Injustice éhontée de la politique de colonisation israélienne : ‘Ils rayent la Palestine de la carte!’

Les colonies israéliennes en territoires palestiniens étouffent la viabilité d’un État palestinien, en plus de rendre la vie des Palestiniens impossible. Comment se sentent-ils à côté de voisins aux droits et aux richesses tant décuplés ? Et quand ceux-ci convoitent jusqu’à leurs propres terres ? Willem De Maeseneer s’est rendu sur place pour le savoir.

  • © Paul Van Laethem  Les colonies israéliennes rognent de plus en plus sur les territoires palestiniens et y causent la misère. L'implantation de Yittav dans la vallée du Jourdain utilise le bulldozer ayant détruit les maisons des Palestiniens pour accueillir les visiteurs. © Paul Van Laethem
  • © Willem De Maeseneer La colonie israélienne de Beitar Illit se dresse au-dessus des champs de Wadi Fukin. Le village palestinien rapetisse sous la pression de l’État israélien. © Willem De Maeseneer
  • © Paul Van Laethem Jamila Manasra habite une ferme troglodytique sur son terrain afin d’éviter l’expropriation. © Paul Van Laethem
  • © Paul Van Laethem Jamila Manasra © Paul Van Laethem
  • © Willem De Maeseneer Poste de contrôle Tel Rumeida, à Hébron. Les Palestiniens doivent s’en remettre au bon vouloir des soldats israéliens pour rentrer chez eux. © Willem De Maeseneer
  • © Paul Van Laethem Les pâturages des plateaux de la vallée du Jourdain. Puisque les maisons y sont souvent démolies, les Palestiniens vivent dans des huttes ou des tentes. © Paul Van Laethem
  • © Willem De Maeseneer Abit fait partie des rares commerçants restés d’H2. À Hébron, colons et soldats ne lésinent pas sur la violence pour chasser les Palestiniens. © Willem De Maeseneer
  • © Paul Van Laethem Le petit village d’Al-Jiftlik se trouve dans une zone d’entraînement militaire. Les maisons sont démolies ; les nouvelles constructions, interdites. © Paul Van Laethem
  • @ Paul Van Laethem Deux réservoirs d’eau aux abords du village de Fayasil, dans la vallée du Jourdain. Le village souffre d’un manque d’eau mais ne peut pas approcher les réservoirs. @ Paul Van Laethem
  • @ Paul Van Laethem  Les sources israéliennes sous haute surveillance puisent l’eau plus bas que les palestiniennes. @ Paul Van Laethem
  • © Paul Van Laethem Haeel et Mahmoud. Père et fils sont sous pression pour céder leurs terres © Paul Van Laethem
  • © Paul Van Laethem  Vue depuis la ferme de Haeel, dans la vallée du Jourdain. © Paul Van Laethem

En ce soir de semaine, trois jeunes Palestiniens se retrouvent à leur endroit favori, une colline de la vallée du Crémisan, non loin de Bethléem. Ce splendide coin de nature surplombe Jérusalem, si proche et pourtant hors d’atteinte. La vue ne parvient pas à gâcher leur plaisir, au contraire. Ils ont passé commande au KFC du coin et même embarqué une bouteille de vodka. On y rit et on y chante.

Cet endroit est le dernier espace de liberté qui leur reste pour échapper à la surpopulation du Aida Camp. Leur camp de réfugiés donne sur le mur de séparation d’avec Israël ; des miradors de l’armée israélienne l’encerclent. Là-bas, il pleut souvent … des grenades lacrymogènes. Mais depuis leur colline, les soucis de l’occupation semblent loin. Ou peut-être pas tant que ça ? Quand leurs yeux rencontrent l’horizon, les garçons poussent un soupir. ‘Quel dommage que ce soit notre dernière année ici’, regrette le plus âgé de la bande. En 2018, le mur condamnera leur lieu de rendez-vous pour laisser la place aux colonies israéliennes avoisinantes.

Un exemple illustrant bien la manière dont Israël étouffe lentement mais sûrement les territoires palestiniens depuis les années septante. Les implantations s’étendent chaque année un peu plus et se rejoignent, tandis que les territoires palestiniens fondent et s’isolent. Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, en janvier, la construction de plus de 6 000 nouvelles habitations en territoires occupés a été annoncée. Une telle situation condamne dans les faits la constitution d’un État palestinien. Sa densité de population est trop élevée et, à cause d’Israël, ses sources de carburant et ses sols fertiles, trop rares.

Ce n’est pas tout. Voici l’histoire de la politique de colonisation de la Cisjordanie, une chronique d’injustice éhontée et d’apartheid de fait.

Troglodytes

À Wadi Fukin, un petit village rural au sud de Bethléem, persistent encore des traces de l’ancienne Palestine. Depuis le centre, le regard tourné vers le sud-est de la ville, s’observe un idyllique hameau où les fermiers travaillent la terre. Un infime déviation à gauche ou à droite de cet angle de vue, et la dure réalité refait surface. Le village est encadré de deux colonies israéliennes d’un côté et d’une clôture de sécurité, délimitant la frontière avec Israël, de l’autre.

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Jamila Manasra habite une ferme troglodytique sur son terrain afin d’éviter l’expropriation.

© Willem De Maeseneer

La colonie israélienne de Beitar Illit se dresse au-dessus des champs de Wadi Fukin. Le village palestinien rapetisse sous la pression de l’État israélien.

Jamila Manasra a 86 ans. Elle vit dans une grotte entre ses terres agricoles. Elle possède une belle maison, dans le centre de Wadi Fukin, mais elle craint que l’armée israélienne n’occupe ses terres si elle s’en va. Son mari Hassan, âgé de 95 ans, est infirme. Ils n’envisagent pour autant pas d’abandonner leur terrain. Chaque jour, leurs enfants et les autres villageois leur viennent en aide avec des vivres et un peu de compagnie. ‘J’ai demandé à mes enfants de m’enterrer dans la grotte. Comme ça, les Israéliens ne pourront pas exproprier ma terre.’

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Jamila Manasra

À une vingtaine de kilomètres plus au sud se trouve le poste de contrôle de Tel Rumeida à Hébron. Deux ouvriers palestiniens veulent traverser le passage hautement sécurisé. Ils transportent du matériel de maçonnerie dans un seau, en direction d’un chantier. Leur impatience saute aux yeux. Le soldat israélien bloque la barrière tournante et crie à l’homme au seau de s’approcher. Il est passé trop souvent aujourd’hui ; cette fois il ne passera pas, pas plus que son seau. Humilié, le maçon regarde son collègue, qui devra faire sans son aide et sans matériel.

Parfois, il faut appeler un chat, un chat. La ville palestinienne d’Hébron vit dans l’apartheid, point à la ligne. La colonisation y est extraordinaire. En plein centre historique de cette ville parmi les plus importantes de Palestine vivent environ cinq cent colons Juifs, répartis dans quatre camps. À côté vivent 35 000 Palestiniens, dans une zone appelée H2 en raison des mesures spéciales de sécurité. On dirait une grande base militaire. Les citoyens palestiniens y sont totalement maintenus à l’écart de la petite communauté de Juifs ; lourde répression et ségrégation de fait pour H2.

Les colons sont régis par le code civil d’Israël, mais les Palestiniens tombent sous l’autorité des normes militaires israéliennes. C’est d’ailleurs le cas de l’ensemble de la Cisjordanie. Dans la pratique, cette différence signifie l’impunité pour les colons et l’arbitraire impitoyable pour les Palestiniens. Un exemple : un enfant palestinien peut être condamné à 20 de prison pour avoir lancé une pierre.

Parfois, il faut appeler un chat, un chat. À Hébron règne l’apartheid, point à la ligne.

De plus, les Palestiniens d’Hébron ne peuvent pas librement se déplacer en ville, comme le prouve l’anecdote des maçons. Rien que dans le centre, dix-huit postes de contrôle et une centaine de barrages routiers les en empêchent. À proximité de ces barrages, les touristes veilleront à crier qu’ils ne sont pas musulmans, faute de quoi ils risqueront d’être la cible des fusils.

Le système s’assure que les Palestiniens ne puissent pas approcher les quartiers juifs et que ceux habitant encore le centre de la ville n’accèdent pas comme ils le veulent à leur maison. Les visites familiales sont également interdites.

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Poste de contrôle Tel Rumeida, à Hébron. Les Palestiniens doivent s’en remettre au bon vouloir des soldats israéliens pour rentrer chez eux.

Eaux usées

La vallée du Jourdain pourrait bien être la région souffrant le plus de la politique de colonisation. Elle se situe tout au nord du pays, en bordure de la frontière avec la Jordanie. La région possède les terres les plus fertiles, le paysage le plus ouvert et le plus grand nombre de sources de toute la Palestine. Seul problème : 85 % de son territoire n’est pas accessible aux Palestiniens.

Sur un plateau verdoyant, sous l’œil attentif des montagnes au loin, un berger garde son troupeau de moutons. Une image typique de la vallée du Jourdain, si ce n’est que le berger n’a pas le droit de se trouver là. En effet, l’endroit est étiqueté Military Firing Zone, l’une des manières d’Israël de s’approprier la vallée.

Sur les routes de la région, le paysage varie de montagnes en pâturages. Aux petits groupements de huttes et de tentes abritant des communautés de Palestiniens de la vallée succèdent les colonies israéliennes bétonnées aux sommets des montagnes. Beaucoup des Palestiniens de la vallée vivent dans des huttes depuis que leurs maisons furent détruites par des bulldozers. Israël dispose de différents recours pour rendre le territoire inaccessible aux populations arabes locales : il confisque les terres ou ordonne aux propriétaires de démolir leur bâtiment.

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Les pâturages des plateaux de la vallée du Jourdain. Puisque les maisons y sont souvent démolies, les Palestiniens vivent dans des huttes ou des tentes.

Que sont ces colonies ?

Ces colonies sont des installations de logements construits par Israël pour la communauté juive, sur les territoires palestiniens. Installations illégales selon le droit international. Les Nations Unies considèrent qu’elles violent entre autre la Convention de Genève relative à la protection des civils en zones de guerres. Elle interdit à un État de transférer des citoyens en territoires occupés. Or, c’est exactement ce qu’Israël fait.

Avec ses implantations, il pratique la colonisation démographique. Le gouvernement israélien incite sa population à déménager dans les territoires occupés en lui offrant une faible imposition, des logements sociaux et des prêts à taux bas. Les colonies sont en réalité des installations fortifiées. Des barrières, des postes de contrôle et une division d’environ 8 000 soldats israéliens protègent les implantations et leurs habitants de tout contact avec la population palestinienne.

Tandis que l’occupation oblige les Palestiniens à se rabattre sur des infrastructures dépassées ou endommagées, les colonies en plein cœur des territoires palestiniens peuvent compter sur les infrastructures israéliennes. Par exemple , plus de 200 km de routes en Palestine sont exclusivement réservés à l’usage des Israéliens.

Le grand problème que posent ces colonies, c’est qu’elles divisent les territoires palestiniens en enclaves déconnectées les unes des autres. Sur papier, la région s’apparente à un archipel d’îles. Les implantations israéliennes n’occupent peut-être que 3 % du territoire, leurs infrastructures – réseau routier, bases militaires et zones de sécurité – en recouvrent plus de 40 %. (Statistiques de l’ONG israélienne B’tselem)

De retour chez Jamila, à Wadi Fukin. La décision de cette femme très âgée de vivre dans une grotte pour protéger ses terres a beau sembler extrême, elle ne l’est pas tant que ça. Les colonies alentours continuent de s’élargir, rognant sur le petit village palestinien. Avant 1948, il occupait 1 200 hectares. Aujourd’hui, il en occupe à peine 300, dont près de la moitié (125 hectares) sont menacés d’expropriation.

Israël souhaite relier ses colonies à la frontière étatique. S’il y parvient, le village serait encerclé de toutes parts. Pour le responsable du village, Ahmed Sokal, c’est évident : ‘Ils veulent rendre notre vie ici impossible, ils veulent pousser nos villageois à l’exode et occuper leurs terres.’

‘Ils veulent rendre notre vie ici impossible, ils veulent pousser nos villageois à l’exode et occuper leurs terres.’

La vie à Wadi Fukin n’est déjà pas facile. Les éleveurs n’ont pas assez de prairies pour leurs animaux. La colonie toujours plus vaste de Beitar Illit perturbe la source naturelle d’eau. Les sols sont pollués. La communauté juive surplombant le village déverse régulièrement ses eaux usées dans les champs du village. Voici probablement un beau résumé de la politique de colonisation : les colons se soulagent presque littéralement sur la tête de leurs voisins palestiniens.

Jadis, Wadi Fukin était surnommée “la corbeille à pain de Bethléem”. Désormais, les agriculteurs ont à peine de quoi subvenir à leurs besoins, ce qui pousse beaucoup d’entre eux à aller travailler sur les sites de constructions des colonies. Ils se voient contraints de creuser leur propre tombe.

Ce travail leur vaut les foudres des autres villageois. Sur place, le secteur de la construction n’offre pas d’emploi. Il faut dire qu’il ne reste que peu de place où construire de nouvelles maisons. L’ancienne génération craint que les plus jeunes n’optent pour l’exode.

Amin Manasra n’en veut pas aux jeunes qui veulent déménager : ‘Avant, ma famille possédait 6 000 dounams (600 hectares) de terres dans la région. Il ne nous en reste aujourd’hui plus que 50. Dans ces conditions, les jeunes familles n’ont pas d’avenir ici.’ Ce vieux routier n’a pas l’intention de partir. Il a déjà résisté de la sorte, il y a bien longtemps. L’histoire étrange du village se lit comme un roman :

À la suite d’attaques répétées de groupes de paramilitaires sionistes, l’armée israélienne détruisit le village en 1952. Tous ses habitants durent fuir pour le camp de réfugiés non loin de là, à Dheisheh. Vingt années durant, ils risquèrent leur vie pour retourner exploiter leurs terres et en récolter les fruits. En 1972, ils purent reprendre possession de leur village natal. À l’heure actuelle, Wadi Fukin est le seul cas attesté où les réfugiés palestiniens ont pu rentrer chez eux après la grande Nakba (catastrophe, en arabe : ce mot désigne l’époque de 1948 à laquelle 85 % des Palestiniens partirent en exil).

Une famille, une seule, n’a jamais quitté le village. C’est celle de Jamila Manasra, la troglodyte… Quand les Israéliens attaquèrent, sa famille se retira dans sa demeure de pierre. Aujourd’hui, ils refusent encore de sacrifier leurs terres.

Ville fantôme

Issa Amro a toujours vécu à H2, à Hébron ; il y est né. Toute sa jeune vie, il a milité contre l’injustice de l’occupation. Pour son organisation Youth Against Settlements, la non-violence est une condition sine qua non. ‘La violence est très présente à Hébron. Les colons d’ici sont des fanatiques d’extrême-droite.’ D’après l’activiste, les Palestiniens se font attaquer nuit et jour. ‘Ils dévastent nos magasins, nous crachent au visage ou versent du café brûlant sur nos têtes depuis leurs fenêtres. Tout cela sous les yeux approbateurs des soldats israéliens. Les colons ne quittent jamais leur implantation sans escorte militaire.’

Les cinq cents Juifs d’H2 bénéficient de la protection de plus ou moins 2 000 soldats. Autrement dit, chacun peut compter sur une escorte personnelle de quatre militaires. ‘Ici, aucun système législatif ne protège les Palestiniens’, poursuit Issa. ‘La loi militaire nous présume coupable jusqu’à preuve du contraire.’

‘La loi militaire nous présume coupable jusqu’à preuve du contraire.’

Cette situation pèse sur l’économie. Au fil des ans, des centaines de magasins d’H2 ont fermé leurs portes pour expropriation, violence constante ou contraintes. Les troupes israéliennes ont totalement bloqué la principale rue marchande, Al-Shuhada Street. Pas étonnant que les Palestiniens surnomment H2 Ghost town.

Abit fait partie des rares commerçants restés dans le centre-ville malgré l’occupation. Sa boutique de souvenirs, esseulée, se trouve entre Al-Shuhada et le quartier Juif. Pas plus tard qu’hier, ses voisins israéliens ont tout retourné dans son magasin. Le nombre de fois où cela s’est produit lui échappe. Une fois, la violence de l’attaque lui a valu une fracture crânienne, comme en témoigne le trou assez profond pour la moitié d’un index qu’il en a gardé.  ‘Je suis content que mes enfants soient mariés et aient quitté la maison’, raconte le détaillant. ‘Quand ils habitaient encore ici, j’étais si inquiet que j’avais des problèmes cardiaques.’

© Willem De Maeseneer

Abit fait partie des rares commerçants restés d’H2. À Hébron, colons et soldats ne lésinent pas sur la violence pour chasser les Palestiniens.

Sécheresse dans l’oasis

Dans la vallée du Jourdain, Zainab habite à Al-Jiftlik. Ce petit village se dresse dans une zone d’entraînement militaire. Bien qu’elle voie rarement des exercices de l’armée israélienne, les maisons de ses trois frères furent rasées parce qu’elles s’y trouvaient.

Comme dans d’autres coins de la vallée du Jourdain, la sécheresse sévit ici aussi. Le réseau de distribution nécessite urgemment une rénovation. Les conduits sont vieux, 40 % de l’eau fuit. Mais l’Administration civile israélienne refuse systématiquement les projets de rénovation.

‘Quand tout va bien, nous avons de l’eau pendant quelques heures par jour, tous les deux jours,’ raconte Zainab, ‘Dans ces cas-là, nous nous mettons d’accord pour remplir nos citernes et nous croisons les doigts pour que cela suffise jusqu’à la prochaine fois.’

© Paul Van Laethem

Le petit village d’Al-Jiftlik se trouve dans une zone d’entraînement militaire. Les maisons sont démolies ; les nouvelles constructions, interdites.

Dans tous les villages de la région résonne le même son de cloche : ‘Nous n’avons pas assez d’eau !’ Rashed Khudiri de l’ONG Jordan Valley Solidarity explique le pourquoi de ce manque : ‘Quand notre région relevait de l’autorité jordanienne, nous avions le droit d’exploiter nous-mêmes nos sources d’eau? De 150 à 300 mètres de profondeur maximale.’ Aujourd’hui encore, ces sources sont le seul type d’approvisionnement en eau. Les autorités israéliennes rejettent toute permis de construire émanant des Palestiniens pour de nouvelles infrastructures d’eau.

‘Les canalisations israéliennes passent sous notre maison, mais nous en pouvons pas les utiliser.’

‘Les Israéliens, en revanche, puisent l’eau à 77 mètres de profondeur’, raconte Rashed. ‘C’est pour cela que nos sources s’assèchent et que nos tuyaux de distributions sont pollués.’ En bordure du village de Rashed, on aperçoit deux réservoirs. ‘Israéliens…’ grommèle-t-il. ‘Nous n’avons pas le droit de les utiliser. Si nous nous en approchons, nous sommes abattus ou arrêtés. Les canalisations passent sous notre maison alors que nous mourrons de soif !’

C’est ainsi que les 10 000 Israéliens des colonies consomment 6,6 fois plus d’eau que leurs 56 000 voisins palestiniens. De plus, le gouvernement israélien leur offre une ristourne de 75 % sur leur facture d’eau.

@ Paul Van Laethem

Deux réservoirs d’eau aux abords du village de Fayasil, dans la vallée du Jourdain. Le village souffre d’un manque d’eau mais ne peut pas approcher les réservoirs.

@ Paul Van Laethem

Les sources israéliennes sous haute surveillance puisent l’eau plus bas que les palestiniennes.

Les sources israéliennes approvisionnent en eau les 39 implantations de la vallée. Outre les colons, ces zones comprennent de vastes terres agricoles. Plus de la moitié des implantations de la vallée du Jourdain sont liées à de grandes entreprises agricoles.

Contrairement à leurs collègues palestiniens, les agriculteurs israéliens ne manquent ni d’eau, ni de terres. Leur principale activité est la production de dattes. Environ 60 % des dattes exportées provient donc des colonies illégales de cette vallée. La plupart termine dans les rayonnages européens.

Israël a recours à diverses excuses pour refuser aux Palestiniens le droit de pénétrer dans la vallée. Il a proclamé que la moitié de la région était simplement “terres de l’État d’Israël”. Une autre vaste partie est une zone militaire de tir. Le reste est interdit aux Palestiniens car il s’y trouve des réserves naturelles ou que la zone se trouve à l’intérieur des “frontières communales” des colonies.

Avec les années, l’Israël a déployé une politique systématique mais très efficace d’annexion de la région.

Ce faisant, seuls 15 % de la fertile vallée du Jourdain sont accessibles et exploitables par les Palestiniens. Avec les années, l’Israël a déployé une politique systématique mais très efficace d’annexion de la région.

Haeel Mahmod Bsharat connait mieux que personne le caractère impitoyable de cette politique de colonisation. Il vit dans une fermette dans le nord de la vallée. Les alentours et la vue sont à couper le souffle. Mais ce cadre idyllique se trouve enfermé entre une base militaire, l’implantation illégale de Hamra et un poste de contrôle militaire. Depuis des années, les Israéliens tentent de s’emparer de sa terre, mais le vieux berger ne plie pas. Sa petite ferme est principalement faite de toiles de tente. Par le passé, il avait une grande maison, où il vivait avec ses sept fils et ses trois filles. Ça, c’était avant que les bulldozers de l’armée israélienne ne la démolissent. Chacune de ses tentatives de reconstruction furent contrées avec violence. Ses enfants déménagèrent. Seul l’aîné de ses fils, Mahmoud, resta avec lui.

Les colons de Hamra font preuve de créativité pour faire fuir Haeel. Ses terres furent contaminées, 34 de ses moutons furent empoisonnés, lui-même fut battu dans son pâturage, etc. Les soldats israéliens, eux, sont moins tendres. Depuis 2005, l’homme n’a aujourd’hui plus qu’une seule fille : un camion militaire a écrasé ses deux sœurs. Tuées sur le coup.

‘Je ne peux pas partir. Cela voudrait dire que mes filles sont mortes pour rien. Ici, ma communauté me soutient. Si je reste, c’est pour eux, pour toute la Palestine !’

Quel est l’espoir d’Israël, quel objectif vise-t-il avec son actuelle politique de colonisation ? Au sein du gouvernement israélien, les voix en faveur de l’annexion de la Cisjordanie se font de plus en plus insistantes. Qu’adviendra-t-il alors de la population palestinienne ? Issa Amro propose son analyse : ‘La tactique s’appelle créer des “Facts on the ground”. Les colonies illégales rendent l’État palestinien invivable de facto et justifient par la mêm occasion l’occupation permanente de la région par l’armée israélienne. Ils attendent le prochain grand conflit international. Alors, quand les cartes devront être redessinées, la Palestine en sera effacée. Notre population sera transférée en Jordanie et en Égypte. Il est grand temps que la communauté internationale ouvre les yeux et assume ses responsabilités !’

© Paul Van Laethem

Haeel et Mahmoud. Père et fils sont sous pression pour céder leurs terres

© Paul Van Laethem

Vue depuis la ferme de Haeel, dans la vallée du Jourdain.

Willem De Maeseneer s’est rendu dans les territoires palestiniens en mars dans le cadre de son travail de fin d’étude.

Traduction : Marie Gomrée

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Over de auteur

  • Schrijft over klimaat, conflict en geopolitiek

    Willem schrijft over klimaatopwarming, conflicten en geopolitiek. Geografisch volgt hij voornamelijk, maar niet uitsluitend, Afrika en het Midden-Oosten.