Taha Adnan, poète bruxellois : la langue arabe peut raconter l’identité belge

Quand le poète Taha Adnan arriva en Belgique, il avait 26 ans. ‘J’étais un produit fini, Made in Morocco’, déclare-t-il. Aujourd’hui, cela fait plus de 20 ans qu’il vit à Bruxelles. Il écrit des poèmes en arabe. Comme les deux textes qu’il rédigea après les attentats de Bruxelles. Une conversation sur la langue, l’identité et Bruxelles.

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Lettre différée
Mon frère, mon assassin
Je ne suis pas ton ennemi
Et tu n’es pas le mien
Pourquoi donc me tendre une main
Chargée de mal
Pourquoi as-tu écoulé mon sang
Ton sang
Pour te frayer un chemin
Fait de déroutes
Vers le paradis des assassins ?

Frère
Si Dieu voulait
Réduire l’univers à néant
En un clin d’œil
Aurait-Il besoin de ton aide ?
Celui qui est un Dieu au ciel
Et sur terre
A-t-Il besoin de quelqu’un comme toi
Pour prendre l’âme du malfaisant
L’âme de l’innocent
L’âme de celui qui avait des intentions
Mais qui n’a pas…
Et l’âme de celui
Dont l’âme est malade ?
A-t-Il besoin de ta rancune
Pour les anéantir et toi avec
Dans un instant fugace ?!
Réfléchis bien
Qui t’a obnubilé
Qui t’a enfumé la tête
Avec des histoires
Qui du frère
Ô mon assassin
T’a dépouillé ?
Qui a réveillé la bête
Dans ton cœur sauvage ?
Qui a allumé le feu
Dans ton âme éteinte ?

Frère
Depuis Abel
Mort au début de la création
Les offrandes nous ont poussés à la perte
Et tu m’as perdu

Frère
Alors que mon seul péché
Est un destin qui m’a conduit
Aux seuils de l’anéantissement
Frère
Tu es le fils de qui
Dis-moi
Au nom du Ciel ?
De quelle argile es-tu créé ?
De quelle eau ?

Frère
Ô mon semblable
En craintes
En témérité
Dans la perspective de la perte
En frivolité
En tranquillité
Quand la colère monte
As-tu éprouvé comme moi
La légèreté que donne un cœur qui bat
En ton sein ?
As-tu aimé un jour ?

Frère
Nous sommes nés ensemble
Nous avons tété le lait de la pureté ensemble
Nous avons rampé ensemble
Nous nous sommes repus dans ces plaines ensemble
Nous avons joué ensemble
Nous avons embarqué dans le vaisseau de la folie ensemble
Nous avons rêvé ensemble
Nous avons couru derrière la vanité
Et les conjectures ensemble
Et nous avons subi des déroutes ensemble
Frère
Pourquoi m’as-tu renié maintenant
Qu’est-ce qui t’a fait changer ?
Pourquoi restes-tu
- alors que tu n’es gratifié d’aucun dévoilement –
Prisonnier de tes imaginations vicieuses ?
Tu vois comme dans un songe de néophyte
Une houri
Qui, sur les fils de la légende
Vient vers toi
Et le loup caché en toi se veut vigoureux

Frère
Ô, mon consort
Qui n’est plus comme il était
Qui a dit que la vie
Ici
Est impie ?

Oses-tu me regarder dans les yeux
Le jour du malheur
Dis-moi
Ou serais-tu si lâche
Que tu ne puisses assister
À ma mort

Frère
Malheur à toi
Tu es mort avant moi
Tu as sur les mains
Mon sang
Mon sang que tout petit
Tu as léché
Pour guérir ma blessure
Qu’as-tu maintenant
À enfoncer
Les crocs de ta trahison
Pour ronger le cordon de la vie
Qui nous unit
Et le lien de parenté ?

Frère
Serre-moi
Contre ton cœur de pierre
Pour entendre les battements du mien
Avant que
– entre un battement et l’autre –
On ne t’emmène
Tout consentant
À ta fin sanglante
Tu prends peur et tu te précipites
Vers la mort avant moi
Espérant parvenir
Dans l’illusion
À un paradis fait du néant
Frère, tu n’as pas vu mon cadavre
Mon corps s’est émietté
Car tu as sûrement pris peur
Et tu es mort
En laissant derrière toi
Cette douleur
Maintenant
Le moment de mort passé
Devrais-je faire ton élégie
Ou opter pour la satire
Comme si les métaphores étaient
Mon chemin
Vers l’image terne

Comme si, toujours
En vie
Je suis encore
Un frère comme j’étais
Avant que tu n’embrasses
L’idée pécheresse
Frère, ô toi, mon assassin
Oh, quelle vie perdue
Quelle fin précipitée.

Bruxelles, août 2016
Traduit de l’arabe par Mohamed Khmassi

Exil, immigration, diaspora. Des termes qui trouvent facilement leru chemin dans le monde de l’art et de la culture. C’est probablement parce que l’immigration et l’exil se logent dans les profondeurs de l’esprit humain qu’ils s’expriment dans différentes formes d’art et qu’ils donnent naissance à de magnifiques œuvres littéraires. La confrontation à un nouvel environnement et la rencontre d’une autre littérature nourrissent la créativité tous azimuts.

Dans la littérature arabe, ce thème forme un genre à part entière. Parler de poètes et d’auteurs du al-Mahjar (diaspora) ne laisse aucun doute sur leur identité. La Ligue de la plume de New York, fondée en 1915 et réformée en 1920 sous la direction de Gibran Khalil Gibran, a produit une littérature magistrale. Ce groupe rassemblait des auteurs libanais et syriens installés aux États-Unis depuis la fin du XIXème siècle. Ils commencèrent à travailler en étroite collaboration en 1911 et se donnèrent notamment pour objectif de réformer la littérature arabe tout en lui insufflant une nouvelle vie. Les auteurs et poètes réussirent leur objectif avec brio.

Taha Adnan, un poète bruxellois d’origine marocaine membre du Collectif de poètes bruxellois, n’a jamais cessé d’écrire en arabe. Son dernier recueil de poème, Ton sourire est plus beau que le drapeau national est paru en arabe en 2016. Ces deux dernières années, il a également publié deux ouvrages collectifs ; le premier, Bruxelles la marocaine, est paru en français au Maroc et le second, Ceci n’est pas une valise, a été édité en arabe.

‘On ne peut faire un rapprochement avec les années vingt et les auteurs de la diaspora’, déclare Taha Adnan. ‘Les différences sont trop grandes, la situation n’a rien à voir. À l’époque, le voyage durait longtemps et l’exil prenait une autre dimension. On ne peut les comparer à l’ère de Facebook et de Whatsapp.’ Pourtant, le poète rêve de quelque chose de comparable, de quelque chose du niveau de la production de Paris ou de Londres.

Vous êtes un poète qui a aussi écrit une pièce de théâtre. Pourquoi avez-vous tenu à éditer deux ouvrages collectifs ?

Taha Adnan : Depuis la publication du premier livre collectif, Bruxelles la marocaine, j’ai toujours eu l’envie d’une sorte de littérature arabe de Belgique, ou plutôt, d’une littérature belge en langue arabe. Dans ce domaine, il n’existe pas de tradition. La situation belge n’a rien de comparable à celle de la Grande-Bretagne ou de la France, où des auteurs arabophones se sont installés dès les années cinquante.

En Belgique, peu de gens écrivent en arabe, mais ils se font peu à peu plus nombreux. C’est ce mouvement que j’ai voulu stimuler avec le second ouvrage collectif, Ceci n’est pas une valise. J’ai demandé à dix-sept auteurs d’origines arabes diverses de raconter des histoires – j’ai essayé de ne pas concentrer l’attention sur Bruxelles. Par exemple, l’un des auteurs devait écrire sur Bruges. J’habite moi-même à Bruxelles, mais j’ai choisi de parler des Ardennes.

Pourquoi demandez-vous à des auteurs arabophones d’écrire sur la Belgique ?

‘Le fait que nous vivons notre belgitude ici et que nous l’interprétions dans notre créativité et dans notre langue maternelle ne peut être qu’enrichissant’

Taha Adnan : Ce n’est pas tant le lieu, que l’humain qui m’intéresse. Nous sommes présents dans ce pays, d’autres parlent de nous ; les médias, les journalistes, les politiciens … Nous ne devons pas rester sans rien dire. La littérature, la création et l’art nous permettent de raconter nous-mêmes nos histoires. La pluralité des personnages importe plus que les lieux. Ces récits mettent en scène l’ouvrier et le chômeur, le migrant et le réfugié, l’étudiant et l’intellectuel, etc.

La pluralité des personnages traduit la diversité de la présence arabe en Belgique. Un autre objectif était pour moi de donner une chance à ces auteurs de s’exprimer dans leur propre langue. Il est toujours possible de les traduire par après.

Justement, vous avez d’ailleurs choisi de publier des textes en arabe, pourquoi ?

Taha Adnan : C’est un choix délibéré. Je pense que la langue d’écriture est très importante. Quand je pense et je parle en arabe, j’ai plus de contrôle sur mes idées et mes points de vue. À travers les récits, je peux transposer plus clairement mes idées. J’exprime aussi mes inquiétudes et mes problèmes avec plus de profondeur, de sincérité, de nuance. Car la langue est porteuse d’une vision et d’une opinion du monde.

Le fait que nous vivons notre belgitude ici et que nous l’interprétions dans notre créativité et dans notre langue maternelle ne peut être qu’enrichissant. Pour la littérature arabe, d’abord, qu’on peut qualifier de littérature arabe en diaspora, voire de littérature belge en arabe. Quelques auteurs, comme Hazem Kamaleddine et Allal Bourquia vivent en effet en Belgique depuis très longtemps. C’est aussi mon cas, j’habite depuis plus de vingt ans à Bruxelles et je suis belge depuis dix-sept ans.

‘La Belgique, et Bruxelles surtout, sont devenus des éléments indissociables de l’identité de personnes comme moi’

La Belgique, et Bruxelles surtout, sont devenus des éléments indissociables de l’identité de personnes comme moi. Même lorsque nous écrivons en arabe, nous exprimons notre belgitude d’une manière ou d’une autre et nous contribuons à la création de cette identité belge multiple qui sera demain, ou après-demain, peut-être le liant pour des Belges d’origines sociales, culturelles et linguistiques différentes.

Au niveau global émerge également une espèce de littérature mondiale où langue et lieu n’ont plus d’importance. Le monde de la littérature est un monde large, pouvant accueillir toutes les langues, et toutes les sensibilités, et toutes les directions culturelles et intellectuelles, et toutes les convictions.

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Taha Adnan

Avec la publication d’un ouvrage collectif en arabe, vous vous adressez avant tout au lecteur arabophone.

Taha Adnan : C’est exact, nous souhaitons atteindre le lecteur du monde arabe. Quand les gens entendent Bruxelles, ils l’associent à l’OTAN, aux manifestations eurosceptiques, aux décisions de l’OTAN ou des institutions européennes. En racontant des histoires, je veux humaniser Bruxelles, je veux donner un aperçu de la vie quotidienne de ses habitants.

Le livre existe désormais aussi pour le lecteur francophone. L’éditeur marocain est à l’origine de la décision de traduire l’ouvrage. Et je suis convaincu qu’il sera traduit en néerlandais. Il ne traite pas que de Bruxelles, mais aussi de la Wallonie et de la Flandre.

Comment décririez-vous votre relation à Bruxelles ?

Taha Adnan : Je suis d’abord marocain. Quand je suis arrivé en Belgique, j’avais 26 ans. J’étais un produit fini, Made in Marocco, comme je dis toujours. Je débarquais donc avec ma langue écrite, mes idées sur le monde, mes opinions … Tout était déjà plus ou moins formé. Avoir 26 ans, ce n’est pas en avoir 15 ou 10. En même temps, j’ai vécu près de la moitié de ma vie dans cette ville, j’ai un lien spécial avec Bruxelles. Je me vois plus comme un Bruxellois que comme un Belge.

Pourquoi ?

‘Bruxelles ne me faisait pas sentir comme un étranger’

Taha Adnan : L’importance du lieu. J’aime Bruxelles, je suis amoureux de Bruxelles. C’est une ville à dimension humaine, qui correspond à quelqu’un comme moi. Quand je suis arrivé ici – et je ne suis pas venu en avion, mais en voyageant à travers l’Espagne et la France – Bruxelles m’a tout de suite ouvert les bras. Elle m’a accueilli avec la langue française. Mon accent en français ne posa aucun problème. J’ai trouvé ici une grande communauté marocaine, ce qui m’a permis d’acheter ma menthe et mon pain au coin de la rue.

Bruxelles ne me donnait pas le sentiment d’être un étranger, mais bien celui d’être en confiance. Et ce sentiment s’est amplifié, année après année. Cette ville qui n’est pas cent pour cent francophone, mais aussi néerlandophone et anglophone, dans le quartier européen, donne aux nouveaux arrivants la possibilité de s’acclimater et de créer leurs propres repères. Aucune langue ne domine, pas même le français. C’est là sa différence par rapport aux villes comme Paris, Berlin ou Amsterdam.

Vous avez écrit deux poèmes sur les attentats de Bruxelles. Quelle avait été votre réaction ce jour-là ?

Taha Adnan : J’ai la chance d’écrire. Pour commencer, il y eut le choc et, tout de suite, l’interrogation si les auteurs des faits étaient arabes. Le choc grandit quand j’appris qu’ils étaient d’origine marocaine. Le choc devint drame quand j’ai découvert qu’un de mes collègues, Olivier – à qui j’ai dédié Ceci n’est pas une valise – avait trouvé la mort à Maelbeek. Olivier se rendait au travail à la même heure que moi et prenait le même métro que moi. Ce jour-là, j’étais sorti un peu plus tôt. C’était devenu si proche. Ça ne concernait plus les autres, des anonymes qui m’étaient inconnus.

‘Pour la première fois, j’avais la conviction que condamner les attentats relevait non seulement de l’urgence éthique, mais aussi de la nécessité pure’

Je ne suis pas du genre à tout de suite condamner chaque attentat. J’ai toujours pensé : ‘Je ne suis pas obligé de le faire’. Pourquoi le devrais-je ? Qu’est-ce que j’ai à voir avec ces événements ? Cette fois, la situation était différente. Pour la première fois, j’avais la conviction que condamner les attentats relevait non seulement de l’urgence éthique, mais aussi de la nécessité pure.

Je devais dire “non”, ce qui ne suffisait pas, évidemment.

Question innocente à un Daechien

Allah ;
Le Tout-Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Le Souverain, l’infiniment Saint
L’Apaisant, le Rassurant, le Prédominant
Le Tout Puissant, l’Irrésistible, le Magnanime
Le Créateur, qui façonne Ses créatures

Il est Dieu
Seigneur des Sémites, des Hamites
Et de tous les enfants de Japhet

Il a créé
Les Sumériens et les Cananéens
Les Araméens, les Hébreux
Et les Pharaons antiques
Les Phéniciens et les Carthaginois
Les Vandales et les Byzantins
Les Arabes et les Perses
Les Turcs et les Kurdes
Les Amazighes et les Sahéliens

Il a créé les Mayas
Les Incas et les Aztèques
Il a créé les Mages
Les Hindous, les Bouddhistes
Les Sikhs et les Païens
Les Juifs et les Chrétiens
Les Éternistes
Il a créé les Agnostiques
Les Syriaques, les Assyriens
Et les Sabéens mandéens
Il a créé les Chiites et les Ismaéliens
Les Druzes et les Alaouites
Et Il a créé les Yézidis

Il a créé les Wallons et les Flamands
Les Français et les Néerlandais
Les Allemands, les Espagnols et les Italiens
Les Américains et les Britanniques
Les Russes et les Polonais
Les Hongrois, les Roms et les Mongols
Il a créé les Congolais et les Angolais
Les Nord-Coréens et les Sud-Coréens
Les Indiens et les Chinois
Il a créé les Latino-Américains
Les Australiens et les Néo-zélandais
Et Il a créé les Scandinaves

D’argile, Il les a créés
En tant qu’essence
À partir d’un humble liquide
Puis Il les a modelés et affinés
Et leur a imprimé une forme
Une forme si belle
Il a insufflé en eux de son Esprit
Leur a fait don de raison et de cœur
Leur a appris des noms et des langues
Et les a constitués en peuples
Et en tribus
Dieu, le Seigneur des univers
Celui dont la grâce embrasse toute chose
A-t-Il créé tous ceux-là
Rien que pour les supplicier?

Bruxelles, 17 avril 2016
Traduit de l’arabe par Mohamed Khmassi

M’en distancier ou déclarer que les attentats n’ont rien à voir avec l’islam ; je refusais de verser dans ce style de discours. Nous devions nous concentrer sur le nœud du problème. Nous devions poser des questions. Où est le problème ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment se fait-il que nos jeunes en soient arrivés là ? Comment des jeunes qui sont nés et qui ont grandi en Belgique peuvent-ils ne plus croire en ce pays ? Pourquoi ont-ils changé ? Hier encore, ils dansaient dans les discothèques, les voilà aujourd’hui transformés en monstres.

Ces questions, nous devons les poser à différents niveaux. Au haut niveau plus général de la politique, où existe un lien avec une guerre ou une politique injuste envers le Moyen-Orient, au niveau de l’influence sur les communautés arabes de la migration en Europe, au niveau du sentiment d’injustice que beaucoup ressentent et jusqu’au niveau des mécanismes d’exclusion qui agissent sur les personnes issues de la migration.

Ces questions, nous les posons, mais en les nuançant. Car ces mêmes mécanismes d’exclusion visent également des personnes venus d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique subsaharienne. J’entends par là que nous ne tentons pas avec nos questions de chercher des excuses ou de légitimer ce qui s’est produit. Au contraire, nous essayons de le comprendre.

Attestons la responsabilité de tous. Analysons la responsabilité de l’individu, de la famille, du groupe et de la société dans son ensemble. Regardons notre gouvernement belge, mais aussi celui du Maroc. Examinons l’encadrement religieux des jeunes et examinons les personnes envoyées du Maroc pour leur donner ce cadre religieux. Examinons leur éducation, s’ils maîtrisent la langue des jeunes.

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Taha Adnan

Comment voyez-vous la situation actuelle ?

‘Je ne veux pas que la langue arabe soit associée à l’agressivité et aux attentats’

Taha Adnan : Ce que je vois n’est pas rassurant, plutôt inquiétant. Les uns comme les autres se replient sur eux-mêmes. Certains utilisent la situation. Il suffit de regarder Trump pour avoir peur.

Quand on voit que le Brexit se base principalement sur le thème de la migration, cela fait peur. L’islamophobie n’est désormais plus seulement visible, elle est aussi légitime. Les langues se délient. Ceux qui ne l’acceptaient pas jusqu’à présent l’acceptent maintenant parce qu’elle se base sur des “faits”.

Quelle(s) solution(s) ?

Taha Adnan : Si des solutions simples et évidentes existaient, on les aurait déjà adoptées il y a longtemps et les problèmes seraient déjà résolus. Pour commencer, la solution de la sécurité. Elle était nécessaire et indispensable, nous en étions d’ailleurs demandeurs. Mais elle ne suffit pas. Je pense que l’éducation et la culture peuvent constituer un angle d’attaque, une voie vers une solution, une clé, ou l’une des clés pour construire l’avenir.

Comprenons-nous les uns les autres. Écoutons nous. Je ne veux pas que la langue arabe soit constamment associée à l’agressivité et aux attentats. Je voudrais que la langue arabe soit considérée comme la langue de la critique, de la pensée critique. L’arabe est aussi une langue de création, de littérature, de beauté. L’arabe porte des valeurs telle que la beauté ou le progrès. Nous souhaitons qu’elle soit vue comme telle.

Comment faire pour qu’elle soit vue comme telle ?

Taha Adnan : Pourquoi l’arabe n’est-il pas enseigné à l’école, comme l’espagnol ou toute autre langue ? Comme beaucoup d’autres, j’ai toujours eu cette idée, mais nous n’osions pas la défendre. J’ai des amis belges qui se sont spécialisés dans la langue arabe, ils ne trouvent pas d’emploi. Pourtant, il y a une demande pour des cours d’arabe. Pourquoi ne donneraient-ils pas cours aux enfants d’origine marocaine ou autres, à ceux qui sont intéressés ? L’arabe est une langue utilisée à Bruxelles.

Pensez-vous que cela soit possible ?

Taha Adnan : Pourquoi pas ? Un certain nombre de bibliothèques flamandes de Bruxelles m’ont demandé de sélectionner avec elles des ouvrages en arabe. Je trouve cela fantastique.

Traduction : Marie Gomrée

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