L’union fait la force

Il y a quelques jours, j’utilisais un proverbe ouzbek dans un article : « Un homme construit un pont et mille hommes le traversent. » Le drame qu’a connu Bruxelles risque de faire sauter tous les ponts, même ceux qu’on n’a pas fini de construire. C’est peut-être aussi là l’objectif de ces attentats. Nos politiques adopteront-ils une attitude digne de celle du Premier ministre norvégien après le massacre commis par Anders Breivik ?  

  • CC Michelle Kempner (CC BY-ND 2.0) CC Michelle Kempner (CC BY-ND 2.0)
  • CC Alyssa (CC BY-ND 2.0) CC Alyssa (CC BY-ND 2.0)
  • CC Jessica B. (CC BY-ND 2.0) CC Jessica B. (CC BY-ND 2.0)

Quel choc… Les sirènes n’ont cessé de hurler ce matin à Bruxelles. Impossible de prononcer un mot. Si seulement on pouvait en dire autant de tout le monde. La tentation — et la polarisation générale ­— semble cependant trop forte. Je lis ainsi toute une série de commentaires extrêmement inquiétants. Généralisations, appels à l’exclusion, radicalisation, État policier : que n’ai-je pas lu… D’autres ont visiblement du mal à réprimer leur mauvaise joie. C’est comme un cou de lapin lors d’un accident : votre corps s’écrase sur le volant avant de voler vers l’arrière. Et vous voilà touché, doublement touché.

Il y a quelques jours, j’utilisais un proverbe ouzbek dans un article : « Un homme construit un pont et mille hommes le traversent. » Le drame qu’a connu Bruxelles risque de faire sauter tous les ponts, même ceux qu’on n’a pas fini de construire. C’est peut-être aussi là l’objectif de ces attentats. Je dis bien « peut-être » car je ne peux entrer dans la tête — et encore moins dans le cœur — des terroristes. Mais il semble que ce soit le but recherché. Ils ne mènent aucune guerre mais ils sèment la terreur : la peur, la méfiance (vais-je reprendre le métro — s’il est ouvert — pour me rendre à la gare ? Qu’y a-t-il dans cette grosse valise ? Cet homme cache-t-il quelque chose sous son manteau ?), les dissensions, la colère… et la colère mêlée à la peur et la méfiance, ça produit de la haine.

Les terroristes savent comment concocter un cocktail mortel, et la société ne sait pas comment y réagir.

Les terroristes savent comment concocter un cocktail mortel, et la société ne sait pas comment y réagir. Ceux qui veulent répondre à ces attaques de façon violente ne font que clamer haut et fort leur impuissance. Leur incapacité à contenir la violence, mais aussi leur incompréhension face à l’existence d’une telle violence.

Nous partageons tous cet état d’impuissance et d’incompréhension. Les sentiments de haine qu’expriment en plus certains sont dans le meilleur des cas l’expression de leur empathie impotente envers les victimes et, dans le pire des cas, de la pure récupération à des fins politiques.

Nous avons besoin de ponts, et de solidarité. Nous devons applaudir tout qui s’élève contre la violence pure et contre la violence politique. Nous avons besoin de chacun.

CC Alyssa (CC BY-ND 2.0)

 

Hier, il était encore question de perquisitions et d’arrestations. On se demandait ce qu’il fallait faire pour éviter et combattre la radicalisation. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec des dizaines de morts et de blessés, une rame de métro éventrée, un hall d’aéroport dévasté, une ville qui marche au ralenti et un pays où tout le monde est sommé de ne pas sortir de chez lui. Vu l’urgence de la situation, il est tout à fait compréhensible que nous manquions de recul. Cependant, il n’est pas bon de nourrir la discorde déjà présente au sein de la société.

Nous avons avant tout besoin de solutions efficaces pour mettre fin à la radicalisation et à la violence. C’est un processus entamé il y a longtemps déjà mais les efforts fournis devront aller plus loin et plus vite dès que les victimes seront soignées, les menaces imminentes écartées, les morts enterrés et les débris ramassés. Lorsque nous nous débarrasserons de notre toge déchirée, lorsque nous reconnaîtrons notre peine et laisserons couler nos larmes, lorsque nous saurons canaliser notre colère et observer les dégâts…

Le défi qui s’offre à nous est multiple, mais chacun a un rôle à jouer. Parler de mesures aujourd’hui est facile, il sera bien plus ardu de les appliquer demain. Mais il est essentiel d’arriver à un consensus social afin de s’unir et non de se diviser. À l’heure actuelle, les autorités doivent avant tout mettre en place des services de sécurité efficaces, et je vois que de nombreux moyens sont déployés en ce sens.

Ces mêmes autorités doivent cependant aussi investir dans la société qu’elles doivent protéger : il faut investir dans la confiance, dans l’avenir, dans le dialogue, dans le débat démocratique, et montrer que chaque citoyen est concerné lorsqu’il est question de défendre « nos valeurs ». Dans les prochains jours, notre Premier ministre et nos ministres-présidents devront se tenir droit et donner un discours digne de celui du Premier ministre norvégien Stoltenberg après les attentats commis par Anders Breivik en 2012 : « Nous sommes profondément choqués par ce qu’il s’est passé mais nous ne renoncerons pas à nos valeurs. Notre réponse à ces actes affreux est : davantage de démocratie, davantage d’ouverture et davantage d’humanité. Nous répondrons à la haine par l’amour. »

CC Jessica B. (CC BY-ND 2.0)

 

Le terrorisme vise avant tout les citoyens, mais ces derniers n’en sont pas seulement les premières victimes, ils peuvent également devenir les acteurs de premier plan. La nécessité de nous rassembler doit inclure nos différences d’opinions, et non les exclure. La société dont nous avons besoin, celle que nous devons défendre, est une société démocratique, pluraliste, et multiculturelle. Les attentats ont créé des fissures au sein de notre société et une série d’horribles préjugés s’y infiltre. Il est par conséquent indispensable que chacun, quelle que soit sa confession, cherche des moyens d’agir à son niveau.

Nous avons besoin de nouvelles idées ­— de fer, de bambou, de bois et de corde ­— pour réparer les ponts détruits.

Nous avons besoin de nouveaux échafauds ­— d’acier, de bambou, de bois et de corde ­— pour réparer les ponts détruits et construire une société meilleure. Les commentaires au vitriol qui traversent les esprits et inondent les réseaux sociaux doivent s’effacer, car la colère est vive, la tristesse profonde, et la combativité nécessaire.

Sur le Grand sceau des États-Unis, on peut lire « E Unum Pluribus », que l’on pourrait traduire par « de plusieurs pour ne former qu’un ». Voilà de quoi la Belgique et le monde entier ont besoin. La devise de la Belgique est « l’union fait la force ». Il est temps de nous unir et d’utiliser notre force afin de rendre le monde juste et sûr pour tout le monde.

PS : Au Japon, il est de tradition de faire un millier de grues en papier — un origami pour chaque année de la vie d’une grue — et de les attacher ensemble. Le montage obtenu est dit porter chance et protéger contre les maladies. Ces collections de milliers d’origamis s’appellent Senbazuru. Ces grues de papiers sont également associées aux commémorations des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, et elles figurent au mémorial consacré aux victimes des attentats du 11 septembre à New York. Voilà qui explique le choix de ces images pour accompagner cet article.

 

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