Le Congo plus instable qu'avant

Elections au Congo: échec et mat

© Olivia Acland / Reuters

 

Le 10 janvier, la Commission électorale indépendante congolaise a déclaré Félix Tshisekedi vainqueur des élections présidentielles. Du moins sur la base des résultats préliminaires. Il est le fils du légendaire adversaire Etienne Tshisekedi, qui est mort depuis deux ans mais n’a toujours pas été enterré.

Avec une probabilité qui frise la certitude, Tshisekedi n’a pas obtenu le plus grand nombre de voix.

Il s’agit d’un événement historique : jamais auparavant un chef d’Etat congolais n’a volontairement renoncé au pouvoir. Le cinquième président du Congo n’est pas seulement le gagnant des élections, il provient en plus de l’opposition. Un exemple classique d’une alternance démocratique réussie, semble-t-il, si on omet le détail technique quelque peu troublant que Tshisekedi, avec une probabilité qui frise la certitude, n’a probablement pas obtenu le plus grand nombre de voix.

Selon la Conférence épiscopale catholique CENCO, qui déploie une masse d’observateurs pour surveiller les élections depuis 2006, l’autre leader de l’opposition, Martin Fayulu, a reçu de loin le plus grand nombre de voix.

Inattendu et historique

Les faits sont connus : le Président Kabila, au pouvoir depuis 2001, élu en 2006 et réélu en 2011, a voulu rester chef de l’Etat alors que la Constitution prévoit un maximum de deux mandats pour cette fonction. Il n’a pas réussi à imposer une construction politique qui rendrait possible un troisième mandat (par exemple en modifiant la Constitution), alors il est resté au pouvoir le plus longtemps possible tout simplement en n’organisant pas les élections. Lorsque, sous la pression de la région et de l’opinion publique congolaise, il ne pouvait plus continuer sur cette voie, le régime est enfin passé en mode électoral.

Shadary, le présumé cheval de course, s’est avéré être un vieux tubercule, et il a marqué si bas que même un tripatouillage de grande envergure ne pouvait plus permettre de le déclarer gagnant.

Ils voulaient organiser ces élections sous un contrôle strict pour amener Ramazani Shadary au pouvoir. La majorité (regroupée au sein du FCC, Front Commun pour le Congo) avait désigné Ramazani comme candidat officiel aux élections présidentielles. Mais le présumé cheval de course s’est avéré être un vieux tubercule, et il a marqué si bas que même un tripatouillage de grande envergure ne pouvait plus permettre de le déclarer gagnant.

Selon de nombreux observateurs (principalement la CENCO mais aussi des observateurs indépendants et des journalistes d’investigation), Martin Fayulu, qui est encadré par des diplomates étrangers, a reçu le plus grand nombre de voix, mais Félix Tshisekedi a été déclaré vainqueur car il est jugé plus inoffensif pour le régime que Fayulu. Ce dernier est soutenu par Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, considérés par le gouvernement depuis des années comme les véritables poids-lourds de l’opposition.

Selon les résultats divulgués par le Financial Times, Fayulu a obtenu plus de 9,3 millions de voix, soit 3 millions de plus que les chiffres officiels de la Commission électorale. Il aurait gagné dans 19 des 26 provinces, dont la capitale Kinshasa et les provinces densément peuplées de l’est du Nord et du Sud-Kivu. Le vainqueur déclaré, Tshisekedi, a obtenu 3 millions de voix, soit 4,1 millions de moins que dans le résultat officiel. Enfin, Shadary aurait obtenu 2,9 millions de voix, soit 1,5 million de voix de moins que les chiffres publiés.

Le parlement et les provinces

Les élections ne concernaient pas que la présidence : le parlement national et les conseils provinciaux ont également été élus. A la surprise générale, ou peut-être pas, la victoire du FCC a été écrasante : ils ont obtenu environ 350 parlementaires sur 500, alors que l’UDPS du Président Tshisekedi ne compte que 49 sièges, soit moins de 10%. 

Le FCC dispose du plus grand nombre de sièges dans les 26 conseils provinciaux et peut donc, en principe, installer les gouverneurs de son choix un peu partout.

La majorité actuelle se trouve donc dans une position plus forte que jamais, ce qui est encore plus prononcé au niveau provincial. La coalition de Kabila dispose du plus grand nombre de sièges dans les 26 conseils provinciaux et peut donc, en principe, installer les gouverneurs de son choix un peu partout.

Le parti de l’opposition UDPS, devenue parti du président élu, n’aura pas de pouvoir de décision ni accès aux ressources financières à tous ces niveaux. La majorité a déjà fait remarquer finement qu’on ne pourra pas parler de coalition, mais de cohabitation. Il ne s’agit donc pas d’une politique de gestion conjointe, mais d’un président et d’un gouvernement issus de familles politiques différentes.

En outre, l’actuel Président Kabila s’efforcera de préserver le plein contrôle des services de sécurité. Il y a quelques mois, il a réformé la direction de l’armée et placé des personnes de confiance aux postes clés.

Lutte pour le pouvoir

Inévitablement, une lutte pour le pouvoir va se dérouler: les gens autour de Kabila vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garder en mains le circuit parallèle, là où ils prennent les décisions et font les profits. C’est la salle ovale de la mauvaise gouvernance. Les gens de l’équipe gagnante Félix Tshisekedi - Vital Kamerhe vont essayer de s’y installer aussi. Mais le FCC n’a pas l’intention de décerner plus que quelques prix de consolation aux partisans du nouveau président. Ils vont pouvoir mettre quelques plumes symboliques sur leur chapeau. Des funérailles d’État pour Etienne Tshisekedi, par exemple, et sans doute assez de postes de direction dans les institutions parapubliques pour permettre à leurs dirigeants d’avoir accès à la manne des finances publiques. Mais les positions clés relatifs à la sécurité, les affaires étrangères et l’économie restent entre les mains du FCC.

Les chances que tout cela se produise dans le calme ne sont pas très élevées. Pour commencer, il y a déjà une contestation des résultats, interne à la majorité. Leur victoire retentissante au Parlement et dans les provinces, elle aussi, est loin d’être transparente. Dans plusieurs cas, des grandes pointures nationales ont été ” élues ” qui, en réalité, avaient obtenu moins de voix que les activistes locaux du parti. Ceux-là vont maintenant se faire entendre ou bien abandonner. L’ancienne maison de confiance de Kabila craque de toutes parts.

Le choix de Shadary était un compromis et celui-ci s’est avéré être un mauvais pari. La cohésion, qui n’a jamais été très grande, s’effrite maintenant complètement.

La majorité a eu beaucoup de mal à décider qui succéderait à Kabila. Le choix de Shadary était un compromis et celui-ci s’est avéré être un mauvais pari. Cela a causé des dégâts dans les rangs propres. Pas mal de gens avaient l’ambition de devenir eux-mêmes chef de l’État et ils ne se sont joints qu’à contrecœur au dauphin. La cohésion, qui n’a jamais été très grande, s’effrite maintenant complètement.

Mais les gens autour de Tshisekedi et Kamerhe réclameront aussi leur espace. Surtout les partisans de Tshisekedi pensent qu’après quarante ans d’opposition (le père Etienne s’est opposé à Mobutu depuis la fin des années 70), c’est à leur tour d’être “aux affaires”. On a eu déjà un président de l’ouest (Kasavubu), un du nord (Mobutu) et même deux swahiliphones de l’est (père et fils Kabila). Maintenant, pensent-ils, c’est à leur tour de s’asseoir au premier rang autour des filons du pouvoir.

Kabila apparaît comme le vainqueur absolu de cette course électorale, mais il est en fait plus faible que jamais. Les chances que le Congo devienne un pays plus stable et mieux géré sont pratiquement nulles.

Paradoxe

Cela nous amène à un paradoxe fascinant : la région, les institutions multilatérales africaines et un certain nombre de grands pays comme l’Angola observent à la loupe le processus électoral. Ils ne se méfient peut-être pas de la démocratie et des élections libres, mais ils redoutent une implosion possible du Congo, qui aurait un impact très négatif sur leur propre situation interne.

D’une part, des urnes émerge une configuration politique qui offre très peu de perspectives de stabilité durable à moyen terme, mais d’autre part, cette même configuration semble être le seul moyen d’éviter le chaos à très court terme.

C’est à cause de cette préoccupation qu’ils ont maintenu la pression sur Kabila au cours des deux ou trois dernières années. Maintenant, ils en restent bouche bée. D’une part, des urnes émerge une configuration politique qui offre très peu de perspectives de stabilité durable à moyen terme, mais d’autre part, cette même configuration semble être le seul moyen d’éviter le chaos à très court terme.

Une victoire de Shadary aurait sans aucun doute conduit à une effusion de sang, me disent les gens de la majorité et de l’opposition, et la majorité serait (et est) allée très loin pour empêcher Fayulu de devenir président. Avec l’astuce de déclarer Tshisekedi gagnant, la mèche semble être enlevée de la poudrière pour un certain temps, et beaucoup de gens sont maintenant au moins soulagés que Kabila ne soit plus chef de l’Etat et que Shadary n’ait pas été élu.

Annuler les résultats des élections en ce moment mènerait probablement tout droit au chaos et à la violence immédiats. Ainsi, des institutions telles que la SADC et l’Union africaine se retrouvent maintenant dans un état permanent de consultation de crise. A suivre, sans aucun doute.

Kris Berwouts est l’auteur de “La paix violente du Congo”.
Traduit du néerlandais par Ivan Godfroid.

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