Peut-on décoloniser l’AfricaMuseum ?

L’activiste Mireille-Tsheusi Robert, à l’occasion du 125e anniversaire de l’AfricaMuseum: ‘Nous n’avons jamais eu l’intention de le brûler’

 © Bamko, AZANGOUNON

Mireille-Tsheusi Robert demande de ne rien masquer du bâtiment, mais d’utiliser la référence coloniale pour la réflexion.

L’AfricaMuseum à Bruxelles, peut-il être décolonisé, ou un musée décolonial est-il un musée vide? L’activiste Mireille-Tsheusi Robert demande à chacun de réfléchir à cette question. “Vous n’allez pas faire la fête à Fort Breendonk, n’est-ce pas?”

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Il y a cinq ans, l’AfricaMuseum de Tervuren a réouvert ses portes sous le nom de AfricaMuseum rénové. Une rénovation longue et approfondie, qui a duré près de cinq ans, devait permettre d’adapter le musée aux besoins et aux exigences du 21e siècle.

En termes d’infrastructure, le musée est beaucoup plus moderne. En revanche, sur le plan du contenu, la rénovation a été moins réussie. Selon certains, les changements n’allaient pas assez loin pour rompre avec le lourd héritage colonial. La communauté afro-belge en particulier a accusé la direction de manquer de courage.

La militante Mireille-Tsheusi Robert n’a pas mâché ses mots. “On ne peut pas décoloniser un musée qui regorge d’œuvres d’art pillées”, déclarait-elle il y a plus de cinq ans. La fondatrice de Bamko asbl, un mouvement féministe et antiraciste, a planté des mains ensanglantées en carton dans le jardin du musée lors de sa réouverture. Avec des bénévoles de Bamko et d’autres groupes d’action, elle a exprimé son mécontentement. Le message était qu’il n’y avait pas grand-chose à célébrer.

À première vue, cinq ans après la réouverture, les choses semblent avoir changé. Cette année, l’AfricaMuseum souffle également 125 bougies. En l’honneur de ce double anniversaire, le musée lance un exercice de réflexion, “125/5 ans”, pour répondre à la question du rôle que le musée peut jouer à l’avenir. Plusieurs organisations, activistes et artistes de la diaspora africaine sont impliqués dans le programme.

 © Elien Spillebeen

Mireille-Tsheusi Robert organise des visites décoloniales et antiracistes

Bamko ne participe plus à la critique du musée par des actions remarquables en dehors de ses murs, mais se tient maintenant avec assurance les deux pieds à l’intérieur du musée. Avec un groupe de citoyens engagés, ils ont travaillé pendant trois jours sur cette question difficile. Mireille-Tsheusi Robert elle-même les a guidés dans le musée. Plusieurs intervenants et invités ont apporté des réponses et de nouvelles questions à un public intéressé.

Devant une salle comble, Françoise Vergès, féministe française et penseuse décoloniale, a souligné qu’un musée est un miroir de l’État. S’adressant ensuite à MO*, elle a précisé que “le musée n’est pas un lieu neutre qui peut être décolonisé alors que le reste de la société ou le reste du monde n’est pas encore décolonisé”.

“C’est comme si on vous volait votre Ferrari et qu’on vous demandait de payer pour l’utiliser”

Selon elle, il ne suffit pas d’apporter quelques changements ici et là. “Il ne s’agit pas seulement des objets, mais aussi du discours, des employés du musée et de leur formation, de la hiérarchie de l’institution…” Robert est d’accord avec ce raisonnement. Le musée n’est que l’un des sites d’une lutte pour la décolonisation qui remet en question les structures de pouvoir de la société dans son ensemble.

Les idées sur la direction que devrait prendre le musée diffèrent, et c’est une bonne chose, reconnaît Robert. “Je veux venir dans ce musée pour me souvenir. Ce devrait être un lieu de mémoire, où il est possible de discuter de la colonisation et du racisme. Or, le musée se présente comme un lieu scientifique, où l’histoire objective exclut toute subjectivité. En réalité, il s’agit plutôt d’un musée-parc. Les enfants viennent y jouer le jour de leur anniversaire. La violence n’y est guère abordée”.

Elle le compare au mémorial de Fort Breendonk, qui commémore les atrocités nazies : “Tout ce qui s’y trouve fait ressentir la violence infligée aux Juifs pendant l’Holocauste. Vous n’allez pas faire la fête là-bas, n’est-ce pas ?”.

Une Ferrari volée

Ces réserves seront abordées lors des trois journées de réflexion organisées par Bamko au musée. Le fait que le musée accueille la conférence n’est pas encore un signe que les relations entre l’organisation et le musée africain sont meilleures aujourd’hui, affirme Robert. “Le fait que nous soyons ici est la conséquence de notre long parcours d’actions et de choix stratégiques”.

“L’objectif était de revendiquer notre place légitime et d’apporter un récit différent”

Ces dernières années, Bamko a délibérément maintenu la pression publique, avec des actions médiatisées. Parallèlement, ses membres se sont formés aux aspects techniques et juridiques de la restitution, c’est-à-dire du retour des objets pillés et injustement acquis. Ils ont également effectué un important travail de lobbying politique en coulisses. “Même si la communauté francophone n’est pas responsable de la restitution, nous avons jugé utile, par exemple, d’aller parler au Parlement.” Cette démarche a débouché sur une résolution qui, à son tour, a fait pression sur le niveau fédéral, explique-t-elle.

Elle évoque également l’action au cours de laquelle elle s’est rasé les cheveux et a promis de ne plus remettre les pieds au musée tant que la question de la restitution n’aurait pas été réglée. “Entre-temps, des démarches ont été entreprises et je tiens ma parole. Je reviens donc au musée”.

Mais faire payer un billet à une personne d’origine congolaise, rwandaise ou burundaise est une chose qu’elle trouve indécente. “Payer pour voir des objets qui ont été volés à nos ancêtres, c’est comme si on vous volait votre Ferrari et qu’on vous demandait de payer pour l’utiliser”.

“Pendant 25 ans, je suis venue ici pour faire des visites sans l’autorisation du musée. Et quand ils faisaient des histoires, nous les menacions d’appeler la presse. Ils n’aiment pas la mauvaise publicité, bien sûr”, dit-elle avec assurance. Mais elle ajoute que le fait que certaines personnes au sein du musée se soient montrées ouvertes et constructives a également joué un rôle.

“La pression que nous avons exercée sur le musée n’avait pas pour but de le brûler, d’arrêter son travail ou de le vider. Même si certains d’entre nous pensent qu’un musée décolonisé est un musée vide. Mais ce sont des débats internes, ce n’était pas le but de notre action. L’objectif était de revendiquer notre place légitime et d’apporter un récit différent.”

Laissez votre intelligence à l’entrée

 © Joachim Hoste

Mireille-Theusi Robert trouve que le nouveau lieu de discussion sur le racisme est un changement important.

Aujourd’hui, Mireille-Tsheusi Robert n’effectue plus ses visites en secret. Le récit est toujours aussi critique. C’est avec passion qu’elle emmène le groupe dans son parcours féministe et décolonial : “Mon parcours n’est pas une promenade classique devant les objets. Je n’en parle presque pas”, explique-t-elle. Elle emmène son public dans les différentes salles du musée, mais uniquement pour questionner l’espace lui-même et la manière dont il est présenté.

Il y a une salle sur laquelle elle peut être positive. Elle se trouve juste avant la billetterie. La salle “Parlons racisme” vient d’être inaugurée. “Quel contraste avec les salles d’exposition permanente!”, dit Robert. “C’est nouveau. Avant, on ne pouvait pas parler du racisme de manière aussi explicite. Espérons que cet espace restera”.

Le nouvel espace est conçu pour encourager la discussion et la réflexion sur le racisme. Lors de l’inauguration, Salomé Ysebaert et Marie Reine Iyumva, membres du personnel, ont déclaré que le musée lui-même avait contribué à la propagation des stéréotypes racistes. Les visiteurs sont confrontés aux attitudes tenaces qui se cachent encore derrière des déclarations telles que “Tu parles si bien le néerlandais”.

Une fois passé le contrôle des billets, la collection d’objets du musée est plus problématique, comme le révèle la visite de Robert. Dans la collection permanente, le prahoe (une sorte de canoë, ndlr) de près de 22 mètres de long attire l’attention. Robert tape dessus à plusieurs reprises et fouille. “Nous entrons dans le monde des sens. Ici, nous sommes plongés dans le monde exotique des Africains qui chantent et dansent.”

“Tout passe, sauf le passé.” C’est le titre du livre du sociologue Luc Huyse que l’on voit au-dessus de la prahoe, imprimé en quatre langues. Pas de quoi faire vraiment réfléchir, dit Robert. “Laissez votre intelligence à l’entrée”, semble dire le musée. “Jouer avec les émotions et les sens des visiteurs tend à décourager la réflexion. Cela ne donne pas une image holistique du passé colonial et manque d’interprétation”.

Retour à la maison

Le bâtiment du musée regorge de références aux idées coloniales, d’ornements et de statues protégées. “Les statues de Noirs soumis s’agenouillant devant l’homme blanc ne doivent pas être touchées”, précise-t-elle. Elle ajoute qu’il n’y a pas non plus d’intérêt à les cacher. “Il serait préférable de les utiliser et de parler de l’histoire en la mettant en relation avec le racisme d’aujourd’hui.”

Sur fond de murs peints en blanc, Robert demande une minute de silence. Elle oppose l’illusion de transparence que le musée tente de créer à la protestation silencieuse.

“C’est la diaspora africaine qui a mis les réparations à l’ordre du jour politique”

Robert remet également en question les tentatives du musée de représenter l’innovation congolaise. Elle arrête le groupe devant Moseka, un robot de circulation de 2,90 mètres de long conçu par des femmes ingénieurs à Kinshasa. “L’interprétation de l’innovation est encore coloniale”, dit-elle. “La technologie est à nouveau occidentale. La technologie mise en avant est une fois de plus occidentale. Le musée ne valorise pas l’innovation africaine et continue de penser dans le cadre du modèle occidental de civilisation.”

Pour Bamko, l’AfricaMuseum fait encore violence aux ancêtres des Afro-descendants. Au début et à la fin de sa visite, Robert chante à haute voix en lingala : “Mes ancêtres rentrent à la maison”. Elle invite le public à se joindre à elle. “Nous pouvons changer les choses, mais nous devons d’abord débarrasser le musée de son esprit colonial. Pour cela, nous avons besoin de l’aide des Belges de toutes les couleurs.”

L’intelligence collective

L’appel peut également être lu comme une main tendue au nouveau directeur de l’ AfricaMuseum, Bart Ouvry, 62 ans, qui a récemment pris ses fonctions. Robert précise qu’elle aurait préféré qu’une femme noire soit à la tête du musée. “C’est maintenant à lui de montrer qu’il sait écouter. À commencer par les membres de son équipe.” Les instruments devront être accordés, prévient-elle, car les visions de l’avenir et du passé sont encore très différentes.

Ensuite, la diaspora africaine doit être impliquée. “D’après les entretiens, je peux voir que pour lui, les vrais Africains vivent sur le continent africain. Mais c’est la diaspora africaine qui a mis les réparations à l’ordre du jour politique. Ne l’oublions pas.” Pour l’instant, la seule conclusion de Robert est que le nouveau conseil d’administration souhaite consulter la diaspora. “Mais il faut aller plus loin, il faut une véritable participation. Je crois en l’intelligence collective. Ensemble, on peut prendre de meilleures décisions.”

De la poudre aux yeux

“Bien sûr, j’attends aussi du nouveau directeur qu’il fasse des promesses concrètes en matière de restitution. Le travail doit se poursuivre. Il ne faut pas tourner autour du pot”.

“Certains ne savaient même pas quels pays la Belgique avait colonisés”

La liste des décisions à prendre est également longue. “Il y a trop de musées dans ce musée. On ne sait pas s’il doit être un musée sur le colonialisme, sur les anciennes colonies, sur l’ensemble de l’Afrique — comme son nom l’indique — ou un musée sur la nature. On ne sait pas non plus s’il faut parler du passé ou du présent”.

Bamko a étudié les effets de cette ambiguïté. “Nous avons demandé aux gens de visiter le musée pendant deux heures et de répondre ensuite à quelques questions. Certains ne savaient même pas quels pays la Belgique avait colonisés. Quelqu’un a répondu l’Afrique”.

Robert veut participer à la recherche de réponses et estime que “125/5 ans” est une initiative positive. “La femme noire se trouve au bas de l’échelle du pouvoir. Du bas de l’échelle, on a une perspective intéressante. Cette perspective est intéressante et instructive,” ajoute-t-elle. “L’esclave connaît bien son maître, il a le temps d’observer beaucoup de choses. C’est une richesse dont nous devons profiter. Je pense que les femmes noires peuvent apporter une analyse riche et complexe”.

Elle résume ainsi son attitude : ” positive, mais prudente”. Elle sait que les critiques à l’encontre de l’AfricaMuseum n’ont pas été bonnes pour la réputation de l’institution. Pour elle, l’avertissement selon lequel l’intégration de ses activités dans les opérations du musée pourrait aussi être de la poudre aux yeux n’est pas pertinent.

Ses actions pourraient-elles être utilisées pour retarder un véritable changement ? “La réponse du musée après qu’elle ait reçu des critiques lors de la réouverture a été qu’il y avait eu une coopération avec la diaspora, alors que ce n’était pas le cas. Alors, s’il faut parler de coopération, je préférerais en effet être aussi présente que possible. Mais je comprends aussi que d’autres organisations afrodescendantes choisissent de ne pas le faire et de travailler seules, en dehors du musée”.

Le 2 juillet à 13h30, Bamko organise une nouvelle visite guidée intitulée ‘Les dix défis de l’AfricaMuseum’.
Le programme complet de l’année 125/5 peut être trouvé ici.

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