Commençons par reconnaître nos privilèges

Une des raison pour lesquelles les débats de société sont si laborieux aujourd’hui, c’est notamment parce que bon nombre d’entre nous ne sont pas capables de reconnaître et d’accepter leurs privilèges individuels, estime Nozizwe Dube.

  • © Brecht Goris © Brecht Goris

L’ingratitude des pauvres

Les privilèges des Blancs, les privilèges de classe sociale ou encore le privilège du genre : quelques exemples choisis de circonstances expliquant pourquoi notre vision de la vie diffère de celle de notre voisin. Je constate trop souvent que certains plongent la tête la première dans le débat public et considèrent que leur opinion de personne privilégiée peut servir de référence pour tout un chacun.

Il y quelques semaines de cela, le débat à propos des “pauvres ingrats et exigeants” qui fit rage en Flandre confirma à nouveau ce phénomène. Les articles parus dans les jours qui suivirent, des interviews de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, donnèrent clairement à lire qu’il ne s’agissait pas d’ingratitude.

‘Les personnes vivant dans la pauvreté ne sont pas là pour les restes,’ s’écrièrent les principaux intéressés.

‘Les personnes vivant dans la pauvreté ne sont pas là pour les restes,’ s’écrièrent des personnes vivant elles-mêmes dans cette situation.

‘Ceux qui n’ont rien, ou pas grand-chose, ont droit à un minimum de respect. Personne n’a envie de manger la même chose tous les jours, pas même ceux qui vivent dans la pauvreté,’ déclarait un autre. Tout à coup, ce fut évident. Ce n’était pas de l’ingratitude. Les plus démunis voulaient simplement, comme tout le monde, avoir chaque jour des plats variés dans leur assiette et celles de leurs enfants. En définitive, la pauvreté n’est pas un choix.

J’ose affirmer que le malentendu n’aurait jamais existé si nous avions interrogé les personnes faisant la queue devant les banques alimentaires. Pour se forger une opinion sur autrui, qui plus est sur sa situation de vie, il est nécessaire au préalable d’entrer dans son monde et d’ouvrir la discussion. Bien souvent, nous nous apercevons alors de l’importance que nous, en tant que privilégiés, pouvons représenter pour d’autres.

L’intuition pour référence

Dans cette situation comme dans beaucoup d’autres, nous ferions mieux de prendre conscience de nos privilèges individuels. Ils sont différents suivant le débat. Est-il possible en 2017 d’organiser des débats sociétaux d’envergure, notamment celui du racisme institutionnel, sans que seuls des hommes blancs n’y soient conviés ? J’observe encore trop fréquemment que la société utilise l’opinion de l’homme blanc alpha comme référence pour l’ensemble des citoyens.

Récemment, l’écrivain de gauche Yves Petry exposait dans une interview avec le président du sp.a John Crombez qu’il ne pouvait pas envisager que l’enseignement traite les élèves inégalement. L’inégalité des chances d’éducation ‘vont totalement à l’encontre de son intuition’. Il conclut donc que les études démontrant que les conseils d’orientation scolaire étaient parfois influencés par l’origine ethnoculturelle de l’élève ne pouvant pas être correctes.

Il s’en remettait à son intuition, et celle-ci excluait cette possibilité. Pourtant, les étudiants allochtones peuvent témoigner des inégalités qu’ils ont rencontrées à l’école. Alors que les amphithéâtres des hautes écoles et des universités comptent un pourcentage ridiculement faible d’étudiants étrangers, ne devrions-nous pas nous demander pourquoi il en est ainsi ?

Le même raisonnement s’applique aux débats féministes. Le féminisme est-il suffisamment intersectionnel ? Accorde-t-il toute l’attention qu’ils méritent aux sujets tels que la classe sociale et l’origine ethnoculturelle de différents groupes de femmes ? Ce sont pourtant là des facteurs déterminants des obstacles que certaines femmes rencontrent.

Se défendre les uns les autres

Non, reconnaître et accepter l’existence de nos privilèges ne signifie pas que nous ne pouvons pas nous nous joindre au débat. Évidemment, chacun a une opinion et le droit de la partager. Nous vivons dans un pays libre, où règne la liberté d’expression, après tout.

‘Nous devons modifier l’éducation des garçons, au lieu de dire aux filles qu’elles doivent s’adapter.’

Ce qui devient problématique, c’est lorsque les privilégiés considèrent leur opinion comme une référence valable pour tous les membres de la société ; il ouvre alors la porte au victim blaming et à la relativisation des problèmes sociétaux.

Nous devons modifier l’éducation des garçons et non dire aux filles qu’elles doivent s’adapter à ce que les hommes attendent d’elles.

Les hétérosexuels ne peuvent pas minimiser l’homophobie et les hommes, trouver un excuse pour le sexisme. Quant aux femmes, elles doivent toutes fonder leur lutte pour l’égalité entre hommes et femmes sur l’intersectionnalité.

Ce dont le monde a besoin, c’est de plus d’individus qui reconnaissent et qui acceptent l’existence de leurs privilèges pour ensuite s’en servir et défendre les moins chanceux. Utilisez vos privilèges personnels pour détecter l’injustice dans votre entourage et changer les choses pour ceux qui en sont les victimes, par exemple en leur fournissant une plateforme pour s’exprimer si vous le pouvez. Ce qui compte, ce ne sont pas tant vos privilèges que l’usage que vous en faites.

Traduction: Marie Gomrée

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