Ne vous méprenez pas, chers amis européens. Les USA continueront à miner l'Europe.

‘Nous ne ruinerons pas l’Europe, nous ne conclurons pas d’accord avec la Russie.’ Voilà pour les belles promesses des émissaires de Trump, venus déblayer les décombres à Munich et à Bruxelles. Les Européens ont de bonnes raisons de rester sur la défensive. À Bruxelles, nous avons entendu le gouvernement des USA de Michael Pence ; à Washington, celui de Stephen Bannon. Mais alors, qui croire ?

  • Photo via Don Irvine/Flickr (CC-BY-SA) White House (PD) | Remix by Jason Reed Qui écoute Trump? Son vice-président Mike Pence, ou son chief strategiste Steve Bannon? Photo via Don Irvine/Flickr (CC-BY-SA) White House (PD) | Remix by Jason Reed
  • Image source: MSC / Kuhlmann​ Michael Pence, vice-président des États-Unis, lors de la Conférence de Munich Image source: MSC / Kuhlmann​
  • ‘Les États-Unis d’Amérique soutiennent fermement l’OTAN et leur engagement dans cette alliance transatlantique sera inébranlable.’ Michael Richard Pence, vice-président des USA
  • Image source: MSC / Koerner​ Le sénateur américain John McCain à la Conférence de Munich Image source: MSC / Koerner​
  • White House Le président Donald Trump signe un décret sous les regards vigilants de son vice-président Michael Pence et son conseiller en stratégie, Stephen Bannon. White House
  • Image source: MSC / Kuhlmann​ Les ministres de la Défense allemand et américain, Ursula von der Leyen et James N. Mattis à la Conférence de Munich. Image source: MSC / Kuhlmann​
  • Image source: MSC / Kuhlmann​ Table ronde lors de la Conférence de Munich. John McCain, Andrzej Duda, Petro Porochenko, Boris Johnson, Bert Koenders (modérateur : Ian Bremmer) Image source: MSC / Kuhlmann​

L’ouragan Trump a ravagé les côtes européennes. Dans le même temps, Washington fut l’épicentre d’un tremblement de terre qui provoqua un tsunami transatlantique. L’ampleur des dégâts est considérable : un nombre incalculable de forteresses sacrées de l’Europe sont détruites. Un nouvel ordre mondial se construit sur les ruines.

Ceci n’est pas un bulletin météorologique.

L’ouragan en question n’est autre que le président des États-Unis, Donald Trump. Quelques-unes de ses déclarations ont suffi pour faire trembler la planète et causer ce tsunami, métaphore du soutien qu’offre Trump à la vague de populisme nationaliste qui déferle sur l’Union européenne. Une vague qui menace la plus sacrée de nos forteresses, la combinaison de l’ordre libéral et international de l’UE et de l’alliance transatlantique unissant les USA et l’Europe (l’OTAN).

À la suite des allégations de Trump que l’OTAN serait “obsolète” et que le Brexit devrait servir d’exemple aux autres États membres de l’Union, nombreux furent ceux qui commencèrent à remettre l’existence de l’Occident en question.

Quatre jours après les paroles rassurantes de Pence pour l’UE, Farage parla du Brexit ‘and what it means for the world’ à Washington.

Ce fut un coup dur pour le vieux continent, qui entrevit un avenir où le gouvernement américain aurait pour objectif de désintégrer l’UE. Le président du Conseil européen décrit les quatre principales menaces pour l’UE en ces termes : ‘une Chine qui s’impose, la politique agressive de la Russie, l’islam radical et les déclarations inquiétantes de la nouvelle administration américaine.’

L’ouragan Trump causera-t-il vraiment l’effondrement de l’ordre sur lequel l’Europe s’est construite dans l’après-guerre ? La fin d’un continent où régna une paix relative et ininterrompue pendant 72 ans, après deux destructions totales en l’espace d’un demi-siècle ? La semaine qui vient de s’écouler a marqué l’Histoire européenne ; une semaine pour réparer les dégâts après le passage de l’ouragan, une semaine pour organiser les premières rencontres entre l’élite européenne et la nouvelle classe politique américaine.

  • Le 13 février, les Américains James Mattis, secrétaire à la Défense, et Rex Tillerson, secrétaire d’État (équivalent du ministre des Affaires étrangères), ont participé à une réunion de l’OTAN à Bruxelles et, le 16 février, à un sommet du G20 à Bonn.
  • Le 17 février, l’Occident a appelé au rassemblement à la Conférence annuelle de Munich sur la sécurité. Michael Pence et James Mattis ont répondu présents aux côtés de la chancelière allemande Angela Merkel et des dirigeants des États d’Europe de l’Ouest, principales victimes du choc transatlantique de Trump : l’Ukraine, la Pologne, la Lettonie et la Lituanie. Lors des précédentes éditions de la conférence, l’Occident-Uni tentait systématiquement de sauver le reste du monde ; cette année, c’est dans son propre chef qu’un Occident divisé a essayé de recoller les morceaux. Cette première rencontre de la nouvelle Amérique et de la vieille Europe ressemblait davantage à un mariage arrangé qu’au renouvellement d’une union de plus de soixante années.
  • Le 19 février, Michael Pence a rencontré le premier ministre belge Charles Michel et le 20 février, les dirigeants européens Jean-Claude Juncker et Donald Tusk.

On oublie tout et on recommence ? Not quite.

L’UE, une construction défaillante

Image source: MSC / Kuhlmann​

Michael Pence, vice-président des États-Unis, lors de la Conférence de Munich

Déblayer les décombres – de la confiance de l’Europe envers les USA – n’est pas une mince affaire. Il ne faut pas croire que Trump ne s’adonnera plus à l’EU-bashing après la rassurante visite de son vice-président aux dirigeants européens.

À l’heure où paraît cet article (vendredi 24 février 2017), l’architecte du Brexit, Nigel Farage, prend la parole une demi-heure après Trump. Le titre de son intervention dans le cadre de la Conservative Political Action Conference de Washington DC ? Brexit and what it means to the world.

Les organisateurs présentent Nigel Farage comme le meneur d’une campagne infatigable qui a abouti à la concrétisation de l’ambition de sa vie, l’indépendance de la Grande-Bretagne et a choqué l’establishment d’un continent entier. Nigel Farage a été impliqué dans la campagne de Trump et a partagé une plate-forme avec le président pour propager le message du Brexit.

Stephen Bannon entretient de bonnes relations avec Nigel Farage, proposé par Trump au poste d’ambassadeur britannique aux USA. À Munich, le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson, encore un architecte du Brexit, a plus défendu Trump que son camarade de parti John McCain.

Bannon à l’ambassadeur allemand aux USA : ‘L’UE est défaillante. Je préfère entretenir des relations bilatérales avec les pays européens plutôt que de passer par les dirigeants de l’UE.’

‘Qui a besoin de l’UE quand nous avons l’OTAN ? Elle garantit notre sécurité afin que nous puissions tous ensemble, sous cette coupole de stabilité, conclure des marché et construire notre prospérité,’ déclarait Boris Johnson quelques minutes après avoir proclamé ‘Give Trump a chance’.

Il présenta le Royaume-Uni comme un bateau mettant le cap vers un horizon dégagé – les USA – et loin d’un navire sombrant sous la crise financière, le terrorisme, l’immigration, la mondialisation et la pensée politiquement correcte: l’Union européenne.

Boris Johnson fut inspiré par le titre apocalyptique de la table ronde à laquelle il participait avec John McCain : ‘L’avenir de l’Occident : implosion ou come-back ?’ ‘La question est sur toutes les lèvres : le Brexit pourrait-il à lui seul causer la fin de l’Occident ? C’est aussi ridicule que d’affirmer que l’Homme n’a jamais marché sur la Lune,’ déclare-t-il.

Le lendemain, une salle comble attendait que le vice-président Pence prononce dans son discours se voulant rassurant les mots Union européenne. Deux mots qu’il ne prononça pas à Munich. Une déception de taille alors que cette année, les nationalistes européens obtiennent toujours plus de pouvoir pour détruire l’Union.

‘Les États-Unis d’Amérique soutiennent fermement l’OTAN et leur engagement dans cette alliance transatlantique sera inébranlable.’ Michael Richard Pence, vice-président des USA

Il prononça ces mots libérateurs un jour plus tard, à Bruxelles. ‘Nous comprenons qu’il existe une relation entre nos économies et les profonds liens historiques entre les membres de l’Union européenne et les citoyens des USA,’ tel était le message de Michael Pence à au président Tusk. Tout le continent poussa un soupir de soulagement. Il venait d’assister à sa deuxième libération américaine. La compréhension de Michael Pence, voilà qui apaisait les esprits.

Jusqu’au 23 février, quand des sources diplomatiques fuitèrent chez CNN et Reuters . Celles-ci indiquent qu’une semaine avant que le vice-président Michael Pence ne promette que les USA collaboreraient avec l’UE, Stephen Bannon avait déclaré à l’ambassadeur allemand aux USA que l’Union est une structure défaillante et qu’il préférait entretenir des relations bilatérales avec les pays européens plutôt que de passer par les dirigeants de l’UE.

Aux tentatives de bilatéralisme du fait de la Russie viennent dorénavant s’ajouter les tentatives de l’Amérique ; l’Union devra s’en protéger. Il est aujourd’hui plus que jamais crucial de s’exprimer d’une seule voix.

L’OTAN, obsolète

Image source: MSC / Koerner​

Le sénateur américain John McCain à la Conférence de Munich

Durant les jours précédents la conférence, quelques dommages avaient pourtant été contrôlés. À contrecœur, Trump avait renvoyé son conseiller à la sécurité Michael Flynn après l’annonce qu’il aurait menti au vice-président au sujet de ses conversations avec l’ambassadeur russe aux USA, avant son entrée officielle en fonction.

Au cours de ces conversations, Michael Flynn avait déclaré que la Russie ne devait pas s’inquiéter des sanctions américaines concernant le piratage des serveurs du Parti démocratique, puisque de toute façon, Trump lèverait ces sanctions après son investiture. Une affirmation qui ne s’est par ailleurs pas encore concrétisée. Pour le moment, le FBI étudie les contacts noués entre des agents russes et des membres de la campagne de Trump.

Mattis et Tillerson, trouble-fêtes intransigeants envers la Russie.

Les dernières semaines, des signaux rassurants ont indiqué que Trump ne conclura pas d’accord avec la Russie et que les USA ne reconnaîtront pas l’annexion de la Crimée. En Europe, le nouveau secrétaire d’État Rex Tillerson a été un moment source d’inquiétude ; en tant que CEO d’Exxon Mobil, celui-ci cultivait en effet d’étroites relations avec Poutine.

L’UE craignait dès lors que Rex Tillerson ne plaide en faveur d’une levée des sanctions contre la Russie, étant donné qu’elles affectaient également son entreprise. En même temps que le secrétaire à la Défense, James Mattis, Rex Tillerson se révéla rapidement appartenir à l’ancienne école, ce qui tranquillisa l’Europe. Jusqu’à présent, toute collaboration entre les armées américaines et russes dans le combat contre l’EI en Syrie et en Irak semble peu probable.

La Russie ne rêvait pourtant que de ça.  L’intransigeance de Mattis et Tillerson sapa les projets de la Russie.

Leur rejet de la Russie avait à nouveau réuni les USA et l’UE. Les USA avaient une fois de plus déçu la Russie. Le good old ordre mondial de toujours était de retour. Tout le monde était content. L’équipe de balayeurs transatlantiques Pence, Mattis et Tillerson avait rempli sa mission.

Mais, étaient-ils réellement les représentants du véritable gouvernement américain ?

Trump : plutôt Pence ou plutôt Bannon ?

White House

Le président Donald Trump signe un décret sous les regards vigilants de son vice-président Michael Pence et son conseiller en stratégie, Stephen Bannon.

​Un petit mot du discours d’ouverture de Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur allemand aux USA, capta l’attention de tous : ‘qui’. ‘Les dirigeants européens sont terriblement impatients de découvrir la nouvelle politique étrangère de l’Amérique et qui la dirigera,’ déclara Wolfgang Ischinger.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Bert Koenders, déclara lui aussi vouloir plus de clarté quant à la politique étrangère de l’Amérique, ‘afin de savoir comment nous devons nous positionner, dans notre intérêt national.’

La question du qui de Wolfgang Ischinger ne tombait pas du ciel ; elle faisait probablement référence à la division dans les rangs de l’administration Trump, avec d’une part ses ministres rétrogrades et, de l’autre, ses bulldozers radicaux à la Maison blanche.

Le sénateur républicain John McCain avait déjà préparé sa réponse : ‘Avec James Mattis à la tête de l’équipe de sécurité nationale de Trump, je n’aurais pu espérer mieux. L’affaire Flynn montre toutefois que l’équipe traverse un période chaotique.’

Stephen Bannon siège au Conseil de sécurité nationale. Il cherche à nouer de nouvelles alliances avec des populistes nationalistes, antilibéraux et pro-russes en Europe et délaisse la vieille alliance transatlantique.

Ce chaos est-il dû à un nom que John McCain n’a pas cité, celui de Stephen Bannon ?

Comme chief strategist de Donald Trump, Stephen Bannon est plus proche du président que ne le sont ses ministres, James Mattis inclus. De plus, Stephen Bannon jouit des mêmes accès que James Mattis et Rex Tillerson aux questions de sécurité. Il y a un mois, Trump nomma Stephen Bannon membre permanent du Conseil de sécurité nationale, l’organe consultatif du président américain en matière d’affaires étrangères et de sécurité nationale.

Stephen Bannon est un idéologue. Il cherche à nouer de nouvelles alliances avec des populistes nationalistes, antilibéraux et pro-russes en Europe et se détourne de l’alliance transatlantique bien connue avec la vieille UE libérale.

Wolfgang Ischinger espérait que les interrogations de l’Union trouveraient réponse avant dimanche matin, à l’issue de la Conférence de Munich. Cet espoir s’avéra trop optimiste. Quelques paroles rassurantes ne suffiront pas à compenser les dégâts causés par les déclarations explosives de Trump, au vu des profondes blessures occasionnées et de l’incertitude constante planant sur sa politique étrangère.

Maintenant que Stephen Bannon siège au Conseil de sécurité nationale, ces déclarations risquent de se traduire en mesures politiques.

La Russie, cette alliée

Image source: MSC / Kuhlmann​

Les ministres de la Défense allemand et américain, Ursula von der Leyen et James N. Mattis à la Conférence de Munich.

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, est méfiante. Après sa déclaration obséquieuse d’être très heureuse d’entendre son collègue américain James Mattis dire que les USA ne renonceraient pas à l’union transatlantique, elle se raffermit : ‘Il n’est pas question d’établir une distance neutre et régulière entre l’UE et ceux qui menacent nos frontières et notre indépendance.’

En clair : l’Amérique doit choisir son camp dans le conflit qui oppose l’UE et la Russie.

Reste à savoir ce que feront les vautours républicains anti-russes auxquels appartient John McCain. Stephen Bannon est parti en croisade personnelle contre les républicains mainstream comme John McCain et est prêt à tout pour les mettre hors-jeu.

‘Ne vous méprenez pas, chers amis. Vous ne devriez pas disqualifier l’Amérique,’ déclara John McCain à Munich. Les applaudissements retentirent dans la salle. Il entreprit ensuite de flatter tous les aspects du sentiment de supériorité de l’Occident, au grand plaisir de l’élite européenne dans l’audience.

‘Quand nous doutons de la justesse et la bonté de l’Occident, une douce musique berce nos ennemis,’ continua John McCain. ‘L’ennemi s’insinue parmi nous, nous divise, nous mine. Nous devons continuer à croire en la supériorité morale de nos propres valeurs, nous en pouvons pas les miner par nos propres angoisses. C’est pourquoi nous nous réunissons chaque année à Munich, pour y réaffirmer chaque fois notre engagement dans la lutte pour ces valeurs.’

Le social-démocrate Bert Koenders se montra à la fois effrayé et content du discours apocalyptique de John McCain : ‘Nous représentons deux extrémités du spectre politique. Néanmoins, nous avons aujourd’hui besoin de tels discours empreints de confiance en soi.’ Le moins qu’on puisse dire, c’est que Trump bouscule les alliances.

Il semblerait qu’il lançait là une pique à son président, dont une interview avait provoqué la nervosité de John McCain et des Européens :

- Fox News : Mais c’est un meurtrier. Poutine est un meurtrier.

- Trump : Il y a beaucoup de meurtriers. Nous avons de nombreux meurtriers. Qu’est-ce que vous croyez ? Que notre pays est innocent ?

Trump n’invoque aucune supériorité morale. Sur ce point, il se démarque de ses prédécesseurs. Qu’il ait raison ou tort, le fait qu’un président sape les négociations de son propre pays en faisant le jeu de la propagande officielle russe reste inédit.

‘La propagande russe véhicule un message important, celui que les valeurs démocratiques sont de la poudre aux yeux, que la corruption est universelle, comme l’ont prouvé les Panama Papers, que les élections de par le monde sont truquées, qu’il n’existe aucune différence entre les pays démocratiques autoproclamés et ceux que ces démocraties attaquent,’ analyse Mikhail Zygar, journaliste russe et observateur du Kremlin.

Fallait-il y voir un signe de l’incompétence et de l’ignorance de Trump ? Ou ces déclarations faisaient-elles partie d’une stratégie calculée ? En tout cas, Trump persiste à présenter l’Europe comme un continent voué au chaos à cause de ‘l’ouverture de ses frontières’, de ses valeurs libérales et de son politiquement correct, comme il le répéta dans son exposé de ‘what’s happening in Sweden’. Les abondantes exagérations russes sur la chute de l’UE poursuivent le même objectif.

Si John McCain ne l’a pas mentionné explicitement, sa référence à Trump était bien claire : ‘Je refuse d’accepter que la moralité de nos valeurs égale celles de notre ennemi.’

Les émissaires de Trump, Mattis et Tillerson, sont deux figures de l’ancienne école. Aujourd’hui, l’UE les considère modérés car les Européens rêvent d’être rassurés par la toute-puissance militaire des USA.

Le modérateur de la conférence s’étonna que l’audience perçoive Donald Trump, pourtant membre du même parti que l’orateur, comme une dérive de ces valeurs. ‘Il arrive que Trump se contredise,’ répondit John McCain. ‘Nous avons appris à observer ses actes et non plus à écouter ses paroles. Je m’exprimerai cependant si mon opinion venait à différer de la sienne.’

Trump se contredit-il vraiment ? Ou fait-il tantôt écho à la voix de James Mattis et tantôt à celle de Stephen Bannon ?

Celle de Bannon s’accorde mieux aux promesses électorales de Trump. Lors de la Conservative Political Action Conference, Reince Priebus, chef de cabinet de Trump, disait à propos de Stephen Bannon, assis à ses côtés : ‘La présence de Steve à la Maison blanche est vitale. Il s’assure que le président ne s’écarte pas de son agenda quand d’autres tentent de l’influencer.’

Dans l’agenda de Stephen Bannon, la désintégration est prévue sous le titre ‘Union européenne’. Et ces ‘autres’ pourraient viser les émissaires de Trump, James Mattis et Rex Tillerson, figures de l’ancienne école que l’UE considère comme modérésparce que ses citoyens veulent être rassurés de la toute-puissance militaire de l’Amérique depuis qu’un projectile aussi radical et hors de contrôle que Trump dirige le pays. Sous le titre ‘Russie’, on peut lire qu’elle n’est pas une amie avec qui conclure des marchés, mais une ennemie dont il faut se protéger.

Durant les quatre années à venir, l’Europe ne saurait jamais avec certitude qui est aux commandes. Il n’y a pas un seul Donald Trump. La clarté exigée par Bert Koenders, Ursule von der Leyen et une série d’autres ministres européens risque fort de ne jamais exister.

L’Europe de l’Est, la première victime de la division de l’Occident

Image source: MSC / Kuhlmann​

Table ronde lors de la Conférence de Munich. John McCain, Andrzej Duda, Petro Porochenko, Boris Johnson, Bert Koenders (modérateur : Ian Bremmer)

Deux présidents qui otn réussi à effrayer Trump participaient à une table ronde à Munich : le Polonais Andrzej Duda et l’Ukrainien Petro Porochenko. Ce dernier avait pour voisin son pire cauchemar, Boris Johnson.

Boris Johnson avait attisé la crainte d’une expansion de l’UE durant la campagne du Brexit. L’Ukraine, en revanche, souhaite intégrer les institutions européennes. Le Britannique renforça également les préjugés envers les migrants travaillant au Royaume-Uni. Beaucoup de ces migrants étant d’origine polonaise, ils furent la cible de violence après le référendum du Brexit.

Pour compléter le tableau, le référendum des Pays-Bas contre l’accord d’association entre l’Union et l’Ukraine causa aussi la profonde déception de Petro Porochenko. Bert Koenders ne dit mot à ce sujet, si ce n’est que, dans son pays, ‘il existe des mouvements aspirant à la destruction de l’UE.’

‘La classe politique de l’UE se trouve dans la même situation que l’aristocratie de Louis XVI à la veille de la révolution française.’

Tant de lignes de rupture, de conflits et d’épisodes populistes des années précédentes réunis sur la même estrade. Autre fait historique, la victoire électorale du parti populiste PiS en Pologne, qui emporta la majorité absolue. Andrzej Duda pressent que le principal défi pour l’Occident sera de ne plus entraver la vague de changement mais d’accueillir à bras ouverts la contre-révolution conservatrice, qu’il prétend mener avec la Hongrie.

‘La classe politique de l’UE se trouve dans la même situation que l’aristocratie de Louis XVI à la veille de la révolution française,’ déclara Andrzej Duda. Il s’inquiète naturellement que Marine Le Pen bénéficie en France du même coup de pouce du populisme que son propre gouvernement polonais. Marine Le Pen a l’objectif de faire sortir la France de l’OTAN et de l’UE, ce qui s’apparente pour la Pologne à une catastrophe.

Pour la contrer, la Pologne espère que les partis traditionnels pro-UE et pro-OTAN, tels les républicains français et les chrétien-démocrates allemands, s’ouvriront à la démocratie antilibérale. S’ils s’y refusent, ils seront balayés par le Front National et l’Alternative für Deutschland,  tous deux disposés à mettre fin aux engagements conclus avec l’Europe de l’Est et à sortir de l’UE et de l’OTAN. La Pologne estime donc qu’il en va de leur sécurité que les partis traditionnels se tournent vers l’antilibéralisme pour arrêter les populistes anti-Europe et anti-transatlantique.

Une perspective inacceptable pour Bert Koenders : ‘Britain First, America First, Nederland Eerst. Si tous veulent être le premier, comment serons-nous à même de travailler ensemble pour répondre aux besoins considérables d’investissement pour le bien commun ? Ce type de vision s’accompagne toujours de protectionnisme, de xénophobie, ou encore d’une diminution des investissements dans des matières comme le climat. Nous ne sommes pas encore morts, mais nous sommes gravement malades.’

Les mots employés par Petro Porochenko se firent plus agressifs : ‘Adopter une politique de conciliation face au revanchisme de la Russie serait une erreur naïve et dangereuse. Ce n’est pas pour rien si aucun accord n’a finalement été conclu avec les nazis.’

Ce que Petro Porochenko veut dire, c’est qu’aujourd’hui encore, Trump ne devrait pas chercher à se rapprocher de la Russie dans l’espoir de boucler un accord universel sur la division de l’Europe de l’Est entre les sphères d’influence occidentale et russe. ‘Nous ne consentirons jamais à ce que quelqu’un d’autre décide de notre sort. Rien à propos de l’Ukraine sans l’Ukraine. Nous devons mettre fin au revanchisme russe et nous devons le faire en Ukraine.’

L’ironie du sort veut que l’Ukraine soit également le lieu où le revanchisme russe s’est éveillé. Au sortir de la Guerre froide, l’OTAN et l’UE pensaient que la Russie et les pays de l’ancienne Union soviétique connaîtraient un avenir de démocratie libérale et qu’ils pouvaient les “soutenir” dans ce processus d’évolution.

C’est alors que les Russes commencèrent à prendre l’expansion de l’OTAN pour une tentative d’étrangler la Russie. Les révolutions anti-Russie d’Ukraine (2004 et 2014) et de Géorgie (2008) furent des points de rupture, tout comme l’entrée des Pays baltes à l’OTAN.

Le Kremlin s’interrogea sur l’utilité de cette adhésion. Selon lui, la mission de l’OTAN était terminée dès 1991 : l’Europe était protégée de l’Union soviétique. Pourtant, elle ne disparut pas en 1991 et continua à grandir, bien que l’Europe ne soit plus menacée. John McCain est l’un de ces politiciens américains qui plaidèrent pendant la révolution de Maïdan en 2014 en faveur d’une Amérique proactive afin d’intégrer l’Ukraine dans la sphère d’influence occidentale.

‘Nous devons mettre fin au revanchisme russe et nous devons le faire en Ukraine.’ L’ironie du sort veut que l’Ukraine soit également le lieu où le revanchisme russe s’est éveillé.

Ceci contribua à instiguer l’escalade qui suivit et la guerre dans l’est de l’Ukraine, ainsi qu’à servir de prétexte à l’annexion de la Crimée par la Russie. Ces événements rendirent sa pertinence à l’OTAN. La Russie a repris sa position d’ennemi et l’OTAN a retrouvé ses missions originelles : protéger la collectivité et dissuader la Russie.

Petro Porochenko et John McCain se sont rejoints sur de nombreux points. ‘Fin de l’année passée, je me suis rendu au front de l’est de l’Ukraine avec le président Porochenko. J’y ai vu comment les troupes courageuses souffraient d’un manque total de soutien de la part des États-Unis,’ raconta John McCain, ému.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov partage l’avis de Trump – bien que son véritable avis soit difficile à cerner – quand il proclame l’OTAN obsolète et l’Europe pas indispensable au dialogue européen relatif à la sécurité, déjà rendu possible par l’OSCE et le Conseil de l’Europe. Il est dès lors étrange que la Russie ne veille pas à une meilleure collaboration entre les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine et l’OSCE. Les régions qu’elle contrôle sont le théâtre de deux fois plus d’atteintes à la liberté de mouvement des envoyés de l’OSCE que le reste du pays. Et il ne s’agit pas de faits alternatifs.

Imaginons un forum de sécurité où seule la politique serait représentée, sans la branche militaire. Quel type d’ordre verrait alors le jour ? Un ordre où les puissances régionales déterminent les règles du jeu sur leur échiquier et où les lointaines puissances comme les USA n’interviennent plus pour protéger et soutenir les gouvernements de pays tels que l’Ukraine, la Géorgie, les Pays baltes et la Pologne ?

Qui deviendrait la première puissance européenne ? L’Allemagne et la Russie ? Quel visage aurait cette Europe ? Voyez plutôt comment Theresa May, Première ministre britannique, dut ramper devant Trump, puisqu’un Royaume-Uni affranchi sera économiquement dépendant des USA, plus encore que d’une UE où il occupait une position forte.

Ou comment la Russie a annexé la Crimée en Ukraine.

La peur d’un bilatéralisme USA-Russie risque probablement de se réaliser. Cela dit, depuis des décennies, c’est le multilatéralisme qui dicte les relations entre l’Occident et la Russie ; les États-Unis et l’Union européenne s’adressaient ensemble à la Russie. Jusqu’à présent, les USA et la Russie ne discutaient pas de l’avenir européen ensemble.

MO* consacre une série d’analyses aux premières rencontres entre le nouveau gouvernement américain et l’élite européenne.

  1. Ne vous méprenez pas, chers amis européens. Les USA continueront à miner l’Europe.
  2. Attachez vos ceintures : Trump force l’Europe à “une hausse historique des dépenses militaires”

Traduction : Marie Gomrée

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