Au Congo, la saison des pluies s'annonce orageuse. Kabila en sortira-t-il indemne?

Notre journaliste John Vandaele s’est rendu au Congo pour y prendre la température. Il en revient avec un portrait de ce pays aux portes d’un automne brûlant. ‘Des élections libres ne pourront pas avoir lieu sous Kabila. Il doit d’abord quitter le pouvoir.’

Au Congo, la tension monte entre la population et les représentants de l’État, et ce dans tous les sens du terme et à tous les niveaux. Sur le grand boulevard Lumumba, les agents de police de Kinshasa tentent de contenir les voitures lorsque la foule de piétons congestionne le trafic dans les quartiers populaires de Masina ou de Kimbanseke.

À la vue d’un mundele (un Blanc), les agents font davantage de de zèle. Ils nous font signe de nous garer mais la docilité de mon chauffeur, bien qu’auditeur de Radio Maria, a ses limites. Alors qu’il contourne habilement les policiers, ceux-ci frappent le capot de notre voiture. Nous continuons notre route, échappant ainsi à une scène qui nous aurait inévitablement coûté cher.

© Kris Pannecoucke

Florimond Muteba : ‘L’État congolais ne dispose que d’un budget de 4 milliards de dollars, tandis que celui de notre voisine l’Angola, dont la population ne dépasse pas le tiers de celle du Congo, s’élève à 40 milliards de dollars.’

À la frontière entre les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, quatre de ces « contrôles » et les tentatives des agents de nous extorquer toujours plus d’argent ont donné la migraine à notre guide. En désespoir de cause, il téléphona à un ami travaillant pour la section locale du ministère des Affaires étrangères afin que celui-ci ordonne aux agents de nous laisser passer.

‘Pourquoi payerions-nous vos impôts ? Nous ne recevons rien en échange.’

Ce traitement, les Congolais y ont aussi droit : une fois la nuit tombée dans le quartier populaire de Ndosho (à Goma, dans l’Est du Congo), nous constatons que les agents rackettent tous ceux qui croisent leur chemin. Dans une boutique, les clients et les commerçants s’unissent pour chasser un « taxateur » venu réclamer une redevance quelconque. Nous apprenons qu’un agent dérangeant a été assassiné. ‘Pourquoi payerions-nous vos impôts ? Nous ne recevons rien en échange.’ Énervés, de plus en plus de citoyens s’opposent aux représentants de l’État.

Budget d’État très limité

Si ces plaintes ne datent pas d’hier, elles semblent aujourd’hui empirer. L’inflation n’y est probablement pas pour rien : en l’espace d’un an, le franc congolais a perdu la moitié de sa valeur. En effet, son taux a chuté de 900 à 1600 franc pour un dollar, ce qui signifie que les prix des produits importés – et ils sont nombreux au Congo – ont pratiquement doublé alors que les salaires des fonctionnaires se sont maintenus.

D’où peut bien venir cette inflation ? La baisse des prix du cuivre peut l’expliquer, du moins en partie. Déjà à l’époque de Mobutu, le cuivre était la poule aux œufs d’or du Congo. Lorsque son prix diminua presque de moitié en 2014-2015, l’effet se ressentit immédiatement dans les caisses de l’État. Le président épargna et emprunta alors de l’argent à la banque centrale – en clair : il imprima de nouveaux billets. ‘La monnaie supplémentaire ne représentait que moins d’un pour cent du PIB,’ apprend-on au Fonds monétaire international (FMI) à Kinshasa. Pourtant, cela suffit à amorcer une sévère dévaluation de la monnaie. Ceux qui le pouvaient vendirent leurs franc congolais, précipitant la dévaluation de plus belle.

De plus, le souvenir de l’époque de Mobutu, quand l’inflation était la norme, suscite indubitablement la méfiance. Une hausse de l’inflation est à prévoir, malgré le rétablissement du prix du cuivre et la forte augmentation de la demande en cobalt – élément indispensable des batteries de téléphones et autres. Congo est le premier producteur de cobalt au monde.

C’est un cercle vicieux : puisque les fonctionnaires congolais sont mal payés, ils gardent les impôts perçus pour eux. Les caisses de l’État ne se remplissent donc pas, ce qui l’oblige à verser des salaires de misère aux fonctionnaires, et ainsi de suite …

Cette vulnérabilité face à la dépréciation des prix des matières premières démontre à quel point les sources de revenus du Congo sont encore peu diversifiées. Le manque d’entrée d’argent est d’autant plus douloureux que les pouvoirs publics congolais sont déjà très restreints. ‘L’État congolais ne dispose que d’un budget de 4 milliards de dollars, tandis que celui de notre voisine l’Angola, dont la population ne dépasse pas le tiers de celle du Congo (avec 27 millions d’habitants, comparé aux 82 millions du Congo), s’élève à 40 milliards de dollars’, souligne Florimond Muteba, professeur de l’Observatoire des Dépenses publiques (ODEP), un partenaire de l’ONG belge 11.11.11.

‘Le potentiel fiscal du Congo est nettement supérieur. En ce qui concerne le Grand marché de Kinshasa, nous avons calculé que son potentiel serait de 2 milliards de dollars si tout le monde était en règle d’impôts. Dans la pratique, seuls 200 millions sont perçus chaque année. Nombreuses sont les personnes qui ne payent aucun impôt, qu’elles payent ou non des pots-de-vin au fisc. Quand elles payent leurs impôts, il n’est pas rare que l’argent disparaisse avant même d’atterrir dans les caisses de l’État.’

C’est un cercle vicieux : puisque les fonctionnaires congolais sont mal payés, ils gardent les impôts perçus pour eux. Les caisses de l’État ne se remplissent donc pas, ce qui l’oblige à verser des salaires de misère aux fonctionnaires, et ainsi de suite …

Cela dit, le problème ne commence pas avec les fonctionnaires. L’ODEP est impliqué dans les travaux de la commission économie et finances du parlement congolais. Florimond Muteba y a fait des découvertes surprenantes : ‘La Direction générale des impôts a déclaré à la commission que des ministres et des parlementaires ne payaient pas les impôts sur leurs revenus personnels. Cela démontre que le nœud du problème est d’ordre politique. Le président doit être le moteur du changement. Sans lui, c’est voué à l’échec.’

Kabila et le clan des voleurs

Si les agents de police privatisent les impôts à petite échelle, les autorités le font quant à elles à plus grande échelle. Il ressort d’un récent rapport de l’ONG Global Witness que 1,3 milliard des 3,2 milliards de dollars versés par les entreprises minières à l’État congolais entre 2013 et 2015 n’ont jamais atteint le trésor public. Nous ignorons encore où ils ont bien pu passer.

D’importantes sommes semblent avoir terminé entre les mains du clan Kabila. L’Israélien Dan Gertler et/ou la société d’État de gestion des mines Gécamines ne sont jamais loin. En décembre 2015, Gécamines a donné l’ordre à la filiale de la banque BGFI de Kinshasa de mettre à sa disposition 8 millions de dollars en espèces. Le directeur de cette filiale a grandi en Tanzanie aux côtés de Kabila. La société minière prétend que ces 8 millions ont servi à payer des impôts. Or, les impôts sont toujours payés par voie électronique. Et personne ne sait qui est venu récupérer le butin.

© Kris Pannecoucke

Si les agents de police privatisent les impôts à petite échelle, les autorités le font quant à elles à plus grande échelle. Près d’un tiers des versements des entreprises minières à l’État congolais n’a jamais atteint le trésor public.

L’argent fait parfois un petit détour par la Belgique : en août 2012, Gécamines a payé 30 millions de dollars de « taxes » au renommé bureau d’avocats belge Liedekerke Wolters Waelbroeck Kirkpatrick, qui refuse de donner toute explication. Secret professionnel oblige.

Prenons encore l’exemple d’Africa Horizon, une des nombreuses entreprises aux îles Caïman de l’ami de Kabila, Dan Gertler. Cette entreprise se révéla soudainement posséder les droits, auparavant détenus par Gécamines, sur la Kamoto Copper Company. Il s’agit de la vaste exploitation minière jadis dirigée par Georges Forrest. Celui-ci avait attaqué MO* en justice à la suite de notre article sur les circonstances troubles ayant menés à son acquisition de ce fleuron de l’industrie minière au Congo. Georges Forrest revendit ensuite la mine pour un prix inconnu à Glencore. Ce dernier devint propriétaire des trois quarts, le dernier quart demeurant entre les mains de Gécamines. Cette joint venture (coentreprise) représentait pour Gécamines un bonus de 140 milliards ainsi que des royalties annuelles à concurrence de 2,5 pour cent du chiffre d’affaires.

Le parlement ignore tout de la gestion de Gécamines : l’entreprise d’État pourrait aussi bien être une entreprise privée au bénéfice de Kabila.

Droits qui se révélèrent donc appartenir à Africa Horizons, comme nous l’avons appris fin août. Ce que l’on ignore en revanche, c’est ce que Gécamines percevait en échange et pourquoi elle renonçait aux royalties d’une des plus grandes mines du pays. Gécamines détient des actions dans plus de vingt joint ventures. Est-ce que ces actions lui rapportent des dividendes ? Si oui, combien ? Là encore, le mystère est total.

Le parlement ignore tout de la gestion de Gécamines : si l’entreprise appartient effectivement à l’État, son CEO, Albert Yuma, la dirige comme une entreprise privée. Intime de Kabila, l’homme est également à la tête de la fédération congolaise des employeurs. Ce genre de combine est difficile à dénouer mais il est évident que l’énorme richesse de Kabila y trouve ses racines. Cela explique par ailleurs comment son clan peut posséder une ou plusieurs résidences, entreprises ou hôtels dans chaque ville du Congo ou presque.

Des faits d’autant plus alarmants quand on sait que le Congo reste l’un des pays les plus pauvres au monde. D’après le FMI, seuls les habitants de la République centrafricaine seraient plus pauvres. Les dix années de présidence de Kabila n’y ont rien changé. Les émeutes du Kasaï (voir l’article « De sterren van Congo ») émergeaient de l’immense déception liée à ce constat.

Entre-temps, Kabila et son gouvernement instrumentalisent la situation du Kasaï pour plaider le report des élections présidentielles. À croire que l’instabilité ne le dérange pas, pire même : qu’il la provoque en fermant les yeux sur les évasions de plusieurs prisons. Dans l’Ouest du pays, le calme n’est toujours pas revenu. Alors que nous nous trouvions au Nord, les seuls endroits sûrs se trouvaient être les rives du lac Kivu. Dans les collines alentours, des groupes armés font la loi.

Drame électoral

Cette gouvernance et cette situation économique font office de décor instable au drame électoral. La constitution autorise le président à enchaîner maximum deux mandats. Pour Kabila, cela signifie donc que son règne aurait dû s’achever définitivement en 2016. Cependant, il a prétendu que les finances du pays ne permettaient pas l’organisation d’élections, que les listes électorales n’étaient pas fixées, etc. Autant d’excuses qui éveillèrent la colère de la population. Elle descendit à plusieurs reprises dans la rue pour manifester contre le glissement de Kabila. De nombreux citoyens y laissèrent leur vie.

Kabila a tout fait pour saboter l’accord de la Saint-Sylvestre de décembre 2016 qui prévoyait sa sortie politique un an plus tard.

À l’approche du 19 décembre 2016, dernier jour de son deuxième mandat, des affrontements sanglants entre les forces de l’ordre de Kabila et les manifestants étaient à craindre. Il n’en fut pourtant rien : d’une part, la population était effrayée et, d’autre part, l’Église jouait le rôle de médiateur entre la majorité menée par le président et l’opposition. Cette intervention aboutit à la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre. Il prévoyait une transition d’un an, période durant laquelle Kabila demeurerait au pouvoir à condition de choisir son chef de gouvernement dans l’opposition. Fin 2017, le gouvernement devrait organiser des élections présidentielles excluant la candidature de Kabila. Depuis la signature, ce dernier s’est employé à saboter l’accord conclu.

L’abbé Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) ne cache pas se sentir trahi par Kabila : ‘Fin 2016, nous avons négocié pour aboutir à une solution, parce que les manifestations, on sait toujours quand elles commencent mais jamais quand elles s’achèvent. Alors que nous étions convaincus qu’une telle solution était possible, les dirigeants n’ont pas joué le jeu honnêtement. Ils n’ont pas respecté leurs engagements. Depuis, nous avons revu notre position : seule une révolte populaire pourrait changer les choses dans notre pays.’

‘Nous avons pris des risques pour justement éviter l’insurrection de la population. La colère du peuple menaça de déborder à l’annonce présidentielle que l’organisation d’élections requérait un nouveau recensement démographique et que cela pourrait prendre des années. Tout ceci a déjà assez duré,’ peut-on entendre dans les couloirs de l’Église.

‘Les dirigeants de ce pays n’ont pas joué le jeu honnêtement’

Clément Makiobo, de la commission Justice et Paix, nous fait visiter le callcenter mis sur pied au centre interdiocésain de Kinshasa avec l’aide de gouvernements étrangers et d’ONG. Y sont traités les messages de plus de trois cent informateurs salariés rapportant l’avancée des inscriptions sur les listes électorales, des préparatifs des élections et du respect des droits de l’homme dans leur région. L’Église mène également une campagne nationale qui vise à expliquer aux citoyens ce que l’accord de la Saint-Sylvestre signifie, qu’ils ont le droit constitutionnel de manifester pacifiquement et comment faire le meilleur usage de ce droit.

Jeunes activistes

Historiquement, l’Église est la plus importante organisation du pays (voir l’article « Waarom de kerk zo machtig is in Congo »), bien qu’une série de nouvelles organisations aient fait leur apparition. S’adressant principalement aux jeunes, elles se battent, chacune à sa manière, pour un autre Congo, pour un meilleur Congo. Prenons l’exemple de la Jeunesse intercommunautaire du Masisi (JICOM). Le Masisi, cette « petite Suisse » vallonnée de la province du Nord-Kivu, est tombée sous la coupe du Rwanda à plusieurs reprises. Aujourd’hui encore, la région n’est pas sécurisé.

© Kris Pannecoucke

Une série de nouvelles organisations ont fait leur apparition. S’adressant principalement aux jeunes, elles se battent, chacune à sa manière, pour un autre Congo, pour un meilleur Congo.

Nous avons contacté l’antenne de la JICOM à Sake, à trente kilomètres de Goma. Archias Bahati : ‘Nous aspirons à une société pacifique. Nos membres proviennent de différentes communautés : Hunde, Shi, Hutu, Tutsi. Aux jeunes, nous rappelons qu’ils ne doivent pas se laisser séduire par les groupes armés qui tentent de les utiliser. Certains se font tout de même entraîner, faute de trouver un travail. C’est pourquoi nous regrettons que les organisations internationales engagent si peu de jeunes de la région. Récemment, le Programme alimentaire mondial est venu ici pour conduire une étude sans prévoir une personne capable de parler la langue locale. Vous vous rendez compte ?’

Les jeunes n’hésitent pas à dire que si la JICOM s’oppose au régime de Kabila, c’est parce qu’il ‘dévore le pays.’

Les jeunes n’hésitent pas à dire que si la JICOM s’oppose au régime de Kabila, c’est parce qu’il ‘dévore le pays.’ Ils revendiquent davantage d’implication de la population, à commencer par les jeunes, dans la gouvernance du pays. Archias Bahati : ‘Souvenez-vous de ce que Ghandi disait : « Tout ce que vous faites pour moi, sans moi, est fait contre moi. » Ces derniers temps, des assassinats ont lieu presque chaque semaine dans le village voisin, à Kikoma. Personne ne connaît le coupable mais quand nous demandons un renfort d’une quinzaine de soldats, notre demande n’est pas entendue. Il y a de quoi se poser des questions, car l’armée, les services secrets et la police se trouvent tous sur les lieux. Seraient-ils complices des faits ? Autre exemple : l’armée a construit une barrière à l’entrée de Sake. Quand nous cherchons à savoir pourquoi, elle disparaît, puis refait surface trois jours plus tard.’

Initiée par Ghandi, la non-violence active comme moyen d’opposition trouve écho parmi les jeunes. Africa Reconciled est un mouvement de jeunesse que soutient l’association belge Broederlijk Delen. Pascal Muguruka, instaurateur de l’initiative, : ‘La non-violence active, elle vit dans le cœur de chacun. J’ai moi-même été contraint de fuir mon village du Nord-Kivu, furieux contre les responsables. À l’université, j’ai appris l’histoire de Gandhi et j’ai pris conscience que nous devions accepter l’autre, apprendre à nous connaître nous-même et lutter pour la paix. Ce sont les missions de nos clubs locaux. Chez nous, les jeunes s’interrogent sur eux-mêmes et nous les incitons à trouver leur propre voie. Nous les poussons à s’impliquer pour la communauté. En fait, nous travaillons surtout sur l’humain.’

Dans un club de Goma, nous écoutons les histoires des jeunes : l’un confie qu’Africa Reconciled lui a apporté la force nécessaire pour interroger la police sur l’arrestation d’une connaissance, l’autre y a appris qu’il est possible de travailler ensemble dans la diversité. Un troisième déclare que le développement commence par soi-même.

Une caractéristique de ces mouvements nous marque. À l’inverse des ONG classiques, ils sont fondés sur base volontaire, sur l’enthousiasme des participants à s’engager personnellement et non sur l’indemnité journalière qu’ils espèrent encaisser en assistant aux réunions.

La Lucha

Le mouvement de jeunesse le plus populaire, la Lucha (lisez aussi « Het nieuwe Congo komt eraan »), est né du combat des jeunes de Goma pour obtenir l’accès à l’eau potable pour sa population de plus d’un million d’habitants. Bien que la ville borde le Kivu, un grand lac d’eau douce, presque aucune habitation n’est raccordée à l’eau potable. Les Gomatraciens s’approvisionnent grâce à des jerrycans, soit en les plongeant directement dans le lac, soit en les remplissant auprès des camions-citernes qui pompent l’eau du lac avant de la redistribuer en ville. Pas étonnant dès lors que le choléra ne fasse des ravages à Goma. De ce combat local pour l’accès à l’eau a vu le jour un mouvement national de jeunes, comptant des antennes aux quatre coins du pays, qui trouve résonance aussi bien au Congo qu’à l’étranger.

‘Kabila se plaint peut-être que les caisses de l’État soient vides mais cela ne l’empêche pas de dilapider l’argent en pots-de-vin.’

Luc Nkulula est l’un des moteurs de la Lucha. ‘Nous préparons une révolte populaire pour la fin de cette année : Kabila doit tomber’, déclare-t-il sans détours. Ce représentant attend peu des partis politiques existants. ‘Le message qu’ils adressent à Kabila est le suivant : « Partez, laissez-nous votre place pour que nous puissions faire comme vous. »

Moïse Katumbi soudoie les jeunes, par exemple. Kabila lui-même a essayé de nous acheter lors de notre rencontre, l’année passée. Il nous a offert un million de dollars pour « entreprendre pour le développement. » Nous avons refusé. Il ne faut pas capituler pour de l’argent, c’est risquer de perdre toute crédibilité. Nous avons répondu à Kabila d’investir cet argent dans l’organisation d’élections. C’est scandaleux, tout compte fait : il se plaint que les caisses de l’État sont vides mais cela ne l’empêche pas de constamment dilapider l’argent en pots-de-vin.’

Luc Nkulula ne parvient pas à comprendre pourquoi le FMI offre un soutien budgétaire au Congo : ‘Quand la communauté internationale agit de la sorte, elle justifie la corruption.’

À Kinshasa, la grogne monte parmi la population atteignant probablement les douze millions d’habitants, dont des millions de jeunes qui peinent à gagner leur vie. AETA, partenaire de 11.11.11, est une coupole d’organisations luttant pour l’organisation d’élections libres. Son directeur, Gérard Bisambu, est catégorique : ‘Des élections libres ne pourront pas avoir lieu sous Kabila. Il doit d’abord quitter le pouvoir.’ De nos jours, ce genre de propos coûtent cher au Congo. Ce 30 juin, Gérard Bisambu s’est fait arrêter. Depuis, il préfère éviter de dormir chez lui.

Il affirme que dans chaque quartier de Kinshasa, des groupuscules de jeunes se tiennent prêts à manifester une fois le moment venu. Nous partons à la rencontre de quelques uns de ces jeunes à Masina. Leur vie n’est pas facile : l’un vend des cartes téléphoniques, l’autre gagne à peine une centaine de dollars par mois en distribuant du pain. Un salaire trop maigre pour vivre. Tous deux ont aussi été arrêtés le 30 juin. ‘Les policiers nous ont jetés sous les sièges de leur combi. Ils nous ont roués de coups et craché dessus. Ils nous ont dit que nous allions mourir, que c’était le destin des opposants de Kabila.’

Et à présent ?

Pour résumer, l’Église pense que seule une révolte populaire pourrait faire tomber Kabila, soulèvement que la Lucha prépare ce soulèvement. Elle a appelé à manifester ce 31 juillet. Dans un article de Mo* (‘Seul un soulèvement populaire peut amener le changement au Congo’), l’abbé Nshole qualifiait cet appel de réponse à une demande de l’Église. Luc Nkulula, de la Lucha, : ‘Grâce à cet article et à son vif succès, tous les partis de l’opposition se sont ralliés à notre appel.’ De fait, toutes les villes du pays ont vu leurs habitants manifester le 31 juillet. Cela dit, le gros des manifestants était constitué de membres de la Lucha. Luc Nkulula : ‘Les autres ont préféré attendre et voir venir : quand ils ont vu que le gouvernement n’a pas tardé à réprimer sévèrement les manifestations clandestines, ils se sont contenté d’observer. Mais bon, c’était une première action, il y en aura d’autres.’

‘Quand l’Église le dira, nous nous mettrons en marche’, déclare un prêtre d’un quartier populaire de Kinshasa.

Qui viendra donc prendre la place de Kabila ? Moïse Katumbi est le candidat alternatif le plus connu et par là son plus logique successeur. D’aucuns le voient comme un représentant de la vieille garde – membre du parti de Kabila, il a été gouverneur du Katanga durant des années et à la tête d’une fortune colossale. D’autres, en revanche, le considèrent comme un moindre mal, une figure de transition en attendant l’avènement d’un politicien capable d’incarner réellement les idéaux des mouvements de jeunes. ‘Nous avons besoin d’un conciliateur, avisé et charismatique, pour éradiquer la corruption,’ d’après les termes du juriste Loochi Muzaliwa. Quoi qu’il en soit, l’automne s’annonce palpitant.

Traduction : Marie Gomrée

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Over de auteur

  • Globalisering & wereldpolitiek, Oost-Azië, Centraal-Afrika

    John Vandaele bericht over de sociale, ecologische, economische en bestuurlijke aspecten van globalisering.