LA BIÉLORUSSIE EN VOIE DE DÉMOCRATISATION?

Après des années d’informations négatives sur les médias muselés, des actions de protestation réprimées, des élections falsifiées et de la répression politique, il nous arriva finalement, à la fin de cet été, une bonne nouvelle de la Biélorussie. Le régime du président Alexandre Loukachenko a libéré ses prisonniers politiques les plus importants. Souffle-t-il un nouveau vent sur « la dernière dictature de l’Europe » ? Les élections parlementaires du 28 septembre donneront bientôt la réponse à cette question.
Les derniers mois, Andreï Kim, Sergeï Parsioukevich, Alexandre Kozouline et quelques autres adversaires biélorusses ont été libérés de la prison. La Commission européenne a ouvert une ambassade à Minsk, et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a émis des paroles prometteuses dans la perspective des élections parlementaires. L’agence de presse officielle Belta citant le chef des observateurs de l’OSCE : « Le gouvernement nous a assuré que nous pourrons visiter tous les bureaux de vote sans avis préalable. Nous pourrons aussi être présents lorsque les votes seront comptés». La situation en Biélorussie s’améliore-t-elle lentement ?
« Ne croyez pas que les élections à venir changent beaucoup», nous dit Pavel Radjuk. «Soi-disant elles se déroulent de façon plus démocratique, mais ne vous fiez pas aux apparences». Radjuk est le vice-président du Centre biélorusse, une organisation flamande de refugiés à Anvers, qui plaide pour des réformes démocratiques en Biélorussie et qui œuvre pour une meilleure intégration des Biélorusses en Belgique. « Le système biélorusse est vertical et fixe, rigide. Les libertés d’opinion et d’expression n’existent pas du tout. Il est vrai que la répression s’est atténuée et que les liquidations appartiennent au passé, mais les méthodes sont devenues plus subtiles. Ainsi par exemple, ceux qui ne marchent pas au pas risquent de perdre leur emploi. Je serais bien étonné si cette fois-ci des membres de l’opposition étaient élus. Il serait déjà positif d’avoir quelques parlementaires avec des points de vue divergents.»  
rien qu’une mascarade
Lors des élections précédentes, les 110 postes de la Chambre des représentants étaient tous donnés à des candidats en faveur de Loukachenko. « Tant que Loukachenko détient le pouvoir, rien de fondamental ne changera ou presque », opine également Katlijn Malfliet, professeur à l’Université Catholique de Louvain. « Pour Loukachenko, museler les médias et faire taire la critique politique sont inhérents à sa façon de régner en autocrate. Il peut mobiliser tous les leviers de la société pour les élections. Il peut très bien donner l’ordre à tous les directeurs d’école de s’assurer que chaque enseignant vote en faveur du gouvernement. Aussi longtemps qu’il n’existe pas de vrais partis politiques, capables de jouer le rôle de parti d’opposition, les élections ne seront qu’une mascarade. »
Selon Radjuk, la libération des prisonniers politiques – un signe clair envers l’UE – est une conséquence logique de la relation changée entre Minsk et la Russie, bien que les rapports aient été excellents pendant de longues années. Après la chute du rideau de fer, aucune des anciennes républiques soviétiques n’avait des relations aussi intenses avec Moscou que la Biélorussie. En 1999, les deux pays ont même signé un accord pour arriver à une union entre les deux états. Néanmoins, cet accord est resté pour la plus grande partie lettre morte – selon des observateurs parce que Loukachenko préférait lui-même présider une telle structure confédérale, ce qui allait à l’encontre de ce que voulait Moscou.
les factures d’énergie
La relation entre les deux pays a beaucoup détérioré fin 2006, lorsque la Russie a annoncé vouloir augmenter les tarifs bon marchés du pétrole et du gaz fournis à la Biélorussie. Le tarif préférentiel de 47 dollars par mille mètres cube de gaz serait augmenté à 110 dollars – toujours largement inférieur au prix mondial. La question n’est toujours pas réglée. Fin août le Kremlin a fait savoir que les négociations sur les prix de l’énergie seraint poursuivies en automne. Radjuk explique : « Loukachenko a peur de la Russie. Il sent que Moscou veut que quelqu’un d’autre vienne au pouvoir – une stratégie introduite par Poutine. C’est pourquoi Loukachenko essaie de redorer son image en Occident. » Selon Radjuk, un autre élément qui met en évidence les rapports troublés avec la Russie, c’est le conflit en Géorgie. « Loukachenko n’a condamné la position de la Géorgie qu’après un entretien avec le président russe Medvedev par rapport aux accords énergétiques. Le fait que Minsk n’a pas immédiatement reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie a également attiré l’attention, c’est un signe évident que Loukachenko ne veut pas prendre ouvertement position en faveur de la Russie. »    
un état tampon
Loukachenko semble avoir un sérieux problème. La forte croissance économique des dernières années – ce que Loukachenko aime bien appeler « le miracle économique de la Biélorussie » – est basée en grande partie sur la réexportation du pétrole et du gaz russes et de produits dérivés. En outre, la Russie est le partenaire commercial le plus important de Minsk, représentant 60 % de l’importation et 36 % de l’exportation. Aux dires du professeur Malfliet, « la Biélorussie est un état indépendant mort-né au niveau économique. La pays ne peut simplement pas exister sans la Russie. Toute cette question énergétique démontre avant tout qu’on ne peut pas offusquer le Kremlin sans que cela ait des conséquences pour la facture d’énergie. »    
Selon Malfliet, l’importance de la Biélorussie pour le Kremlin réside avant tout dans son rôle d’état tampon contre l’OTAN, qui s’étend toujours plus dans la sphère d’influence russe. « Il ne s’écrit presque rien à ce sujet, mais en silence la Russie instaure toutes sortes d’institutions parallèles qui gagnent en ampleur chaque année. L’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), instaurée en 2002 par la Russie, la Biélorussie et quatre autres anciennes républiques soviétiques, en constitue un bon exemple. Dans son acte de constitution, chaque agression contre un membre est considérée comme une agression contre tous – une copie du fameux article V du Traité de l’Atlantique Nord. La collaboration militaire bilatérale entre Minsk et Moscou s’accroit également. Fin août, Loukachenko et Medvedev ont discuté dans la ville balnéaire russe Sotchi de projets pour un système de défense aérienne unifié.
le capital politique
L’Occident tend à perdre de vue qu’une partie considérable de la population nourrit de la sympathie pour Loukachenko. Malfliet affirme que « la majorité lui soutient. Après tout, c’est Loukachenko qui a procuré une sorte de minimum de moyens d’existence à tous les Biélorusses après l’implosion de l’Union soviétique. Les autres anciennes républiques soviétiques devaient faire face à des temps difficiles d’un point de vue économique, mais en Biélorussie les salaires et les pensions étaient payés. Loukachenko donne un sentiment de sécurité aux gens. C’est ainsi qu’il a pu construire son capital politique. »
Pavel Radjuk reconnaît que Loukachenko jouit d’une certaine popularité dans son pays, mais assure qu’elle est en baisse. Radjuk: « Ce sont surtout les ouvriers qui lui soutiennent, vu que non seulement les prix ont augmenté, mais aussi leurs paies. Or, l’ancienne génération lui soutient de moins en moins, puisqu’elle ne jouit plus d’avantages comme des tickets de bus bon marché ou des médicaments subventionnés. » Néanmoins, Radjuk ne croit pas qu’il y ait une révolution bientôt. « Les gens ont peur, ils sont mal informés et ne voient pas d’autres possibilités. Et Loukachenko? Il est en bonne santé. Ce ne sera pas pour demain. »

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