COVID-19 a un impact sans précédent sur les systèmes éducatifs dans le monde

Repenser l’éducation pour plus d’inclusion

© Neil Thomas / Handicap International

 

Dans le monde, environ 250 millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes ne sont pas scolarisés ce qui représente 1 enfant sur 5 en âge scolaire.[1] Les inégalités dans le secteur de l’éducation restent particulièrement marquées en fonction des régions, du genre, du handicap, du milieu socio-économique, de l’appartenance ethnique, des contextes et les crises, comme actuellement la crise du COVID-19 qui aura un impact sans précédent sur les systèmes éducatifs dans le monde.

Les enfants handicapés sont les plus marginalisés et les premiers à être exclus du système éducatif. Ils ont 2.5 fois moins de chances de fréquenter l’école que les autres enfants et sont plus susceptibles de l’abandonner rapidement.[2] Ils se heurtent à de nombreux obstacles en termes notamment d’accès, de participation, d’apprentissage, et de réussite scolaire. Le fait de ne pas avoir accès à l’école renforce leur vulnérabilité, leur niveau de pauvreté et les rend encore plus exposés à l’exclusion sociale, à la violence et aux discriminations.

L’importance d’une éducation inclusive

Tous les enfants, y compris les enfants handicapés, ont droit à une éducation inclusive de qualité et gratuite. Ce principe est affirmé de manière forte dans la Convention Internationale Relative aux Droits des Personnes Handicapées (art.4) et dans l’Objectif de Développement Durable 4 qui vise « à assurer une éducation inclusive et équitable de qualité, et à promouvoir des possibilités d’ap­prentissage tout au long de la vie pour tous» d’ici 2030.

L’éducation inclusive est une pédagogie qui permet à tous les enfants d’apprendre ensemble en tenant compte des différences et des besoins individuels de tous les enfants. Les enfants qui apprennent ensemble, apprennent à vivre ensemble et préparent ainsi une société meilleure, où chacun a sa place.

Impact du COVID-19 sur l’éducation des enfants et jeunes vulnérables

La crise sanitaire liée à la pandémie de la COVID-19 a eu un impact sans précédent sur les systèmes éducatifs dans le monde. 60,5% des effectifs scolaires au niveau mondial ont été concernés par la fermeture des écoles dans 109 pays. Un peu plus d’un milliard d’apprenants ne vont plus à l’école.[3]

Près de 10 millions d’enfants et de jeunes vulnérables risquent de ne pas retourner à l’école une fois la crise passée.

Les répercussions de la crise sur la situation éducative et l’apprentissage des groupes vulnérables (enfants ayant des besoins éducatifs spécifiques, enfants réfugiés, filles, enfants handicapés, enfants issus de familles économiquement défavorisés, …) présentent des risques sans précédent et notamment dans les pays à bas revenus.

Les écoles offrent une structure et une routine, des contacts avec des groupes de pairs, des amitiés, un soutien et une sécurité. Pour de nombreux enfants, l’absence de l’école peut accroître leur exposition à la violence à la maison. Les écoles offrent également des programmes d’alimentation dans de nombreux pays, qui sont parfois la seule source de repas nutritifs, les fermetures mettant ainsi de nombreux enfants en danger de malnutrition lorsqu’ils sont à la maison. Près de 10 millions d’enfants et de jeunes vulnérables risquent de ne pas retourner à l’école une fois la crise passée. Ils viendront s’ajouter aux 250 millions d’enfants et de jeunes déjà hors école. [4]

Des enseignants par la radio et la télévision

Au niveau national, nombreux sont les ministères de l’éducation qui ont développé des plans de réponse à la crise, inscrivant l’enseignement à distance comme une priorité en vue d’assurer la continuité des apprentissages grâce à la diffusion de cours à la radio, à la télévision et en ligne. Pour les enfants et adolescents n’ayant pas accès aux medias, des livrets d’exercice du primaire et du secondaire ont été produits, comme c’est notamment le cas en République Démocratique du Congo (RDC), mais également en Ouganda.

Cependant, la fracture numérique entre les apprenants liée à l’accessibilité de cet enseignement (ex. la radio est inadaptée pour les enfants Sourds), l’accès aux équipements, à l’électricité, à l’internet et aux compétences des enseignants exacerbe encore la fracture de l’apprentissage dans chaque pays, en particulier pour les apprenants handicapés qui se heurtent à la barrière supplémentaire que constitue l’inaccessibilité des contenus d’apprentissage.

Handicap International travaille actuellement à rendre accessible les différentes modalités d’apprentissage à tous les enfants, y compris ceux en situation de handicap. Il s’agit par exemple de mettre en place un ensemble de mesures visant à renforcer l’accessibilité des messages (intégration de sous-titrages dans les supports vidéo, traduction en langue des signes, transcription des cahiers d’exercices en braille) et de veiller à ce que les contenus pédagogiques répondent bien aux besoins éducatifs de tous les élèves en respectant les principes de la Conception Universelle de l’Apprentissage.

© Studio Cabrelli / Handicap International

Un enseignant itinérant au Togo, qui accompagne une élève malvoyante dans une classe et assure également le lien entre l’école et la famille de l’élève.

Travailler avec l’ensemble de la communauté

Pour rendre un système éducatif inclusif, il faut favoriser un changement structurel du système actuel et apporter un soutien spécifique aux apprenants handicapés.

C’est pour cela que nous travaillons à trois niveaux: en premier lieu avec les enfants eux-mêmes et leurs familles en leur fournissant les aides à la mobilité appropriées (fauteuils roulants, béquilles, prothèses, par exemple) et en sensibilisant les parents aux compétences de leurs enfants et leur droit à l’éducation.

Ensuite, nous formons les enseignants à mieux guider les enfants ayant des besoins particuliers (tels que les déficiences visuelles, auditives ou intellectuelles) et afin d’adapter les outils pédagogiques ainsi que les infrastructures scolaires pour les rendre accessibles.

Enfin nos programmes comprennent un important volet de sensibilisation et de plaidoyer pour que les autres acteurs de l’éducation, les gouvernements, les ministères de l’Education et les agences internationales placent eux aussi les enfants handicapés au cœur de leurs préoccupations et de leurs politiques.

Une pétition internationale

Chaque année Handicap International lance au début de l’année scolaire en Belgique une campagne #school4all qui vise à alerter le grand public sur l’importance d’inclure les enfants handicapés dans le milieu scolaire. Cette année, l’organisation appelle le grand public à se mobiliser et signer une pétition afin que le gouvernement place l’éducation inclusive au cœur de l’aide au développement, accorde une place centrale aux enfants handicapés dans sa politique et respecte ses engagements en matière d’éducation pour tous. La conférence annuelle d’Educaid (conférence digitale des 15 et 22 Octobre 2020) sur l’éducation et l’inclusion sera une belle occasion pour promouvoir cette pétition.

Plus que jamais, il faut se mobiliser pour défendre l’éducation, un bien fondamental dont on sait pourtant que les budgets sont souvent coupé en premier en cas de crise sanitaire.

© Régis Binard / Handicap International

 

Sandra Boisseau est experte d’éducation inclusive chez Handicap International.

 

[1] Institut statistique de l’Unesco, données 2019
[2] Rapport mondial de suivi sur l’éducation, Unesco 2020 « Inclusion et Education : tous sans exception »
[3] Données de juillet 2020, Unesco
[4] Rapport Save our education, Save the Children, 2020

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