Congo: Les jeunes demandent la bonne gouvernance

Auto-prise en charge par la population congolaise… Comment font-ils, ces citoyens qui veulent prendre les rênes en mains propres? J’ai posé la question à un expert par expérience.

  • © Véranda Mutsanga Véranda Mutsanga © Véranda Mutsanga
  • © Véranda Mutsanga Tembos Yotama © Véranda Mutsanga
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Butembo a largement eu sa part de misère au Congo de l’Est. L’accroissement de la population depuis le début de ce siècle de 400.000 habitants jusqu’à près d’un million a tout à voir avec l’insécurité chronique dans la campagne environnante.

Au tournant du siècle cet accroissement dépassait plus de 10% par an. C’était peu après que les rebelles de l’AFDL du père Kabila avaient causé de graves dégâts dans la ville comme représailles pour une attaque des Maï-Maï. Des parents avaient envoyé intentionnellement leurs enfants aux milices et devaient en payer le prix, avaient estimé les rebelles en ce temps-là.

Jusqu’à présent les autorités publiques interdisent à la population d’honorer leurs morts, enterrés dans des fosses communes, rendues invisibles.

‘C’est bel et bien notre devoir de mettre la main à la pâte, sinon on se casse tous le nez!’

Habitués à de longues années d’absence d’autorité, on ne doit pas raconter aux jeunes de Butembo des contes de fée sur la démocratie. ”Nous ne pouvons quand même pas croiser les bras quand notre société risque d’être déchirée à cause de l’absence d’un projet politique clair? C’est bel et bien notre devoir de mettre la main à la pâte, sinon on se casse tous le nez!”

Les autorités publiques ont mal pris ce genre de propos de Tembos Yotama. Ils ont lancé un mandat d’arrêt contre lui mais il a pu se cacher à temps. Tembos Yotama nous accorde une interview depuis son lieu d’asile.

 

© Véranda Mutsanga

Véranda Mutsanga

Tembos Yotama, votre organisation s’appelle ‘Véranda Mutsanga’ et votre groupe de Facebook ‘Véranda Mutsanga en révolution’. Qui êtes-vous?

Tembos Yotama: ‘Nous sommes une structure de citoyens jeunes et engagés qui veulent des changements fondamentaux dans notre ville. Pendant plusieurs années nos familles ont souffert de la violence persistante de criminels, à laquelle les autorités publiques n’avaient pas de réponse. Cambriolages, meurtres pour vol, viols, massacres, on a tout connu, on ne pouvait plus continuer à subir tout cela passivement. Nous savons que ces bandits se cachent parmi les gens ou ils y ont même des complices. C’était cela notre première motivation: identifier et neutraliser ces bandits. D’où notre devise “Surveillance, Vigilance et Dénonciation populaire”.’

‘Le mot révolution dans le nom de notre groupe Facebook représente le changement durable, l’amélioration. Plus de 40.000 membres y échangent de l’information et des opinions. Le nom ‘véranda’ renvoie à l’espace couvert qu’on trouve dans chaque village des Wanande, où des sujets importants sont débattus. Mutsanga est le nom de notre partie de Butembo.’

Le mot « changement » est utilisé par beaucoup de personnes : des défenseurs des droits de l’homme, des ONG, certaines religions, des syndicats, des organisations paysannes, des mouvements de femmes, des jeunes (comme LuCha et Filimbi), même des partis politiques de la majorité et de l’opposition. Qu’est-ce qui vous distingue d’eux?

Tembos Yotama: ‘Nous ne voulons pas seulement le changement, comme les autres, nous prenons aussi l’initiative pour y contribuer. Nous dénonçons les défauts, les infractions et les erreurs de conduite de nos autorités mais en même temps nous devons donner nous-mêmes le bon exemple. Les changements les plus grands viendront du citoyen. L’autorité publique est toujours le dernier à changer. Nous montrons aux citoyens comment ils doivent s’y prendre et puis nous les incitons à prendre leurs responsabilités.’

‘Si pendant la nuit dans le quartier une maison est assiégée par des bandits, la population fait appel à nous, parce qu’on ne peut pas compter sur la police. Nous sortons immédiatement pour chasser les intrus, ou mieux encore, nous les maîtrisons et ensuite nous les extradons aux autorités pour des poursuites judiciaires. La population a plus de confiance en nous qu’en l’autorité publique. La population nous soumet leurs problèmes, nous l’aidons à trouver des solutions, et nous ne manquerons pas d’attirer l’attention de l’autorité sur ses défauts et d’exiger des actions.’

Depuis combien de temps la Véranda Mutsanga existe-t-elle ?

Tembos Yotama: ‘En novembre nous existons 4 ans. Nous avons mis 6 quartiers sous notre garde. La criminalité y était plus élevée qu’ailleurs, des centaines de personnes y ont été assassinées entre 2006 et 2015. Nous voulions y mettre fin. Mais nous faisons plus que combattre l’insécurité. Nous entreprenons aussi des travaux d’intérêt public. Nous établissons des antennes dans d’autres parties de la ville qui sont impressionnées de notre impact et qui nous demandent de les aider à s’organiser. Ainsi nous élargissons notre réseau. Avec succès. Nous travaillons maintenant à notre première antenne à Béni, une ville qui est fréquemment terrorisée par une bande d’égorgeurs.’

Comment votre organisation fonctionne-t-elle?

Tembos Yotama: ‘Chaque dernier dimanche du mois tous les membres de toutes les antennes se réunissent pour échanger ce qu’ils ont fait le dernier mois et pour apprendre des expériences des autres. Une sorte d’assemblée générale. Chaque premier dimanche du mois nous nous réunissons avec les dirigeants de toutes les antennes pour planifier le mois à venir. Puis nous avons une section ‘développement et financement’ qui gère notre patrimoine et une autre ‘mobilisation et communication’. Celles-ci sont aussi responsables de la stratégie de mise en œuvre d’antennes nouvelles. La section ‘protocole et secrétariat’ s’occupe de nos archives et dépliants. Récemment nous avons également créé une brigade de discipline pour que nos manifestations se passent de manière ordonnée. Et le tout est englobé par un conseil des dirigeants. Nous les appelons les “babu”, les sages. Personne n’est rémunéré.’

Qu’est-ce qu’on doit faire pour devenir membre?

Notre lutte n’est pas armée, elle est citoyenne.

Tembos Yotama: ‘Juste poser sa candidature, témoigner d’un esprit patriotique, un esprit d’équipe, s’engager à venir aux réunions et y apporter sa contribution. Des militaires ou des membres des groupes armés sont exclus. Notre lutte n’est pas armée, elle est citoyenne. Des profils politiques sont également exclus. Nous voulons rester indépendants et apolitiques. Nous recevons beaucoup de requêtes. Cependant nous observerons les candidats pendant un certain temps, pour voir s’ils n’ont rien à cacher. On ne sait jamais s’il y a des tentatives d’infiltration. Nous mettons d’ailleurs les candidats au courant que quand ils viennent avec un agenda secret, nous n’allons pas tarder à le découvrir, et allons les mettre hors d’état de nuire. Pour démanteler des bandes de malfaiteurs, nous nous sommes spécialisés dans l’infiltration, donc nous sommes très capables d’identifier ceux qui tenteraient de nous infiltrer.’

Concrètement, quelles sont les activités menées par la Véranda Mutsanga?

Tembos Yotama: ‘Le soir et parfois aussi le matin les membres se réunissent dans leurs antennes respectives pour parler de ce qui s’est passé au cours des vingt-quatre heures passées. Pas seulement dans le quartier, mais aussi au plan national et international. Ces réunions sont dans un certain sens une formation sur le tas, pas théorique, mais partant de la réalité quotidienne. Ainsi nous renforçons leur sens civique et leur patriotisme.’

‘Tous les membres sont attentifs à toute heure de la journée et de la nuit pour démasquer, intercepter ou neutraliser des voleurs, des arnaqueurs, des kidnappeurs ou toute autre sorte de crapule et ont pour cette raison diffusé leurs numéros d’appel chez une grande partie de la population. Parfois nous manifestons, comme le mois passé, contre les massacres de citoyens innocents à Beni. Ou nous réparons des petits ponts, entretenons des routes. Et nous communiquons beaucoup à travers l’internet pour élargir notre réseau. Si nous avions plus de moyens, nous ferions des exploits!’

Vos activités se situent dans le domaine public, et pourtant la Véranda n’est pas une institution reconnue par les autorités pour agir dans ce domaine.

Tembos Yotama: ‘Autrefois nous faisions constamment appel à l’autorité publique s’il y avait un problème quelque part. La police intervient toujours en retard, quand l’irréparable est déjà commis. Nous avons crié, nous avons dénoncé, mais rien n’a changé. Finalement nous avons choisi d’agir chaque fois nous-mêmes. Si nous voyons des malfrats, nous nous démenons par nos stratégies pour les affronter ou les faire fuir, et des fois, Dieu aidant, nous parvenons à déjouer leurs missions.’

les forces de l’ordre comprennent bel et bien que nous leur rendons service et dans les coulisses, elles ne s’abstiendront pas de nous le dire parce qu’elles ne disposent pas de moyens suffisantes pour surveiller toute la ville.

‘Pour ce qui est des travaux communautaires, même chose, nous mettons la main à la pâte, et puis l’autorité vient constater sur le champ ou par la voix des ondes. La population vante nos actes, ce qui entraîne évidemment la jalousie de l’autorité publique. Mais les forces de l’ordre comprennent bel et bien que nous leur rendons service et dans les coulisses, elles ne s’abstiendront pas de nous le dire parce qu’elles ne disposent pas de moyens suffisantes pour surveiller toute la ville. Et nous n’arrêtons pas de leur dire que notre objectif n’est pas de les remplacer, bien au contraire, nous voulons les soutenir et leur permettre de mieux jouer leur rôle. Mais ça reste une relation d’amour-haine. S’ils se passent des choses mauvaises dans leurs rangs, nous les dénoncerons aussi. Si par exemple ils abusent de leur pouvoir, on ne peut absolument pas l’accepter. Quand nos actions menacent leurs intérêts, ils se tournent contre nous.’

Comme maintenant. Un mandat d’arrêt a été lancé contre vous. Qu’est-ce qu’ils vous reprochent?

Tembos Yotama: ‘Depuis 2 ans, les massacres des civils se perpétuent en territoire de Beni, et rien ne semble être fait par le gouvernement pour mettre fin à ces atrocités. Ainsi, depuis le 13 août 2016, la Véranda Mutsanga a lancé une campagne de mobilisation contre ces massacres, l’objectif étant de hausser la voix pour que le monde entier écoute ces cris d’alarmes, cris de détresse et qu’il s’approprie cette souffrance de Beni-Lubero pour que les grands décideurs de ce monde puissent tout faire pour aider à mettre fin à ces atrocités des enfants de Beni-Lubero. Nous en avons vraiment ras le bol! Nous ne sommes pas des animaux d’abattoir!’

‘Le président Kabila était à Beni pour y annoncer à tous qu’il venait apporter la paix. Il avait à peine tourné le dos que de nouveaux massacres ont eu lieu. Nous avons alors organisé, pendant un deuil national de trois jours, avec toute notre véranda, une marche sur Beni (52 km). Quelques jours après, l’autorité a décrété un « couvre-feu » sur toute l’étendue de la ville de Butembo. Nous avons demandé de revoir cela, car demander aux Bubolais d’aller se terrer dans les maisons à partir de 19h00 jusqu’à 6h00, aurait une autre connotation étant donné qu’il y a trop d’infiltrations dans cette zone de Beni-Lubero, considérée comme zone rouge. Comme les bandits que nous traquons agissent toujours entre 19h00 et 22h00, nous avons pensé que ce couvre-feu allait faciliter l’activisme des bandits, et exactement, dans cette période de couvre-feu, les bandits ont été très actifs.’

‘C’est dans ce sens que nous avions mené une campagne de boycott contre cette mesure de l’autorité. Curieusement le lendemain du lancement de cette campagne, nous, les habitants avons découvert un groupe de clandestins qui se disent aller chercher des champs dans les zones rouges où les habitants sont entrain de fuir leurs champs. Alertée, la police est venue les récupérer. Cette situation a fait accomplir une prophétie selon laquelle ce couvre-feu serait un arbre qui cache la forêt. Rouge de colère, les habitants incontrôlés voulaient se rendre justice, et dans cette situation un motard a été assassiné par les balles des agents de l’ordre, et trois autres personnes calcinées par des manifestants qui vengeaient ce taximan. Nous condamnons fermement des actes pareils de justice populaire.’

‘L’autorité publique a maintenant peur de notre force de mobilisation. Elle nous accuse de soulèvement de la population contre l’autorité et incitation à la haine, étant donné que ces manifestations se soldaient toujours en manifestation contre le régime qui a fatigué les habitants et curieusement qui voudrait se pérenniser au pouvoir. Mais selon les sources non recoupées, les autorités en place ont peur d’un soulèvement populaire contre le régime qui est fin mandat. Maintenant, ils sont en train de vouloir coffrer tous les leaders d’opinion jusqu’à ce que le 19/12/2016 passe.’

‘Comment peut-on avoir une telle politique à court terme? En fait, quand l’autorité nous colle ces fausses accusations, nous estimons que l’autorité doit s’occuper de son vrai travail, et surtout voir comment conjuguer avec les forces vives de la ville. Elle doit capitaliser cette bonne foi de certains habitants qui veulent conjuguer avec elle pour sécuriser la ville et traquer les malfrats, à l’instar de la véranda Mutsanga. Elle doit éviter des accusations gratuites de nature à décourager les jeunes qui s’organisent pour aider à surveiller tout mouvement suspect. Le couvre-feu a d’ailleurs entraîné un nombre croissant de cambriolages, comme nous l’avions prédit.’

Il n’y a vraiment pas d’agenda politique caché derrière vos actions? 

‘Rappelons que la véranda Mutsanga n’a pas de couleur politique. Quand les revendications de la V.M s’apparentent à celle de l’opposition, la Majorité Présidentielle nous taxe d’être utilisés par les opposants. Dans le cas contraire, les opposants nous taxent d’être utilisés par la Majorité au pouvoir. Mais nous dans nos actions, nous nous rangeons dans le camp de la société civile bien que nous soyons informels, non reconnus par l’Etat.’

‘Ceux qui pensent à un agenda politique ont tort. Par ailleurs, comme la V.M est constituée de citoyens qui ont tous le droit de participer aux activités de la gestion du pays, ces citoyens sont libres d’orienter leurs visions, même si ce n’est pas la mission principale de la structure. C’est un droit des membres de la structure.’

‘Pour se prémunir de cette éventualité, comme il est le cas de tous les autres groupes citoyens, nous estimons qu’il faut vraiment un soutien financier à la V.M, car souvent, ces mouvements peinent. S’ils avaient des gens aux affaires issus de leurs groupes ils n’auraient plus la peine de fonctionner, car pour dire vrai, ces groupes peinent de fonctionner par manque de moyens financiers.’

Selon vous, quels sont les objectifs des égorgeurs de Beni?

‘C’est la balkanisation du Congo de l’Est, qui est leur but réel.’

Tembos Yotama: ‘Les attentats n’ont jamais été revendiqués. Jamais. Le gouvernement saute sur l’occasion pour y voir le fondamentalisme islamique. Même s’il n’y aucune raison. Selon nous, le seul objectif de ces soi-disant rebelles est de montrer à la population, d’une façon très convaincante, que personne ne doit encore attendre quelque chose de Kinshasa, qu’il est mieux de prendre son sort en mains, sans Kinshasa, et de faire sécession. Cela simplifierait beaucoup le contrôle sur les richesses naturelles. C’est la balkanisation du Congo de l’Est, qui est leur but réel.’

Le gouverneur de province Julien Kahongya a récemment lancé un appel pour lever le moratoire sur l’exécution de la peine de mort pour au moins deux ans, parce qu’il estime que la non-exécution de la peine de mort est la plus grande cause de criminalité. Qu’’en pense la Véranda?

‘Pas d’accord avec lui, compte tenue de la sacralité de la vie humaine. En tant qu’autorité, il doit plutôt voir comment renforcer les  services de sécurité et la justice. Ce qu’il prône là-bas, ce serait un alibi pour régler des comptes entre ceux qui sont au pouvoir et ceux qui leur gênent.

Un chantre avait chanté “Si Dieu se rappelait de tout ce que tout le monde faisait, qui pourrait tenir ?” Bien que ces criminels tuent les gens, peut être qu’un jour ils pourraient servir la nation. Qui sait que toutes nos autorités, y compris lui, ne seraient pas déjà zigouillées, si cette peine était en application ?’
 

© Véranda Mutsanga

Tembos Yotama

Tembos, vous avez sans doute encore quelques recommandations pour les personnes suivantes:

Au maire de Butembo: vous devez savoir que vous êtes redevable envers les bubolais et qu’on ne peut prétendre diriger une ville sans le soutien des gouvernés.

Au colonel de la police de Butembo: continuez avec votre sens de collaborer avec différents groupes des habitants et évitez de tomber dans les pièges des politiciens.

Au gouverneur de Kivu-Nord: veuillez bien comprendre que, si on n’a pas un même point de vue sur une chose, cela ne veut pas dire qu’on est directement des ennemis, et que le fait d’être de votre communauté ne nous oblige pas à être d’accord avec vous! NON.

Au gouvernement: de répondre à ses missions régaliennes, car en RDC ce ne sont pas les textes, encore des beaux textes, qui manquent, mais c’est la volonté qui manque. Ce gouvernement doit se faire cette volonté de bien faire, car tous les ingrédients sont là, mais ce sont les hommes qui manquent pour bien faire ! La conscience.

Au président de la république: on peut se tailler une belle place dans l’histoire en respectant les principes préétablis. Personne ne pourra rester éternellement en place. Si les textes disent qu’après  deux mandats, il faut une alternance, pourquoi chercher à s’éterniser au pouvoir, devenir président à vie ?

La communauté internationale: ayez cet esprit humanitaire, car des fois plusieurs pays occidentaux ne voient que leurs intérêts dans tel ou tel autre pays, au point que plusieurs pensent que « les gens aiment les richesses congolais, mais n’aiment pas les congolais », et cela, à n’importe quel prix, pourvu qu’ils y trouvent leurs comptes. Ils doivent s’efforcer d’être humains, on ne dit pas que tous sont ainsi, mais la plupart.

Les bubolais: de ne pas croire que le monde c’est Butembo, que la vie se limite à Butembo. Ils doivent s’ouvrir, aller découvrir comment les autres vivent. Nous sommes en mondialisation où on est dans un village planétaire. Aucun peuple ne peut jamais vivre en autarcie et continuer à croire que, si on n’est pas de Butembo, on ne doit pas vivre à Butembo ! Non, Butembo n’est pas le monde. Nous vivons actuellement dans un village planétaire. Aucun peuple ne peut encore vivre en autonomie et prétendre que celui qui n’est pas de Butembo même, n’a pas le droit de vivre ici.

Peu après notre interview il s’est passé beaucoup de choses

Tembos Yotama: ‘Le 19 septembre les forces de l’ordre ont tué par balles des dizaines de personnes à Kinshasa pendant une manifestation contre le report des élections. Le même jour, il y avait aussi une manifestation non-violente à Butembo. Aucun signe de vie de la véranda. “C’étaient les hommes politiques de l’opposition qui avaient lancé l’appel pour la manifestation, alors nous estimions que ce seraient les responsables des partis de l’opposition qui devraient accompagner la marche”, m’a dit Tembos le jour après.’

‘La semaine d’après, il y a eu une fois de plus deux attaques contre les citoyens. Le commandant de l’opération militaire Sokola 1 contre les assaillants inconnus, a lancé un appel à la population de Beni et alentours de collaborer étroitement avec l’administration de la ville pour installer un système d’alerte. Le porte-parole de Sokola 1, lieutenant Mak Hazukay, a souligné que cela doit permettre à l’armée d’être convoquée et d’intervenir plus rapidement.’

© Véranda Mutsanga

Véranda Mutsanga

Le lendemain il a écrit sur son groupe Facebook le message suivant:

“Véranda Mutsanga accepte l’offre des FARDC (ndlr : l’armée). Nous rencontrerons le commandant pour lui présenter notre modèle VM. Nous n’avons pas de secrets. Ce n’est pas notre objectif de devenir nous-même une milice, comme certaines personnes avec de mauvaises intentions le prétendent. Nous voulons une relation sincère et responsable entre la population et l’armée. Ce n’est pas parce qu’il y a quelques brebis galeuses que nous devons mettre tout le monde dans le même sac. Nous devons nous débarrasser de ces personnes, cela va de soi, mais nous n’avons qu’une seule armée et nous devons collaborer avec celle-ci. Seule une collaboration étroite entre les FARDC, PNC, ANR et citoyens peut définitivement mettre fin à ce phénomène des égorgeurs.”

Trois jours avant, il avait déjà annoncé une action remarquable depuis son lieu d’asile: “À l’occasion de son quatrième anniversaire, Véranda Mutsanga organise une grande action d’appui à nos militaires qui s’efforcent avec corps et âme de protéger les citoyens de Beni contre les égorgeurs.”

Il faisait la comparaison avec une équipe de foot qui ne peut pas marquer des buts sans ses supporters. “Encourageons avec ferveur nos joueurs sur la ligne de front.”

Il a fait livrer une lettre officielle à toutes les autorités municipales pour annoncer la campagne et il l’a publiée sur internet. Du riz, des haricots, de l’eau minérale, tous les aliments non périssables, sont la bienvenue.

Suprise

Le Congo n’arrête pas de surprendre. Un homme, recherché par les autorités pour des crimes qu’il n’a pas commis, organise une action de solidarité avec l’armée qui est censée le menotter à la première occasion. En même temps il lance une critique implicite à l’autorité (si vous ne pouvez pas nourrir nos garçons, nous, citoyens, le ferons). Plus surréaliste que cela, n’existe pas. Je suis curieux de voir comment il va pouvoir organiser tout cela depuis son lieu d’asile. Et comment sera la réaction de la population, sachant que pas mal de gens voient l’armée comme faisant partie du problème et non pas de la solution.  Mais une chose est certaine: plus personne ne pourra encore accuser Tembos de ne pas être patriote.

Avant la mise en ligne de cette traduction, le 15 octobre 2016, Mumbere Siwako, membre de la Véranda Mutsanga, antenne de Vatolya Bengazi, enseignant à l’institut Mwamba, ainsi qu’un deuxième enseignant et deux élèves ont été tués par une roquette de l’armée, lors d’une descente d’un groupe de maï maï en ville. Les uns disent que c’est un soldat en panique qui a mal manipulé l’arme, les autres disent que ce sont les maï maï qui ont utilisé leur pouvoir magique pour faire dévier le projectile de sa trajectoire, et le colonel de la police a accusé les maï maï d’avoir volé le lance-roquettes sans savoir comment l’utiliser, causant ainsi la mort de victimes innocentes. Des groupes de maï maï se trouvent toujours en ville de Butembo. Les habitants de ces quartiers ont fui. L’armée prépare peut-être une offensive pour les neutraliser. Personne ne sait ce qui va advenir. La ville entière retient son haleine. Les jours qui viennent s’annoncent tendus. Les relations entre autorités et citoyens risquent encore de se détériorer

 

(Traduction: Jennifer De Belie)

 

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  • Globochtoon

    ‘Van waar ben je?’. De vraag zet me elke keer aan het denken. Van waar je geboren bent? Dan ben ik van Rwanda. Van waar je ouders komen?