Une femme pygmée ministre au Sud-Kivu

Remaniement au sein du gouvernement provincial du Sud-Kivu. Le gouverneur Marcellin Chisambo, vient de nommer 3 nouveaux ministres. Au poste de l’environnement et de l’agriculture vient d’être nommée Adolphine Byaywuwa Muley. A 42 ans, cette activiste engagée dirige depuis 13 ans une organisation pour l’émancipation des femmes pygmées et twa (UEFA) au Sud-Kivu. Kris Berwouts, analyste indépendant sur la région des Grands Lacs nous en dresse le portrait.

  • Adolphine Byaywuwa Muley

Le 5 juin 2013, le gouverneur, Marcellin Chisambo, a annoncé un remaniement du  gouvernement de la province congolaise du Sud-Kivu. Il y a un peu plus d’un mois, trois ministres avaient perdu la confiance de l’Assemblée provinciale. Un des nouveaux ministres est  Adolphine Byaywuwa Muley, 42 ans. Le gouverneur lui a confié le ministère de l’environnement et de l’agriculture. Adolphine Muley dirige depuis 2000 une organisation locale pour l’émancipation des femmes pygmées et twa : l’Union pour l’émancipation de la femme autochtone (UEFA). Particularité d’Adolphine Muley : elle est née à Bunyakiri, dans le nord de la province, et est originaire d’une famille dont les racines se trouvent partiellement dans la communauté twa.

Défendre les forêts congolaises

UEFA travaillait initialement dans les domaines humanitaires et dans le développement  mais ’association a rapidement démarré des activités de plaidoyer. D’abord dans le cadre de la lutte contre des violences faites aux femmes, et plus tard aussi sur la problématique d’une exploitation équilibrée et transparente des forêts congolaises. La forêt joue un rôle décisif dans la  survie quotidienne et dans le maintien de la culture pygmée.

En tant que secrétaire-générale d’UEFA, Adolphine Muley a occupé plusieurs mandats dans des plates-formes nationales d’organisations pygmées en RDC et dans des forums de consultations entre le gouvernement et la société civile sur les thèmes de l’environnement, des problématiques forestières et du climat. Au niveau international, elle a participé à des nombreuses rencontres des peuples autochtones aux quatre coins du globe. Ces dernières années, elle est également devenu de plus en plus active dans le plaidoyer international sur le changement climatique.

Le choix de la politique

En 2006, elle a décidé d’entrer dans l’arène politique. Elle a participé aux élections provinciales comme candidate indépendante. Malgré son score élevé (plus de 9.000 voix), elle n’était pas élu.   Le système électoral favorisait essentiellement les candidats qui se présentaient sur les listes des partis politiques. Il était donc très difficile pour un candidat indépendant de se faire élire. 

Pour augmenter ses possibilités à se faire entendre dans le débat politique, elle a décidé en 2009 de se préparer pour le scrutin de 2011 comme membre d’une famille politique. Après consultation avec la communauté de Bunyakiri et ses chefs coutumiers, elle a décidé de joindre le parti du président Joseph Kabila, le PPRD. Elle s’est présentée comme candidate aux élections chaotiques et contestées de  novembre 2011, mais elle n’a pas été élue. Elle est aujourd’hui récompensée pour son expertise et son engagement avec ces responsabilités ministérielles au Sud-Kivu

Démocratie d’en bas

Depuis plusieurs années, les organisations de la société civile congolaise plaident pour la consolidation de qu’elle appelle “la démocratie d’en bas”, à travers la décentralisation et l’organisation des élections locales. Les élections locales, prévues dans le calendrier électorale de 2006, n’ont jamais été organisées, ce qui a réduit l’architecture institutionnelle de la démocratie au Congo à une infrastructure avec un toit.. mais sans mur. Ce qui, comme chaque architecte le confirmera, n’est pas une construction solide. Seules des élections libres et transparentes au niveau local peuvent fournir ces murs. La gouvernance participative peut restaurer la crédibilité de l’Etat et contribuer à un renouvèlement du paysage politique s’il s’agit d’un processus mené “du bas vers le haut”.

Il est difficile de prédire de quelle espace Adolphine Muley bénéficiera pour établir sa propre politique et réaliser son propre impact. Coopter des militants de la base dans le gouvernement en soi ne réalise pas le rêve de la “démocratie d’en bas”. Au point où nous sommes, c’est sans doute un bon début. Mais seulement si des élections locales crédibles suivront comme prévues.

Kris Berwouts est analyste et spécialiste de la région des Grands Lacs. Il a travaillé pendant 25 ans pour des ONG belges et internationales œuvrant sur la construction de la paix, la réconciliation, la sécurité et les processus démocratiques. Jusqu’en 2012, il était directeur du réseau des ONG européennes pour le plaidoyer sur l’Afrique centrale, EurAc. Depuis un an, il travaille comme expert indépendant sur cette même région.

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