Ne vous trompez pas de 23 janvier!

Une confusion s’installe dans les esprits, sur le net et jusque dans les colonnes du Soir (15 janvier), où l’on pouvait lire que le Collectif MANIFESTEMENT organise sous le titre « Tous unis contre la démocratie ! » une contre-manifestation le 23 janvier, en opposition à la marche blanche, belgicaine et ouvertement apolitique, qui, le même jour, appelle à la formation à tout prix d’un gouvernement, quel qu’il soit. Pourvu qu’il soit.

Il n’en est rien. Depuis plus d’un an, le Collectif MANIFESTEMENT prépare sa manifestation critique de la démocratie. A l’heure où le concept de démocratie s’est galvaudé à l’extrême, est servi à toutes les sauces, cautionne les politiques les plus opposées et s’exporte à coups de guerres meurtrières, il importe en effet de rappeler, mieux : de chercher en quoi c’est un très mauvais système politique, fût-il le moins mauvais. En faisant l’inventaire des limites intrinsèques à la démocratie et des travestissements qu’elle autorise, le Collectif MANIFESTEMENT n’entend pas, évidemment, servir la soupe aux ennemis jurés de la démocratie, qu’ils soient fascistes, islamistes ou ultranationalistes. Manifesteront à Bruxelles le 23 janvier à 15h, de la rue de la Démocratie à la place de la Résistance, sous le cri « Tous unis contre la démocratie ! », ceux qui n’ont pas peur de rivaliser de lucidité avec ceux qui ont peur de la démocratie. Quitte à désacraliser au passage le concept de démocratie. Le site du Collectif témoigne de ce travail de longue haleine (www.manifestement.be/2011), qui ne prend la forme d’une provocation que pour s’attaquer plus efficacement au fond de la question.

Rien à voir donc avec ce soulèvement de Belges exaspérés de ne pas être gouvernés, cette émotion émue d’elle-même, cet unisson convaincu de refléter l’unanimité, d’être dans le vrai à force de se vouloir neutre, de voir les micros qui se tendent, de planter d’un clic d’innombrables tentes virtuelles devant le 16 rue de la Loi, de se trouver hardis, héroïques, voire révolutionnaires. Eux d’ordinaire si réservés, polis, effacés.

Rien à voir donc. Et pourtant.

Qu’une démocratie donne lieu à semblable « marche blanche » dit tout de son impuissance structurelle à élever le débat, et, à ce titre, intéresse le Collectif MANIFESTEMENT. Car ne faudrait-il pas plutôt exiger de nos démocraties qu’elles soient politiques, qu’elles ne se limitent pas à la gestion neurasthénique des flux, qu’elles bravent le chantage des capitaux toujours fuyants et des agences de notation toujours dégradantes, qu’elles ne se réfugient pas dans l’irresponsabilité dépressive (« C’est pas notre faute, c’est la globalisation ! »), qu’elles rendent compatibles le droit de tous à l’épanouissement personnel et le droit de quelques-uns à l’enrichissement outrancier, bref, qu’elles réinventent le « vivre ensemble » au XXIe siècle ?

Mais le peuple des marches blanches n’en demande pas tant. Les Belges ont un gouvernement à leur image : courageux, honnête et travailleur, mais impuissant, automutilé, châtré. Les Belge sont apolitiques, puis ils se plaignent que leur gouvernement le soit aussi. Et quand bien même ils auraient un gouvernement, il serait aussi impuissant et apolitique qu’eux, de toute façon.

Tous les Belges ? Non. Certains voient dans l’absence de gouvernement une heureuse coïncidence, une suspension bienvenue pour mieux répertorier les tares de la démocratie et dénoncer les dérapages qu’elle facilite. Il est d’ailleurs amusant (entendez : instructif) que ce soit surtout les nantis qui s’offusquent que leur sacro-sainte démocratie soit ainsi égratignée par notre manifestation. Les autres, très souvent, comprennent instantanément la forme et le sens de notre démarche. A croire que la « démocratie » a, elle aussi, ses victimes…

Qu’on ne s’y trompe donc pas. Il n’y a qu’une manifestation politique le 23 janvier, compliquée et même pas drôle, mise sur pied par le Collectif MANIFESTEMENT. Il y a, par ailleurs, une marche blanche, consensuelle et bon enfant.

 

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