La Belgique est-elle championne en recyclage? Un mensonge rassurant démasqué.

Fost Plus, une association sans but lucratif fondée par l’industrie de l’emballage (Coca-Cola, Unilever, Colruyt, Albert Hein, etc.) aime bien créer l’impression qu’il s’agit d’un organisme public. Pourtant ce n’est pas le cas, c’est plutôt une machine de lobbying de l’industrie de l’emballage ayant comme but de contourner (légalement) l’obligation de reprise et de réaliser les objectifs du gouvernement en matière d’emballages (pourcentages de recyclage) de la manière la moins chère possible. L’environnement, voire des mesures structurelles, ne les intéressent point. Et ils ne craignent ni demi-vérités, ni mensonges pleins.

Les chiffres utilisés par Fost Plus dans les discussions sur la consigne ne sont qu’un gros mensonge.  Quel est le problème? Fost Plus se réfère aux chiffres officiels de l’OVAM (Agence publique pour la gestion des déchets en Flandre) qui indiqueraient que les emballages de boissons représentent 10% des déchets sauvages. En réalité, il s’agit plutôt de 40%, et je peux le démontrer facilement.

Magic Plus

Regardons ces chiffres officiels de l’OVAM en détail. Fost se réfère au document ” Analyse de l’impact de l’introduction d’une consigne pour emballages de boissons à usage unique  ”, un document public. Dans ce document, on peut lire verbatim que «Une analyse des déchets sauvages le long de différents tronçons indique que les emballages de boissons représentent 10% des déchets identifiables».   Donc, à première vue,  Fost a bien raison.  

Pas si vite! Continuons la lecture: «En poids, cela représente environ un tiers des déchets d’emballage, soit 33% du poids total des déchets sauvages.   Et cinq lignes plus loin, à la page 41: «En volume, les emballages de boissons représentent 40% de la quantité totale de déchets sauvages. Les chiffres des Pays-Bas indiquent qu’environ 50% du volume total des déchets sauvages consistent en emballages de boissons.  

Si Fost m’accuse de raconter des mensonges fondamentaux, alors en fait Fost dit que l’OVAM est menteur. C’est audacieux, sachant qu’à la fin de l’année, l’ OVAM doit approuver la nouvelle licence de Fost.  

De plus, Fost a essayé de remettre en cause cette étude. Cela ressort clairement d’un «Addendum à l’analyse d’impact » officiel et public, publié en novembre 2015. À la page 4, nous lisons : «Après avoir livré le rapport final (…), Fost Plus, Comeos et Fevia ont commandité une étude ( Guissard et Van Cauter , 2015) ’ et ’ Ce rapport vise à comparer les chiffres avec ceux de l’étude originale. ”  

L’OVAM conclut à la page 22 de l’addendum: «Une estimation de 20 à 33% du poids ou 40% du volume se situe dans la fourchette des chiffres obtenus et peut, à notre avis, être retenue.’  

Quelles leçons devons-nous en tirer? Fost , Comeos et Fevia connaissent très bien l’analyse d’impact de l’OVAM, car ils ont essayé de la remettre en question en commanditant une contre-étude. Après avoir évalué cette contre-étude, OVAM dit qu’ils veulent conserver leurs chiffres antérieurs. Cela a dû être dur à avaler pour ce “triumvirat des déchets sauvages”.

Incroyable comment Fost, dans une communication publique, embarrasse OVAM en indiquant que selon OVAM, le chiffre correct est de 10% et que le chiffre de 40% est fondamentalement faux. Je me demande combien de temps encore l’OVAM va continuer à tolérer telle arrogance.

Les tâches principales de Fost Plus

Ce qui empire encore les choses, c’est que Fost est responsable de la mise en œuvre de certaines tâches publiques, telles que formulées dans l’accord de coopération sur la prévention et la gestion des déchets d’emballage, du 4 novembre 2008. « Accord de coopération » pourrait sembler non contraignant mais il a bien été publié dans le Moniteur belge et a force de loi (décret) et en plus, des sanctions sont prévues en cas de non-respect.

Dans l’article 3, Fost reçoit un certain nombre de tâches bien claires :

  1. prévenir et réduire la production ou la nocivité des déchets d’emballage;
  2. garantir que la proportion d’emballages réutilisables pour les mêmes produits qui ont été mis sur le marché, ne diminue pas par rapport à l’année précédente, et veiller à ce que le poids total des emballages à usage unique pour ces mêmes produits mis sur le marché, diminue en comparaison avec l’année précédente;
  3. promouvoir la réutilisation et promouvoir et imposer l’application utile, en particulier le recyclage, ainsi que la réduction de la proportion des déchets d’emballages dans la collecte non-triée;

Echec

En réponse à une question écrite dans le parlement flamand, le 31 août 2017, la Ministre Schauvliege a indiqué que: « L’évolution au cours de la période de 2003 (…) à 2015 montre une augmentation totale des emballages produits de 10,81%. ‘

Echec de Fost dans sa tâche numéro 1.

Il n’est pas clair quels chiffres elle a utilisé ni si ceux-ci sont spécifiques par type d’emballage mais ce qui est certain, c’est que cette augmentation est bien plus élevée pour les plastiques (le type d’emballage le plus dangereux), probablement le double.

Schauvliege poursuit: «L’évolution des emballages réutilisables est légèrement négative pour les emballages ménagers réutilisables, mais elle est fortement positive pour les emballages professionnels réutilisables. Au total, les emballages réutilisables augmentent. Je me réfère aux graphiques du rapport d’activité 2016 de la CIE, disponible sur www.ivcie.be . ‘

Echec de Fost dans sa tâche numéro 2.

“Légèrement négatif”, franchement c’est un euphémisme. Sur le graphique à la page 24 dudit rapport, vous pouvez voir que l’évolution des emballages réutilisables descend d’environ 950.000 tonnes à 650.000 tonnes. C’est une diminution de 31,5%!

Schauvliege : «La nocivité des déchets d’emballage ne peut pas être quantifiée sans ambiguïté. Le suivi en est assuré dans le contexte des plans généraux de prévention. Ces plans de prévention fournissent des données qualitatives utiles au niveau d’entreprises et secteurs individuels, mais ces données ne peuvent pas être transformées en des statistiques généralement applicables.”

Il me semble que, dans l’intérêt de la santé publique, ce point mérite d’être clarifié, étant donné qu’en moyenne 15% du plastique est constitué d’additifs (toxiques). Donc, sur 1 kg de plastique, vous avez 150 grammes d’additifs toxiques (sic). Et si la toxicité diminue de 30% (jusqu’à 100 grammes) alors que la production double, nous avons 200 grammes de poison en circulation au lieu de 150 grammes. Et puis sans même parler cette fois-ci des micro-plastiques.

©Axi asbl

 

Grande Messe annuelle des falsifications

La déclaration “Nous sommes les champions du recyclage” est tout aussi faussée que les chiffres concernant la consigne.

Les chiffres de Fost Plus concernent la collecte et non le recyclage. Les chiffres - en poids - sont respectés pour le verre et le papier / carton. Cette collecte était déjà bien pratiquée avant que Fost ne voie le jour. Pour les plastiques, la norme légale pour le recyclage est de 30%, Fost collecte à peine 39,5%.

Pour les bouteilles et les canettes, nous pouvons assumer que Fost n’atteint pas plus de 60% si l’on enlève tous les déchets sauvages, le biomatériau (les restes des boissons), les pertes dans les traitements avant qu’ils n’atteignent une usine de recyclage, les pertes de production dans le recyclage lui-même. Pourtant, Fost indique un recyclage de 100% pour le métal!

Les pays qui pratiquent la consigne collectent jusqu’à 98% des bouteilles et des canettes et les recyclent de bouteille en bouteille (bottle to bottle). Ici, les emballages individuels sont comptés, ce qui permet de savoir exactement quelle est la part recyclée. Quand les allemands disent qu’ils recyclent 98,5%, c’est la vérité.

Fost tente de prouver l’impossible en jonglant avec les poids et finit par démontrer qu’il collecte plus de 100% du verre et du métal. Le plus drôle est que ces chiffres sont acceptés par l’OVAM et la CIE, ou plutôt, ils sont ramenés à …100%.

Donc, ces 10 millions de bouteilles et de canettes qu’on ramasse annuellement dans les rues d’Anvers disparaissent comme la neige au soleil, de même que celles dans les poubelles publiques, sans parler de celles qui finissent dans l’Escaut. Ceci n’est pas un rapportage sérieux. Que font nos députés avec de tels chiffres? Est-ce qu’ils vont se faire leurrer encore longtemps ? N’est-il pas temps qu’on fasse un audit de Fost?

Re-cycle ou De-cycle

Pour conclure, passons à une discussion quelque peu technique. La loi parle de l’application utile, de l’incinération avec récupération d’énergie et recyclage. Le mot recyclage sous-entend re-cycler: remise dans le cercle, et encore, et encore et encore … Pourtant cela n’est pas le cas ici. Fost recycle 0,0% (ZERO) des emballages en plastique. Plutôt, Fost dé-cycle les bouteilles en plastique en fleece, en feuilles de plastique et en fibres artificielles, de sorte que l’on a besoin de nouveau pétrole pour produire de nouvelles bouteilles en plastique. Ils les enlèvent donc littéralement du cercle. Cela n’a rien à voir avec le sens littéral du mot re-cycler.

Fost appelle à un débat durable et à une approche intégrée. Comment pouvez-vous favoriser une approche intégrée si vous rejetez à l’avance une méthode éprouvée (consigne). Je ne sais pas ce que c’est qu’un “débat durable”, mais une bouteille durable, je connais, c’est une bouteille consignée réutilisable.

Que Fost commence enfin à partager les vrais chiffres en toute honnêteté et transparence dans l’exercice de son mandat légal: la réduction des emballages et de leur nocivité, et la promotion de la réutilisation.

N’est-il pas grand temps que les trois parlements appellent ces menteurs brevetés à l’ordre, leur rappellent leur mission et se demandent si un club aussi obscur peut encore renouveler sa licence… chose attendue à la fin de cette année.

Luc De Rooms et Ivan Godfroid sont membre d’AXI asbl. Cette association à but non lucratif a été fondée en 1992 pour mettre en œuvre les principes de la Conférence des Nations Unies de Rio de Janeiro. Dans ce but, elle organise des cours, offre des conseils, accompagnements et soutiens à des tiers ou à des autorités publiques et réalise des projets propres.

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