#BETERNACORONA: le débat s'ouvre maintenant

Construire des politiques socio-écologiques pour l'après-corona

(c) Fatinha Ramos - https://fatinha.com

 

Onze médias et groupes de réflexion flamands lancent, en plein confinement, un appel à réfléchir ensemble, de manière approfondie et prospective, à la manière dont ce pays complexe, cette Union européenne chancelante et ce monde divisé peuvent devenir meilleurs après la crise Corona. Par mieux, ils entendent plus social et plus écologique. Ce que cela signifie et comment y parvenir font l’objet d’un débat animé par-delà les frontières linguistiques et régionales.

La crise Corona change tout. Ce qui était impensable hier est maintenant une politique approuvée. En tant que société, nous redécouvrons ce qui est essentiel : la solidarité et la santé. En tant que personnes, ce qui nous est cher nous manque : les rencontres et le fait d’être ensemble. La crise remet les priorités dans le bon ordre : l’économie est là pour les gens, et non l’inverse. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant.

L’injection financière la plus importante depuis des décennies doit aussi répondre aux grands défis sociétaux que cette pandémie a mis en évidence

Avec la crise corona, des mesures sans précédent sont prises pour maintenir l’économie à flot, sauvegarder les emplois, garantir un revenu aux personnes. Ce sont des objectifs légitimes. Mais l’injection financière la plus importante depuis des décennies doit aussi répondre aux grands défis sociétaux que cette pandémie a mis en évidence : la crise climatique et l’effondrement de la biodiversité ; l’inégalité croissante, les mauvaises conditions de travail et la sécurité de l’emploi et des revenus, la protection sociale sous pression ; et la tâche de construire une société inclusive avec une super-diversité. Investir massivement dès maintenant dans les emplois verts, les infrastructures durables, les soins et l’éducation, ainsi que dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, nous aidera à sortir plus forts de cette crise.

LA PANDÉMIE EXPOSE UN SYSTÈME DÉFAILLANT

Cette crise met en évidence les erreurs structurelles du système économique actuel. La production et les chaînes d’approvisionnement mondiales ne fonctionnent pas lorsque le besoin est le plus grand, mais même dans ce cas, l’exploitation par des emplois “flexibles” ici et dans le Sud continue. Les économies réalisées dans le domaine des soins de santé signifient que les gens doivent désormais tripler leurs efforts. Les personnes en situation de pauvreté sont encore plus dans le besoin. Celui qui est mis à l’écart en tant qu’étranger reste invisible. Sans sécurité sociale, sans nouvelles initiatives citoyennes de solidarité et sans l’engagement de nombreux travailleurs de première ligne, la misère de la crise serait encore plus grande.

Selon le Groupe international d’experts sur le climat (GIEC), au rythme auquel nous émettons des gaz à effet de serre dans le monde, il nous reste dix ans avant que le budget carbone ne soit utilisé pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Que ce soit la date limite pour un plan d’avenir de grande envergure, et en même temps une pierre de touche claire pour les choix qui sont faits. Chaque euro de soutien public doit être utilisé de manière prospective.

La crise du crédit de 2008 a déjà montré que le système actuel n’est plus en mesure de garantir la prospérité, le bien-être, la santé et la liberté de la majorité de la population mondiale. Les injections financières actuelles ne doivent pas nous enfermer dans une industrie et une économie dominées par le capital financier ou alimentées par les combustibles fossiles pendant encore dix ans. Des politiques tournées vers l’avenir doivent être utilisées pour permettre et accélérer une transition juste.

ATTENDRE, C’EST PERDRE

Dire aujourd’hui qu’un tel plan pour l’avenir est pour plus tard garantit que tout reste pareil. Maintenant que l’incapacité de l’ancien système est si évidente, il est urgent de créer une économie pour tous, dans les limites de la planète. Le moment est également venu de donner un nouvel élan à la démocratie, avec toutes ses forces vives dans la société civile. Les #tousensensembles de la crise corona doivent être traduits en accords sociaux et en structures économiques.

Les crises majeures sont souvent le signe avant-coureur de changements sociaux majeurs

Après tout, les crises majeures sont souvent le signe avant-coureur de changements sociaux majeurs. Après la Première Guerre mondiale, grâce au mouvement social, il y a eu la journée de huit heures et le suffrage universel pour les hommes. La Grande Dépression des années 1930 a apporté le New Deal aux États-Unis et, juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement, les employeurs et les syndicats de notre pays ont conclu le Pacte social. Cela a jeté les bases du modèle social d’après-guerre et du droit de vote pour tous.

C’est clair : en 2020, il faut un nouveau type d’accord, un Green New Deal ou pacte socio-écologique, où les citoyens et les gouvernements, les travailleurs, les entrepreneurs et les indépendants, les mouvements et les bénévoles peuvent se serrer les coudes. Cela pourrait également créer une dynamique qui fera à nouveau avancer le pays. Cela ne signifie pas qu’il n’y aurait plus de divergences d’opinion ou de visions différentes de l’avenir, mais plutôt que nous reconnaîtrions à nouveau l’importance d’un terrain d’entente suffisant et que nous placerions l’intérêt général au premier plan.

APPEL À LA RECHERCHE, AU DÉBAT ET AU DIALOGUE

Que faut-il pour organiser notre société de manière à ce que les personnes, la société et la nature soient respectées, que chacun ait les mêmes droits et les mêmes possibilités de construire une existence digne ? Nous ne proposons pas de plan, mais nous lançons un appel aux universitaires, aux services d’études des organisations ou partis de la société civile, aux groupes de réflexion, aux organisations et aux citoyens. Ils doivent alimenter le débat avec des propositions quantifiées et réfléchies, avec des idées pour le court terme et des visions pour le long terme, avec des plans pratiques et les changements nécessaires — même si les gardiens du statu quo tenteront de les rejeter comme utopiques.

Voici sept domaines qui, selon nous, devraient être abordés dans le débat.

  1. Un gouvernement puissant sera nécessaire pour garantir une économie durable. Le gouvernement doit-il prendre ses propres initiatives économiques ? De quelle manière le gouvernement consultera-t-il les différents secteurs économiques et les mouvements de citoyens afin de tracer une voie durable pour l’avenir ? Comment pouvons-nous garantir que la sécurité sociale, des services universels et la politique de relance écologique sont financées en fonction des capacités et des moyens de chacun ?
  1. Une société civile dynamique fait partie de l’indispensable patrimoine culturel en Flandre et en Belgique. Quel rôle cette société civile peut-elle jouer dans le développement de nouveaux modèles économiques et dans le renouvellement de la participation politique ? Quelles initiatives le gouvernement devrait-il prendre pour soutenir ces initiatives de base ? Comment une consultation sociale forte peut-elle contribuer à une société meilleure ?
  1. L’économie a besoin d’une nouvelle boussole. À quoi ressemblent les modèles commerciaux qui donnent la priorité à la création d’une valeur ajoutée sociale et écologique et qui honorent à la fois le travail productif et reproductif ? Comment faire en sorte que le groupe croissant de travailleurs ayant un statut d’emploi précaire bénéficie à nouveau d’une meilleure protection sociale ? Quels sont les investissements nécessaires pour une transition équitable de l’économie ?
  1. L’inégalité nuit à la cohésion sociale, sape les structures sociales et empêche une politique climatique décisive. Comment réduire l’inégalité des revenus et des richesses ? Comment renforcer la sécurité sociale pour tous ? Comment assurer l’égalité des personnes et des groupes qui sont exclus en raison de leur origine, de leur religion, de leur sexe, de leur sexualité, de la couleur de leur peau ? Comment renforcer la participation à la politique et à la société des personnes peu instruites et mal payées ?
  1. L’avenir doit être meilleur, et non de plus en plus. Comment parvenir à la bonne combinaison entre travail rémunéré, vie de famille, développement personnel et engagement à l’égard du cadre de vie ?
  1. Une mondialisation juste, plus de coopération. Comment les accords commerciaux internationaux peuvent-ils être conclus sur un plan socio-écologique ? Que faut-il pour transformer les inégalités historiques entre pays et régions en une coopération libre et équitable ? Comment passer d’un marché mondial à une économie robuste ? Et comment travailler à un accord climatique applicable à l’échelle mondiale ?
  1. Les emplois et les investissements verts doivent déjà être une priorité. Quelles initiatives méritent ces investissements et comment garantir l’intégration sociale et culturelle des mesures ?

Nous demandons que toutes les contributions au débat reçoivent le hashtag #BeterNaCorona. Cela rendra possible la fertilisation croisée et l’approfondissement.

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