OPINION: Accord de Goma: chronique d’un momentum raté?

Nous étions très sceptiques en décembre 2007, quand nous recevions les premiers documents d’une conférence qui se préparait à Goma sur les Kivus.
Nous trouvions les Termes de Référence très ambigus. D’un côté, ils exprimaient l’ambition de résoudre les problèmes multiples et complexes de l’est du Congo. De l’autre, les organisateurs voulaient déminer une situation politico-militaire explosive ad hoc après l’échec d’éliminer militairement les forces de Nkunda.  Même si nous avions toujours défendu une solution négociée parce qu’une solution purement militaire contenait des risques de dérapage énormes, nous trouvions que cette solution négociée devait venir de la diplomatie et non d’une conférence, parce que celle-ci donnerait à Nkunda une légitimité qu’il ne méritait pas.

Donc nous n’attendions pas grand-chose de cette Grande Messe avec une multitude d’acolytes sans mandat précis, préparée dans la période trop courte entre l’annonce et la tenue de la dite conférence. Nous constations une grande réticence, voire un rejet de cette conférence à la base, puisque la population ne se sentait pas du tout impliquée.
Avec nos amis de la société civile congolaise, nous avons suivi avec beaucoup d’attention les travaux de la conférence.  Nous étions très contents quand les responsables de la conférence, les présidents de la CEI et de l’Assemblée Nationale, respectivement l’Abbé Apollinaire Malu-Malu et l’Honorable Vital Kamerhe, ont pu saisir et capitaliser le momentum qui se présentait dans la salle. Nous avons applaudi les résultats inattendus de la conférence et notamment la signature par l’ensemble des protagonistes congolais, le 23 janvier 2008 à Goma, de deux Actes d’engagement à la paix : un pour le Nord-Kivu et un autre pour le Sud-Kivu.  Ces accords sont venus quelques mois après l’Accord de Nairobi, signé le 9 novembre 2007 entre le Rwanda et le Congo sur  une approche commune à l’égard de la menace posée à la stabilité et la sécurité dans la région par les FDLR et les Interahamwe.  Les résultats de Nairobi et de Goma représentaient des acquis importants, à condition qu’ils soient respectés et mis en œuvre. Les deux accords constituaient des éléments indispensables d’un seul processus, une fenêtre d’opportunités sur la paix.
Personne n’est suffisamment naïf pour espérer qu’un tel accord se traduise immédiatement en réalité sur le terrain. Même si la signature de l’accord ne mettait pas fin aux hostilités, nous nous réjouissions du fait que les mécanismes de suivi et d’application étaient mis en place. A pas de tortue peut-être, mais c’était un progrès réel quand-même.
Les hostilités n’ont jamais cessé. Deux ans après les élections et huit mois après la signature de l’accord de Goma, la population à l’est du Congo est soumise aux mêmes horreurs qu’elle vit depuis longtemps. Les milices continuent à recruter, y compris des enfants.  L’Accord de Goma n’est pas respecté non plus par une bonne partie de ses signataires qui s’affrontent, recrutent, pillent et violent. De nouveaux mouvements armés voient le jour et forgent de nouvelles alliances dans un paysage politico-militaire en évolution continue.  L’Accord de Nairobi existe seulement sur papier et il reste une réalité diplomatique.  Mais il n’est pas respecté sur le terrain.
Ces derniers jours, nous avons vu une dégradation de la situation sur le terrain. Le CNDP de Laurent Nkunda a lancé une offensive à plusieurs endroits contre l’armée gouvernementale. Une armée qui n’est toujours pas unifiée, et qui n’est pas crédible, ni en termes d’opérationnalité, ni comme instrument pour réhabiliter l’Etat de droit.  Comme tout autre groupe armé au Kivu, l’armée régulière vit sur le dos de la population et se livre à l’exploitation illégale des ressources minières.
Pour rester crédible, la Monuc doit non seulement mettre fin à l’offensive du CNPD, mais aussi obliger Nkunda à abandonner ses positions récemment conquises.  La communauté internationale doit exercer une pression réelle sur les signataires congolais de l’accord de Goma afin qu’ils concrétisent leurs engagements, ainsi que sur le Rwanda pour qu’il coupe, venant de son territoire, tout appui à Nkunda. Sans ces mesures, bientôt l’Accord de Goma n’existera plus. Il sera réduit à une parenthèse dans l’histoire de la somalisation du pays.

Kris Berwouts, Directeur EurAc
EurAc est le réseau des ONG européennes pour un plaidoyer sur l’Afrique Centrale, avec 50 associations-membres en treize pays.

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