sac...

Des sociétés offshore enregistrées au Panama et dans les Îles Vierges britanniques, des comptes en banque ouverts en Suisse, au Luxembourg, à Hong Kong ou à Curaçao : bienvenue dans les coulisses de la haute finance belge. Les noms de six grandes familles apparaissent dans les documents de Mossack Fonseca. MO* a pu y avoir accès grâce à l’ICIJ et au Süddeutsche Zeitung.

La famille de Spoelberch

(La famille la plus fortunée de Belgique selon le classement des Belges les plus riches)

Andrea Kirkby (CC BY-NC 2.0)​

de Spoelberch, une famille aritrocratique Belge, est surtout connu pour les investissements dans les brasseries

Qui ? La richissime famille de Spoelberch, de sang noble, est l’une des trois grandes familles actionnaires d’AB InBevn, le plus grand groupe brassicole au monde. Cette famille a précédemment été citée dans les dossiers LuxLeaks et SwissLeaks. Dans les Panama Papers, on retrouve les noms de Rodolphe de Spoelberch (58) et de ses fils Patrice (37) et Alexis Bailo de Spoelberch (34). Ce dernier avait bénéficié d’une suspension de prononcé dans une affaire où il avait falsifié des prescriptions médicales dans le but de se procurer des antidouleurs.

Leurs activités offshore ? En 2013, une enquête du PVDA, l’aile flamande du PTB, a souligné la présence de deux sociétés offshore belges appartenant à Rodolphe de Spoelberch dans le registre des sociétés enregistrées à Panama. Les Panama papers révèlent que Rodolphe était directeur, administrateur (— adjoint) et/ou trésorier de Rolph Marketing Corp et Greyberg Holdings. En outre, ces sociétés ont été créées par un intermédiaire suisse basé en Lausanne et les sociétés ne sont plus actives depuis des années.

« Nos actionnaires familiaux ne souhaitent pas répondre aux questions de la presse. »

Aujourd’hui, c’est la société offshore d’Alexis et de Patrice Bailo de Spoelberch qui fait l’objet de critiques. En octobre 2011, ces deux Belges, qui vivent respectivement en Suisse et à Monaco, étaient directeurs de la société panaméenne Retro Marketing Corp. Une société offshore établie aux Seychelles en était la codirectrice. Moins de quatre ans plus tard, un bureau d’avocats suisse prévenait le cabinet luxembourgeois de Mossack Fonseca que ses « clients » désiraient liquider leur société enregistrée au Panama. En juin 2015, Alexis et Patrice Bailo de Spoelberch ont signé à Saint-Tropez le mandat pour la dissolution de ladite société.

Leur réaction : « Nos actionnaires familiaux ne souhaitent pas répondre aux questions de la presse », nous a répondu le service communication de la société AB InBev. « Nous tenons à faire remarquer qu’il s’agit d’une affaire concernant des personnes et qu’elle n’a donc aucun lien avec les activités de notre société. » Dominique Lecoq, l’avocate suisse d’Alexis et de Patrice Bailo de Spoelberch, a déclaré que la société Retro Marketing Corp « n’avait jamais été utilisée par ses clients » et qu’elle avait même été créée « à l’insu de ses clients par leur avocate précédente, chargée de la gestion de la fortune de la famille ». Cette dernière a contesté ces allégations par l’intermédiaire de son propre avocat: « Aucun avocat ne serait assez idiot pour créer une société au nom de leur client sans leur accord préalable ».

La famille de Marc Saverys

Mike Mozart (CC BY 2.0)​

Sebastiaan Saverys vit au Pérou. Il y a fondé l’entreprise Stevia One en 2009. Cette société produit des édulcorants à partir de stévia.

(Classée 23e dans le classement des Belges les plus riches)

Qui ? La famille Saverys doit sa fortune à une compagnie de transport maritime. Marc Saverys est un des descendants de Bernard Boel, le fondateur du chantier naval Boel de Tamise. L’ingénieur Sebastiaan Saverys (36), fils de Marc Saverys, habite à Lima, au Pérou, où il a fondé l’entreprise Stevia One, qui produit des édulcorants à partir d’une plante appelée stévia. Il est également directeur et CEO de Durabilis, qui investit dans les pays du tiers-monde.

Leurs activités offshore ? En mai 2014, Sebastiaan Saverys est devenu actionnaire et directeur de Grand Platinum Limited, une société offshore créée dans les Îles Vierges britanniques. Cette société dispose d’un compte en banque à Hong Kong.

Au fil du temps, Mossack Fonseca est devenu l’agent d’enregistrement de Grand Platinum Limited, c’est-à-dire que le cabinet d’avocats s’occupait des contacts avec les autorités des Îles Vierges britanniques. À cet effet, Mossack Fosseca a dû conserver tous les documents portant sur la société offshore. Et qu’en ressort-il ? Entre mai 2014 et avril 2015, Sebastiaan Saverys a démissionné au moins à trois reprises de sa fonction de directeur de Grand Platinum Limited, et à chaque fois pendant deux jours. Étrange, n’est-ce pas ?

« La société enregistrée dans les Îles Vierges britanniques, reliant un compte en banque à Hong Kong et le compte en banque personnel de mon client au Pérou, sert uniquement à garantir la sécurité de mon client. »

Pendant ces courtes périodes, Mossack confiait la direction de la société à une société enregistrée à Anguilla et Grand Platinum Limited prêtait de l’argent à… Sebastiaan Saverys. En d’autres mots, Saverys se prêtait de l’argent à lui-même. Des sommes astronomiques — 6,7 millions de dollars au total ­­— ont été versées sur un compte de M. Saverys au Pérou. Elles devaient être remboursées dans les quatre ans avec un intérêt à hauteur de 7 pour cent. Ces fonds provenaient d’un compte à Hong Kong lié à la société offshore des Îles Vierges britanniques.

En mars 2015, la Financial Investigation Agency, l’agence de contrôle financier des Îles Vierges britanniques, a demandé à Mossack Fonseca de lui fournir d’urgence diverses informations concernant la société offshore de Sebastiaan Saverys. L’agence a bien insisté sur le caractère confidentiel de l’enquête. Mossack Fonseca leur a indiqué que Sebastiaan Savrys était le bénéficiaire effectif de Grand Platinum Limited, que les fonds de la société provenaient d’un héritage et que la société avait été créée pour financer des projets immobiliers au Pérou.

Au printemps 2005, la société Grand Platinum Limited a accordé un prêt de 8 millions de dollars à Stevia One, basée au Pérou, par l’intermédiaire d’un contrat rédigé en mai mais antidaté en mars.

Leur réaction? « Les fonds présents sur le compte en banque LGT à Hong Kong sont issus d’activités tout à fait légales », a souligné l’avocat de Sebastiaan Saverys. « Mon client réside au Pérou depuis 2011 et il y paie tous les impôts qu’il faut. La société enregistrée dans les Îles Vierges britanniques, reliant un compte en banque à Hong Kong et le compte en banque personnel de mon client au Pérou, sert uniquement à garantir la sécurité de mon client. Il n’y a aucune raison d’imaginer d’autres motivations, surtout pour le fisc belge, puisque mon client réside aujourd’hui au Pérou. »

La famille d’Eddy Van Den Broeke

(61e dans le classement des Belges les plus riches)​

Cristian (CC BY-NC-ND 2.0)​

Un ouvrier pose du bitume à Milan, en Italie.

Qui? L’entrepreneur Eddy Van Den Broecke (69) était actif dans le secteur des transports. Il a fait de son entreprise anversoise Eres un acteur international de premier plan dans le secteur de la vente et du transport de bitume, notamment utilisé pour le revêtement des routes. En juin 2015, M. Van Den Broecke a vendu Eres au groupe français Rubis. Il habite depuis quatre ans en Suisse.

Leurs activités offshore? À en croire les documents qui ont fuité, Eddy Van Den Broecke est le bénéficiaire effectif d’au moins cinq sociétés offshore créées entre 2005 et 2008 sur les Îles Vierges britanniques. Dans certains cas, un intermédiaire luxembourgeois était actionnaire de l’entreprise. Ces sociétés détenaient entre autres des actions chez une compagnie pétrolière africaine, chez des entreprises de Curaçao propriétaires de navires-citernes reliant Trinidad au le Nigéria, et chez deux holdings basées au Panama. Ces sociétés ont été dissoutes fin 2015. Les contacts entre Eddy Van Den Broecke et Mossack Fonseca, qui servaient d’agent d’enregistrement pour les trois sociétés offshore enregistrées sur les Îles Vierges britanniques, ont eu lieu par l’intermédiaire d’un agent établi à Curaçao.

Sa réaction? « Les sociétés offshore en question sont actives dans le commerce maritime, dans l’entreposage et le transport de bitume en Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire des secteurs d’activités vendus il y a peu à la société Rubis », a déclaré un conseiller d’Eddy Van Den Broecke qui souhaite conserver l’anonymat.

« Nous n’avons rien à cacher, mais le contrat de vente d’activités liées au bitume à la société Rubis comprend des clauses de confidentialité qui ne nous permettent pas d’en dire davantage. »

« Les bénéfices de ces sociétés ont toujours été déclarés conformément à la législation fiscale des pays concernés. Nous n’avons donc rien à cacher, mais le contrat de vente d’activités liées au bitume à Rubis comprend des clauses de confidentialité qui ne nous permettent pas d’en dire davantage. Sachez simplement que ces sociétés offshore n’ont pas été créées pour des motifs fiscaux (la taxation au tonnage s’applique aux sociétés propriétaires de bateaux, tout comme en Belgique).

Les bateaux ont été immatriculés dans les Antilles néerlandaises afin de pouvoir engager des équipages et des officiers non européens dans une région ou la piraterie est un danger. De cette façon, des habitants locaux peuvent être engagés sur les bateaux à destination du Nigéria. Les normes de sécurité en vigueur dans les Antilles néerlandaises pour les bateaux sont en outre davantage adaptées à la région de l’Afrique de l’Ouest. L’objectif des sociétés créées dans les Îles Vierges britanniques est surtout de protéger l’identité des personnes. »

La famille Kandiyoti

(100e dans le classement des Belges les plus riches)

Public Domain​

Chemitex est une des plus grandes industries textiles textiles au monde. Elle produit notamment des bobines de fil.

Qui? La famille Kandiyoti est à la tête de Chemitex, une des plus grandes sociétés-textile au monde. Cette entreprise bruxelloise existe depuis 1970 et est connue pour ses énormes stocks de tissus destinés à la décoration intérieure ou à la confection de vêtements.

« L’entreprise Chemitex n’a aucun lien avec les sociétés dont vous parlez. »

Leurs activités offshore? Six membres de la famille Kandiyoti ont, entre 1994 et 2005, rempli la fonction d’administrateur délégué de six sociétés offshore sur les Îles Vierges britanniques, comme par exemple Bluebird Capital Management Inc et Siveco Trading Ltd. Il existe des liens entre certaines de ces entreprises et des comptes ouverts en Suisse.

Leur réaction? Ingal, Erol et Metin Kandiyoti nous ont répondu exactement la même chose : « J’ai déclaré tous les comptes en banque que je devais déclarer en Belgique et j’ai payé tous les impôts que je devais payer. L’entreprise Chemitex n’a aucun lien avec les sociétés dont vous parlez. »

La famille de Gery De Cloedt

(131e dans le classement des Belges les plus riches)

Jeroen van Lieshout (CC BY-NC-ND 2.0)​

Il y a quelques années, le nom de Gery De Cloedt est apparu dans les journaux car il est devenu propriétaire du polder Hedwige.

Qui? Gery De Cloedt (47), de la cinquième génération de l’empire familial, a entrepris des projets de drainage à la côte belge fin des années nonante. Son père, Jean-Jacques De Cloedt, a vendu ses parts dans la société DEME en 2000. Gery dirige un groupe de sociétés actives dans le bétonnage, dans la dépollution des sols, dans les matériaux de construction, dans l’exploitation de sablières et de gravières, et dans le dragage. Il y a quelques années, Gery De Cloedt est également devenu propriétaire du polder Hedwige, un espace naturel situé à la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas.

Leurs activités offshore? Fin des années quatre-vingt-dix, Gery De Cloedt était fondé de pouvoir d’une société enregistrée dans les Îles Vierges britanniques (Vital Associates Inc). Les contacts avec Mossack Fonseca ont eu lieu par l’intermédiaire d’un prestataire de services financiers basé au Luxembourg. En 2006, Gery De Cloedt a reçu un mandat — à nouveau par l’intermédiaire du Luxembourg — pour une autre société offshore enregistrée elle aussi dans les Îles Vierges britanniques, Appaloosa Resources Inc.

Leur réaction? Nous les avons contactés mais nous n’avons reçu aucune réponse de leur part.

La famille Swenden

(371e dans le classement des Belges les plus riches)

Qui? La famille Swenden est connue dans le secteur de la brique dans la région de Rupel. Dans les années quatre-vingt-dix, Eric Swenden, originaire de Laethem-Saint-Martin, a occupé un poste haut placé au sein de l’entreprise Vandemoortele, une entreprise de premier plan dans le secteur alimentaire en Europe. En 2014, Vandemoortele affichait un chiffre d’affaires de 1,2 milliard. Après son départ de l’entreprise Vandemoortele, Eric et son frère ont racheté en 2002 le fabricant de pralines Gudrun. Fin 2015, cette société a été reprise par un fonds financier.

Leurs activités offshore? Entre 1993 et 2000, Eric Swenden et ses proches ont fait appel à cinq sociétés offshore panaméennes, comme par exemple Frigate Finance SA, Squire Finance SA en Fulham Finance SA. Ils étaient fondés de pouvoir ou bénéficiaires effectifs de ces sociétés, créées par l’intermédiaire d’une société de conseil fiscal luxembourgeoise bien connue. Une des sociétés offshore, Fulham Finance SA, disposait en outre depuis 1999 d’un compte en banque au Luxembourg chez Credit Suisse Private Banking. Des documents de Mossack Fonseca indiquent que les entreprises ont depuis été liquidées.

Leur réaction? Nous les avons contactés mais nous n’avons reçu aucune réponse de leur part.

Le classement des Belges les plus riches a été établi par le journaliste Ludwig Verduyn (derijkstebelgen.be).

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