Les Belges à l’étranger

En 2013, il y a 381.452 Belges enregistrés dans les postes consulaires à l’étranger. “En croisant ce chiffre avec les statistiques de l’ONU et des pays de destination, nous obtenons un nombre estimé d’environ 500.000 Belges à l’étranger”, nous dit le professeur en démographie Michel Poulain. Voici un profil des aventuriers belges.

Un Belge sur vingt habite à l’étranger

Au cours de la décennie passée, le nombre de Belges enregistrés à l’étranger est passé d’un peu moins de 300.000 à plus de 380.000. Cette augmentation vaut pour presque tous les pays – à l’exception du Venezuela, de la Tanzanie, du Nigeria et – ce qui ne doit pas nous surprendre – de la Syrie et la Libye.

“Dans le dix-neuvième siècle, beaucoup de Flamands et de Wallons ont déménagé vers les Etats-Unis, l’Argentine et le Brésil pour des raisons économiques”, nous informe le professeur en démographie Michel Poulain, internationalement reconnu comme expert en statistiques sur la migration. “Jusqu’à la Première Guerre Mondiale, la Belgique était un pays d’émigration. Ce n’est absolument plus le cas aujourd’hui. Néanmoins, plus ou moins un demi-million de Belges habitent à l’étranger, comme nous avons pu déduire d’un croisement des données du ministère des Affaires étrangères avec les statistiques de l’ONU et des pays de destination.”

Un Belge sur vingt, est-ce beaucoup ou peu? C’est entre les deux. “Des pays comme la Moldavie, les Comores ou le Cap-Vert comptent plus de citoyens à l’étranger que dans le pays même.”

Depuis que l’UCL lui a accordé son éméritat, Poulain travaille comme chercheur associé à l’Université de Tallinn. Il a une deuxième résidence dans la capitale de l’Estonie. “Récemment, j’ai moi-même eu la demande de m’inscrire auprès de l’ambassade belge à Tallinn et je compte donc le faire. Or, tout le monde ne se fait pas enregistrer. C’est pourquoi les statistiques du ministère des Affaires étrangères concernant le nombre de Belges enregistrés sont une sous-estimation du nombre réel de Belges résidant à l’étranger.

En même temps, ces chiffres sont une sur-estimation, car certaines personnes qui se font enregistrer sont en fait des enfants ou petits-enfants de Belges qui en fait n’ont rien à voir avec leur pays d’origine. Est-ce qu’un Belge a intérêt à se faire enregistrer auprès de l’ambassade? C’est ça la question fondamentale.”

Une telle inscription n’est en tout cas pas obligatoire. “Quoiqu’elle est vivement recommandée pour des raisons pratiques”, comme nous pouvons lire sur le site web du ministère des Affaires étrangères: “Possibilité d’obtenir une carte d’identité ou des attestations consulaires (p.ex. attestations de résidence, de nationalité, …), assistance consulaire humanitaire plus efficace en cas de détresse, facilités pour obtenir un passeport de voyage, etc.”

Un Belge sur cinq habitant à l’étranger n’a pas encore dix-huit ans. La répartition hommes/femmes est plus ou moins égale. Dans certains pays, il y a plus de femmes belges que d’hommes belges: en Italie (62% de femmes), en Grèce (59%) et en Turquie (54%). Inversement, les hommes belges forment une majorité en Thaïlande (71% d’hommes), au Vietnam (70%), aux Philippines (64%) et dans certains pays de l’Europe de l’Est.

Les 20 destinations préférées des émigrants belges

Parmi les Belges enregistrés à l’étranger, 94% habite dans un des vingt pays les plus populaires. La France est la destination préférée, avec 133.066 Belges, suivie par les Pays-Bas (32.623) et l’Allemagne (24.634). Ce n’est pas un hasard si ce sont nos pays voisins. “En effet, la distance est un facteur important”, nous dit le professeur Poulain. “Moins la distance est grande, plus de possibilités de migration il y a – car c’est moins cher. A part la distance physique, il y a aussi la distance socio-culturelle qui joue un rôle. La plupart des Belges habitant aux Pays-Bas sont probablement des Flamands; en France, ce seront surtout des Wallons.”

Le Royaume-Uni (18.846) et l’Allemagne (24.634) sont moins en vogue que les autres pays voisins. Poulain: “En ce qui concerne le Royaume-Uni, il y a de nouveau la distance qui joue un rôle. Il faut traverser le Canal et il y a aussi une plus grande distance socio-culturelle. Dans le cas de l’Allemagne – où habitent trois quart moins de Belges qu’en France – il y a un effet historique à ne pas négliger, à savoir la perception des deux guerres mondiales. En plus, ce sont uniquement les habitants des cantons de l’Est qui ont l’allemand comme langue maternelle.”

Des affaires et le soleil

Le fait que les États-Unis, le Luxembourg et la Suisse occupent eux aussi une place dans le top-dix est étroitement lié à leur réputation de centres internationaux d’affaires, selon Poulain. Poulain: “Les chiffres pour le Luxembourg sont néanmoins une sous-estimation. Si nous comptions également les Belges qui travaillent au Luxembourg, mais qui habitent en Belgique, nous arriverions à un chiffre d’entre 30.000 et 40.000.”

“D’autres destinations sont surtout sollicitées pour des raisons de tourisme: l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Il s’agit souvent de Belges pensionnés qui vont habiter dans ces pays. Ici aussi, les statistiques du ministère des Affaires étrangères sont sans doute une énorme sous-estimation, car beaucoup de Belges habitent en Espagne pendant six mois par an et ne sont pas inclus dans les statistiques.”

Le professeur mentionne aussi le Maroc et la Turquie (17ème et 18ème place dans le top-20) comme pays qui connaissent une migration touristique importante. “Bien que l’effet de la double nationalité entre aussi en jeu ici. Ces personnes sont considérées comme des Belges par la Belgique.”

Les pays émergents

Parmi les grands pays émergents composant le BRICS, l’Inde (800 Belges), la Chine (1.500) et la Russie (500) ne se trouvent pas dans la liste des vingt pays où habitent le plus de migrants belges. La Chine connait cependant une forte hausse: le nombre de Belges enregistrés à Pékin, Shanghai et Canton a été multiplié par trois depuis 2004. Certains pays émergents plus petits, comme la Turquie et le Pérou, ont également vu le nombre d’habitants belges multiplier par trois dans la décennie passée. L’Afrique du Sud (plus de 8.000 Belges) et le Brésil (presque 4.000) se trouvent bien dans le top-20, mais plus pour des raisons historiques et culturelles qu’économiques.

Les Belges à l’étranger: pas de taxation sans représentation

“Pendant les élections, les Belges à l’étranger représentent certainement un facteur d’importance”, nous dit Hendrik Vuye, professeur en droit constitutionnel auprès de l’Université de Namur. “Tant de voix, cela intéresse chaque politicien. Leur influence n’est peut-être pas grande, mais quand même marginale – et pour un parti politique, chaque siège compte.”

Les Belges résidant à l’étranger ont différentes possibilités pour voter: ils peuvent soit exprimer leur vote en personne dans une commune ou poste diplomatique ou consulaire belge, soit par procuration ou par correspondance.

En 1998, le droit de vote pour les Belges résidant à l’étranger fut inscrit dans le code électoral. Vuye: “A ce moment-là, il y avait beaucoup de conditions à remplir et le vote n’était pas obligatoire. Lors des élections de 1999, très peu de Belges – une vingtaine tout au plus – ont utilisé cette possibilité.”

Après, le vote obligatoire fut introduit – bien que celui-ci n’est pas justiciable dans la pratique. Lors des élections de 2013, 113.987 Belges ont voté depuis l’étranger.

L’accord papillon

En 2011, la procédure a de nouveau été adaptée par l’accord papillon sur la réforme de l’état. Vuye: “L’accord papillon introduit des critères objectifs: ce n’est plus possible d’aller voter n’importe où. Il faut un lien objectif entre l’électeur résidant à l’étranger et la commune où il vote. Dans la pratique, cette commune est souvent sa dernière résidence principale ou son lieu de naissance. Avant, ces Belges allaient souvent voter dans l’arrondissement de Hal-Vilvorde. Dès à présent, ce sera plus réparti sur toute la Belgique.”

Il est frappant que nos compatriotes à l’étranger peuvent uniquement voter pour le niveau fédéral et non pas pour les parlements des états fédéraux. Vuye: “Malheureusement, les politiciens ne sont pas arrivés à un compromis à ce sujet. Le PS s’y oppose, car du côté francophone, le MR obtient plus de votes parmi les Belges résidant à l’étranger. Quand Elio Di Rupo allait se reposer un moment pendant la soirée des élections en 2007, les résultats provisoires accordaient un siège de plus à son parti qu’au MR. A son réveil quatre heures plus tard, le PS avait déjà trois sièges de moins que le MR. Qu’est-ce qui s’était passé? Les votes des Belges résidant à l’étranger avaient aussi été comptés entre-temps.”

Impôts

Pour savoir si les Belges résidant à l’étranger doivent payer des impôts à l’état belge, il faut regarder la situation concrète.

“En principe, un Belge qui a son domicile à l’étranger n’est pas soumis à l’impôt sur le revenu des personnes physiques”, nous dit Francis Adyns, porte-parole du Service public fédéral Finances. Mais il ne suffit pas de dire “je réside à l’étranger”. Quoique le texte légal à ce sujet soit court, la jurisprudence est énormément volumineuse. Des factures d’électricité et d’eau peuvent par exemple constituer des indices pour déterminer à quel endroit une personne réside la plupart du temps. C’est une question de faits et c’est le juge qui décide.”

Si par exemple les deux partenaires habitent et travaillent à l’étranger avec leurs enfants, ils ne sont pas soumis à l’impôt des personnes physiques, sauf s’ils ont gardé leur “siège de la fortune” en Belgique, ce siège de fortune étant “le lieu où un propriétaire administre ses biens ou où il en contrôle leur gestion” ou “le lieu où une personne a le siège de ses affaires ou de ses activités”.

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