Le Bhoutan en route vers une agriculture 100% biologique

Le Bhoutan a pour ambition de rendre son agriculture 100% biologique. Le pays du bonheur national brut réussira-t-il son entreprise ?

  • Asian Development Bank/Flickr (CC by-nc-nd 2.0) Le pays a notamment beaucoup à apprendre sur le plan du business et de la logistique. Asian Development Bank/Flickr (CC by-nc-nd 2.0)
  • japp1967/Flickr (CC by-nc-nd 2.0) En 2012, il était estimé que le Bhoutan parvenait lui-même à couvrir 60 % des besoins alimentaires de sa population. japp1967/Flickr (CC by-nc-nd 2.0)

Volkert Engelsman est à la tête d’Eosta, une entreprise de distribution qui importe des fruits biologiques de l’hémisphère sud et des tropiques. Eosta a un partenariat avec le Bhoutan depuis 2012. Selon M. Engelsman, l’Europe peut tirer de nombreuses leçons de l’agriculture bhoutanaise. « Je considère c’est là une aide au développement qu’offre le Bhoutan à l’Europe. Leur façon de travailler est logique. C’est incroyable que nous ayons encore une vision aussi étriquée de la prospérité en Occident. »

« C’est incroyable que nous ayons encore une vision aussi étriquée de la prospérité en Occident. »

Le procédé de fabrication du produit n’entre normalement pas en ligne de compte lors du calcul du produit national brut (PNB) mais, à terme, l’importante pollution des fonds marins et des eaux causée par le secteur agricole mettra en péril la productivité future. Dans la plupart des pays, ce n’est qu’après coup que les frais engendrés par cette dégradation de l’environnement sont calculés.

Cette logique, le Bhoutan n’en veut pas. Les Bhoutanais veulent une économie éthique et reprendre dans leurs indicateurs les effets sur le long terme du changement climatique. Les indicateurs sociaux ont leur importance car de bons résultats économiques n’empêchent pas l’apparition de profondes inégalités entre les pauvres et les riches.

Une nation bio

Le Bhoutan souhaite que son agriculture soit, d’ici cinq à dix ans, complètement biologique. M. Engelsman nous explique que l’agriculture bhoutanaise est actuellement à 93% biologique mais, selon lui, le but sera bientôt atteint.

L’entreprise Balou’s Organic Mountain Wonders est un parfait exemple du succès de la collaboration entre Eosta et le Bhoutan : Dechen Dorij, un étudiant bhoutanais, produit de la confiture et du chutney à partir des fruits de son verger et vend ensuite ses produits, pourvu d’un label bio, dans les villes.

Le Bhoutan peut néanmoins s’améliorer sur certains points. Le pays a notamment beaucoup à apprendre sur le plan du business et de la logistique. La collaboration avec Eosta met également l’accent sur ces points. « Au Bhoutan, les produits issus de la province sont aujourd’hui surtout consommés localement. Dans les villes, les aliments consommés proviennent de Chine. Nous souhaitons aider les entreprises des populations rurales afin qu’elles puissent transformer leurs produits, y apporter une valeur ajoutée, les emballer et les vendre. Les Chinois ne peuvent rien contre ça. »

L’entreprise Eosta souhaite également partager son savoir-faire au niveau de la production de base. En février, une délégation bhoutanaise a voyagé pendant deux semaines en Europe, accompagnée d’employés d’Eosta. Elle a également établi des contacts avec différents « centers of organic excellence », tels que le Louis Bolk Instituut aux Pays-Bas ou le Elm Farm Research Center au Royaume-Uni. De cette façon, toutes les recherches et les connaissances peuvent être partagées.

Un choix réfléchi

Le Bhoutan est un petit pays situé au cœur de l’Himalaya, entre la Chine et l’Inde. La majorité de la population est bouddhiste, ce qui explique sa vision holistique de la prospérité. En effet, l’indice de prospérité du Bhoutan n’est pas le produit national brut (PNB), qui examine exclusivement la situation économique du pays, mais le bonheur national brut. Les Bhoutanais ne mesurent donc pas seulement leur profit à court terme. Leur indice prend en compte l’état de la culture, de la santé, de l’éducation, mais aussi du climat. Le pays du dragon tonnerre est ainsi résolu à nourrir le monde d’aujourd’hui, mais aussi celui de demain.

L’importance de l’agriculture biologique au Bhoutan n’est pas due à des difficultés à se procurer des pesticides. En effet, des engrais et des pesticides ont auparavant été utilisés dans le pays. Les Bhoutanais ne sont donc pas forcés de continuer à élever leur bétail de façon traditionnelle et biologique : il s’agit précisément d’un choix mûrement réfléchi. Le gouvernement a en ce sens officialisé cette politique en 2013.

Les habitants du Bhoutan savent que l’agriculture biologique est une manière de contribuer à la prospérité de la société car, à leurs yeux, la prospérité ne repose pas uniquement sur l’économie. Leurs croyances les incitent également à se tourner vers l’agriculture biologique car, conformément aux préceptes bouddhistes, il leur est interdit de tuer quel animal que ce soit. Les Bhoutanais sont par conséquent opposés à l’utilisation des pesticides, qui tuent les insectes. Ils croient également en ma force de la nature. Lorsque les glaciers – qui formaient autrefois près de 10 % de la surface du pays – fondent, une partie de la population perd sa maison et ses terres, et la jeunesse son avenir.

japp1967/Flickr (CC by-nc-nd 2.0)

En 2012, il était estimé que le Bhoutan parvenait lui-même à couvrir 60 % des besoins alimentaires de sa population.

Exode rural des cerveaux

L’exode rural des jeunes constitue un problème universel. Selon les autorités bhoutanaises, le remplacement de l’agriculture chimique par de l’agriculture biologique peut empêcher la fuite des cerveaux vers les villes. Un nombre croissant de jeunes se rendent bien compte qu’ils ne veulent pas soutenir l’agriculture chimique, qui nuit à l’environnement. M. Engelsman explique que l’agriculture biologique fait appel à notre créativité et à notre intelligence. Il fustige les grandes multinationales telles que Monsanto, qui, selon lui, « pratiquent une agriculture paternaliste existant en dépit des fermiers et non grâce à eux ».

Autosuffisant ?

Le Bhoutan souhaite devenir une nation biologique, mais également autosuffisante. En 2012, il était estimé que le Bhoutan parvenait lui-même à couvrir 60 % des besoins alimentaires de sa population. Cette politique ne fait évidemment pas l’affaire de M. Engelsman. Le chef d’entreprise néerlandais pense que le Bhoutan, à l’instar des Pays-Bas, ne réussira pas à atteindre l’autosuffisance. La volonté de ce petit pays de l’Himalaya de devenir complètement biologique et autosuffisant en fait un cas unique au monde.

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