L'impact direct enfin prouvé:

Un plus grand nombre de femmes en politique réduit la corruption

内閣官房内閣広報室 (CC BY 4.0)

 

Plus de femmes au pouvoir, c’est bel et bien une mauvaise chose pour ceux qui préfèrent contourner les règles.  Pour la première fois, il a été démontré que plus il y a de femmes dans les arènes politiques nationale et locales, plus la corruption est réduite. Bien que cela ne signifie probablement pas que la femme est par nature moins corrompue.

Une analyse approfondie des données de 125 pays a permis de mettre en évidence le lien direct entre la corruption et la représentation des femmes en politique. Chandan Jha (Le Moyne College, New York) et Sudipta Sarangi (Virginia Tech, Blacksburg) ont publié les conclusions de leurs recherches ce mois-ci dans la revue scientifique Journal of Economic Behavior & Organization.

Moins de corruption, c’est la conséquence et non la cause de plus de femmes en politique

La recherche avait déjà montré que plus il y a de femmes à des positions politiques importantes, plus il y a d’investissements dans l’éducation et les soins de santé. Nous savons aussi depuis un certain temps qu’il y a moins de corruption dans les pays où il y a plus de femmes dans la gouvernance politique. Mais jusqu’à présent, on ne savait pas encore clairement qu’est-ce qui est cause et qu’est-ce qui est effet. Les femmes ont-elles plus d’opportunités politiques dans des pays moins corrompus ? Ou est-ce qu’une plus grande égalité entre les sexes en politique conduira à moins de corruption ?

« En sciences sociales, on ne peut jamais garder tous les facteurs environnementaux stables. Nos recherches ne se font pas en laboratoire. Par conséquent, dans toutes les enquêtes précédentes, il y avait beaucoup de doutes quant à savoir si le lien était direct ou non “, confirme l’enquêteur principal Chandan Jha.

Cette étude est considérée comme une percée

C’est pourquoi nous avons utilisé quatre méthodes de recherche différentes pour cette étude et nous avons effectué différentes analyses régionales en profondeur, afin d’isoler les possibles facteurs externes un à un. C’est grâce à cette approche que nos recherches ont été publiées dans une revue scientifique de renom et que celles-ci sont considérées comme une percée.

Un quota pour les femmes en politique, ça donne

Bien sûr, il y a encore beaucoup d’autres facteurs qui entravent ou encouragent la corruption. Mais après cette recherche, je suis plus que jamais en faveur de quotas pour les mandats politiques des femmes “, conclut ce chercheur masculin.

Dans le monde, 24 % des députés nationaux sont des femmes. Le classement est mené par le Rwanda, où 61% des parlementaires sont des femmes. Au bas de la liste, vous trouverez un pays comme le Yémen qui n’a pas une seule femme députée. Le Rwanda se classe 48e sur 180 pays selon l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Le Yémen est tout en bas de l’échelle, à la 175e place.

Un siège doit permettre une participation réelle

Un siège dans un parlement ne signifie pas, bien sûr, un accès effectif au pouvoir. En Arabie saoudite, l’un des pays les plus hostiles aux femmes dans le monde, un parlementaire sur cinq est une femme. Cependant, ils ne peuvent toujours pas jouer un rôle important dans ce pays. Pour avoir un impact sur la corruption, ces sièges politiques, tant locaux que nationaux, doivent pouvoir se traduire en une participation réelle. Cela ne semble pas toujours facile à mesurer.

« Lorsque mon pays d’origine, l’Inde, a introduit des quotas pour les femmes en politique, ces femmes étaient souvent les marionnettes de leurs maris au cours de leur première période politique. Beaucoup d’hommes y voyaient un moyen pour assurer leur pouvoir et leur influence. Une telle représentation fictive ne fait aucune différence, bien sûr », confirme Jha. « Mais les quotas, ça marche. Après tout, une fois élues pour la deuxième fois, ces femmes se libèrent de l’emprise de l’homme et suivent de plus en plus leur propre voie. À long terme, elles feront donc une différence dans la lutte contre la corruption. »

European Union 2013 - European Parliament (CC BY-NC-ND 2.0)

Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la délégation de l’Union africaine

Les femmes ne sont pas ‘autant’ corrompues que les hommes, une fois que l’accès au pouvoir politique devient plus égalitaire

Dans toute recherche antérieure sur ce sujet, la question a été posée à juste titre, à savoir si les femmes ne sont pas simplement moins corrompues, parce qu’elles ont moins d’expérience dans les réseaux corrompus. Une fois que les femmes acquièrent la même expérience, trouvent l’égalité d’accès aux réseaux de corruption et de pouvoir, l’effet positif ne s’efface-t-il pas tout seul ?

La durée de la participation des femmes au pouvoir politique renforce l’effet

« Non. Bien au contraire », conclut Jha. C’est la deuxième conclusion majeure de l’étude. « Autant que la participation des femmes au pouvoir politique devient plus longue et plus structurée, autant le déclin de la corruption est important. Le lien de causalité augmente donc avec le temps. Même lorsque les femmes politiques sont mieux réseautées, la corruption continue d’être réprimée par leur présence.

Les femmes, par nature, ne sont pas moins corrompues que les hommes

Les femmes sont-elles alors tout simplement moins sujettes à la corruption que les hommes ? « Malheureusement, ce n’est pas la conclusion de nos recherches », souligne Jha. « Si tel était le cas, nous constaterions également qu’une meilleure représentation des femmes dans les syndicats et les entreprises privées réduirait également la corruption. Dans cette partie de notre étude, nous avons dû conclure qu’un plus grand nombre de femmes aux postes clés du pouvoir économique n’a pas d’impact direct sur les taux de corruption. »

Les PDG féminines ne sont pas moins corrompues que leurs homologues masculins

Ainsi, une femme PDG qui veut remporter un contrat public et qui constate que cela nécessite un pot-de-vin, ne cédera pas moins souvent qu’un PDG masculin ?  

«  En tout état de cause, nous n’en voyons aucune preuve. Il est probable que la femme PDG, elle aussi, réfléchira aux conséquences de la perte d’un tel appel d’offres : baisse de la valeur des actions de son entreprise, déficit, licenciements et sa propre position, qui peut être mise sous pression. »

Mais s’il y a plus de femmes qui ont leur mot à dire dans les règles d’une procédure de passation de marchés publics, celles-ci peuvent prévenir les abus ? « Nous pouvons en effet conclure que c’est le cas. »

Nous devons alors nous demander si peut-être les femmes tirent tout simplement moins d’avantages financiers de la corruption ? Le fait que les femmes ont moins d’intérêts économiques personnels n’est-il pas la raison pour laquelle leurs représentantes politiques s’opposent à la corruption ? Un plus grand nombre de sièges pour les pauvres au Parlement n’entraînerait-il pas aussi une réduction de la corruption ?

« C’est une question fondée. Nous pouvons voir que ceux qui commencent leur mandat en étant pauvres, s’enrichissent souvent très rapidement. Cela rend ainsi la recherche très difficile. En tout état de cause, l’effet positif de la représentation politique féminine ne diminue pas avec le temps. Nous ne pouvons donc pas simplement conclure que c’est lié à une différence d’intérêts économiques. Mais nous ne devons pas non plus dire qu’il est plus naturel pour les femmes de garder les mains propres.

© European Union 2013 - European Parliament (CC BY-NC-ND 2.0)

 

La différence en matière de priorités politiques peut fournir une explication.

Les femmes s’intéressent aux domaines politiques qui se prêtent moins à la corruption.

Si la femme n’est pas par nature moins corrompue, quelle est alors l’explication du lien de causalité ? Nous constatons que les femmes fixent des priorités politiques différentes de celles des hommes. Elles sont plus susceptibles de s’engager dans des domaines où il y a moins de possibilités d’abus, comme les soins de santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté.

La corruption dans les soins de santé, par exemple, a toujours une victime directe : la personne malade. Les pratiques illégales se révèlent plus rapidement dans ce secteur et provoquent aussi plus d’indignation. Plus il y a de femmes en politique, plus il y aura une attention pour ces thèmes. Et cela signifie à son tour moins de marge de manœuvre dans les domaines plus sensibles à la corruption, tels que l’aménagement du territoire, la fiscalité et l’économie.

Si les différences sociales entre les hommes et les femmes peuvent expliquer les résultats de la recherche, cet avantage, sous l’influence des changements culturels au fil du temps, pourrait-il aussi disparaître ?  « Je n’ose pas dire qu’une plus grande égalité des sexes en politique dans trente ans réduira encore la corruption’, dit Jha. ‘Ce que je sais, c’est que c’est bien le cas dans le monde tel qu’il existe aujourd’hui ».

Bien qu’il y ait encore un espace pour explorer la recherche plus en profondeur, Chandan Jha est sûr de lui. Si demain, disons, par exemple, en République démocratique du Congo, vous donnez la moitié des sièges du parlement et des postes ministériels aux femmes et vous leur donnez effectivement l’occasion d’utiliser le pouvoir, alors je pense que vous en verrez rapidement les résultats. Avant la fin de la législature, à condition qu’il n’y ait pas d’autres bouleversements majeurs, la corruption aura très probablement diminué. Cette règle s’applique aujourd’hui quasiment partout au monde”. 

Traduit du néerlandais par Ivan Godfroid

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