Evariste Ndayishimiye est candidat à la présidence en mai, Nkurunziza passe finalement tout de même le flambeau

Burundi : Après quinze ans, un nouvel homme fort au pouvoir?

Le président burundais Pierre Nkurunziza avait déjà signalé ces dernières années qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat à la présidence, et il s’est tenu à sa promesse. Son parti, l’ancien mouvement rebelle CNDD-FDD a tenu un congrès le dimanche 26 janvier pour désigner son nouveau candidat aux élections présidentielles en mai 2020 : Evariste Ndayeshimiye.

Ndayeshimiye, 52 ans, n’est pas un novice : cela fait longtemps qu’il appartient au petit cercle fermé du régime. Il s’était déjà affilié au CNDD-FDD à la moitié des années nonante, alors que le parti était encore un mouvement rebelle. Quelques années auparavant, le premier président élu démocratiquement, Melchior Ndadaye était assassiné.

Evariste Ndayeshimiye s’est progressivement inséré dans la hiérarchie du mouvement rebelle. Lorsque ce dernier a déposé les armes en 2003 pour se préparer aux élections de 2005, il faisait partie des plus haut placés du mouvement.

Il a rempli depuis lors différentes fonctions clés : il est devenu le deuxième homme le plus important dans l’armée, endossera plus tard la fonction de ministre des Affaires intérieures et de la Sécurité et bénéficie, dit-on, de la confiance du président actuel, Nkurunziza. Enfin, il a dirigé la « maison militaire », la section militaire des services présidentiels. En 2016, il abandonne ses fonctions militaires pour devenir secrétaire-général du parti.

Le temps d’un président non issu de la lutte armée ne semble pas encore venu.

Depuis lors, Nkurunziza laisse régulièrement paraître son nom comme successeur potentiel, a cela a aussi été confirmé au congrès de parti dimanche.

Le passé militaire de Ndayishimiye va jouer un rôle important dans cette optique, dans un régime où le fossé entre militaires et citoyens/ intellectuels est l’une des plus importantes ségrégations. Des anciens combattants de la résistance trouvent que comme ils ont payé la victoire de leur sang, ils ont davantage de droits et de privilèges que ceux qui empochaient des per diems lors de réunions et de conférences.

Le temps d’un président non issu de la lutte armée ne semble pas encore venu. C’est pourquoi l’adversaire ultime de Ndayishimiye, Pascal Nyabenda, a peu de chance de l’emporter.

Ce qui pèse peut-être encore plus est que le candidat à la présidence vienne du centre du pays. Le Burundi connaît des tensions entre les différentes régions, et également et peut-être surtout au sein des têtes du parti et de l’armée. Sur le plan démographique, le centre pèse beaucoup et la boutade veut que « Si l’on souhaite gagner les élections au Burundi, il faut d’abord l’emporter à Gitega » (N.d.T : depuis peu la nouvelle capitale, située au centre)

Le guide du patriotisme

Le président actuel Pierre Nkurunziza avait déjà fait comprendre ces dernières années, de manière un peu inattendue, qu’il ne se présenterait plus en tant que candidat en 2020. C’est remarquable, car en mai 2018, il a réussi à organiser un référendum pour modifier la Constitution. Avec notamment pour conséquence qu’il avait en principe encore droit à un certain nombre de mandats présidentiels.

En amont des élections historiques de 2005, Nkurunziza a été mis en avant comme candidat, après un compromis entre les différentes régions. Nkurunziza, originaire de Ngozi dans le nord, endosserait la fonction pendant deux mandats et passerait le flambeau à quelqu’un venu d’ailleurs. Le scrutin l’a déclaré vainqueur.

Et lorsque l’opposition réunie est sortie de la course aux élections en 2010, le Burundi est devenu de fait un État à parti unique.

Les élections se sont passées démocratiquement, et pour la première fois, il y avait un régime qui tirait sa légitimité des zones rurales, et ce dans l’un des pays les moins urbanisés du monde.

Un des plus grands bénéfices de ces nouveaux dirigeants était qu’ils arrivaient à faire passer la polarisation ethnique au second plan, alors que cette dernière avait échauffé les esprits pendant des dizaines d’années et causé une souffrance indicible. Ces dernières années, les oppositions entre les Hutus et les Tutsis n’étaient plus la cause principale du désastre burundais. C’est la raison pour laquelle il semblait être possible de faire sortir le Burundi des cercles vicieux de la pauvreté et de la mauvaise gouvernance.

Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Au fil du temps, le régime est devenu plus autoritaire. Il était de plus en plus difficile d’émettre des critiques. L’opposition, la presse et la société civile étaient exposées à une répression qui se renforçait. La section jeunes du parti, Imbonerakure, (ceux qui sont loin) est d’abord devenu une sorte de brigade d’action et plus tard une véritable milice au service des dirigeants du parti. La situation des droits de l’homme empirait à vue d’œil.

Et lorsque l’opposition réunie est sortie de la course aux élections en 2010, le Burundi est devenu de fait un État à parti unique.

Quand Nkurunziza a fait savoir en 2015 être candidat à un troisième mandat, il s’est heurté à une forte opposition de l’opinion publique et au sein du parti. Des semaines de grosses échauffourées et finalement une tentative de coup d’État ont suivi, et ont fait vaciller la position de Nkurunziza. Finalement, les unités de l’armée qui ont été loyales à Nkurunziza ont battu les forces rebelles, mais cela s’était joué à pas grand-chose. Le bilan des victimes de toutes ces bagarres, affrontements et répressions était gigantesque.

Nkurunziza a compris que ses plus grands ennemis se trouvaient au sein de son parti. Il se mit à agir avec une paranoïa et une soif de contrôle croissantes. Il a régné via des canaux parallèles dont il était le seul responsable, et dont l’imbonerakure formait la colonne vertébrale.

Personne ne doute que le président actuel va aussi essayer de conserver son influence

Le président actuel est aussi passé à la vitesse supérieure sur le plan du culte de la personnalité et la fondation spirituelle de celui-ci. Il s’octroyait lui-même toutes sortes de titres ronflants, les uns tous plus intimidants que les autres : « Chef suprême éternel » ; « Chef suprême du patriotisme ».

Qu’Nkurunziza ne se présente pas à nouveau comme candidat, s’explique probablement parce qu’il comprend que le soutien au sein de son parti est si petit qu’il court un grand risque personnel. Les pays voisins, notamment la Tanzanie, ont mis la pression, parce qu’ils craignaient que l’instabilité au Burundi n’augmente encore.

Une villa et une prime de départ pour Nkurunziza

La question est donc probablement : quelle est la chance que le nouveau président réussisse à apporter un véritable changement et à faire des progrès dans la lutte contre la pauvreté et la corruption ?

Après quinze ans, Nkurunziza passe officiellement le flambeau à Evariste Ndayishimiye. Mais pas parce que le parlement lui a donné une impressionnante villa et une prime de départ d’environ 500 000 dollars. Personne ne doute qu’il va aussi essayer de conserver son influence et son pouvoir décisionnel sur la scène politique et dans la gestion des richesses burundaises.

Mais depuis la démission du président angolais Dos Santos en 2017, nous savons que les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu. Cela fait presque déjà quarante ans que Dos Santos est au pouvoir et avait transmis ce pouvoir à son successeur, avec l’ambition de tirer encore les ficelles en coulisses. Moins de trois mois après son départ, le nouveau président João Lourenço a commencé à détruire le bastion politique et économique de son prédécesseur.

Le risque qu’un candidat de l’opposition batte Ndayishimiye, semble particulièrement faible. La question est donc probablement : quelle est la chance que le nouveau président réussisse à apporter un véritable changement et à faire des progrès dans la lutte contre la pauvreté et la corruption ?

La réponse à cette question dépendra entre autres de la manière dont Ndayishimiye peut dépasser les confrontations au sein du régime et va se frayer son propre chemin par rapport à son prédécesseur. Ce qui plaide en sa faveur en tout cas, est qu’il est l’une des seules figures du régime à ne pas s’être laissé aller à l’enrichissement personnel ou à s’être rendu coupable de violation des droits de l’homme.

Traduit du néerlandais par Geneviève Debroux

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