‘Pourquoi les responsables politiques ne nous écoutent-ils pas ?’

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20 juni 2024
Opinie

Jeunesse européenne et africaine : continents différents, mêmes combats

‘Pourquoi les responsables politiques ne nous écoutent-ils pas ?’

‘S'il vous plaît, parlez-nous, pas seulement de nous.’ C'est l'appel clair et direct d'un groupe de jeunes de Belgique et du Bénin qui ont pu se parler grâce à Plan International Belgique.

Nous, jeunes de Belgique et du Bénin, avons une question toute simple : pourquoi les responsables politiques ne nous écoutent-ils pas ? En quoi est-il productif de façonner la coopération internationale sans nous impliquer ? Ne sommes-nous pas celles et ceux qui seront les plus impacté·e·s par les décisions prises aujourd’hui ?

Les photos de tous les sommets politiques ont un point commun : on y voit que celles et ceux qui prennent les décisions sur notre avenir sont bien plus âgé·e·s que nous. Et leur âge n’est pas seulement visible sur les photos, il se reflète aussi bien souvent dans les décisions qu'ils et elles prennent, notamment en matière de coopération internationale. 

Dans le cas de l’Afrique, l’importance de la participation démocratique de la jeunesse est une question centrale.

La plupart des programmes liés au développement visent la résolution des problèmes à long terme. Le développement concerne donc par définition la jeunesse : on plante des graines pour qu’un arbre puisse pousser, solide et vigoureux…

C’est pourquoi nous, jeunes de Belgique et du Bénin, demandons haut et fort aux responsables politiques de nous écouter, nous, ainsi que tous les jeunes de Belgique, du Bénin et du reste du monde. 

Dans le cas de l’Afrique, l’importance de la participation démocratique de la jeunesse est une question centrale. En effet, alors que la population belge compte moins de 30 % de jeunes âgé·e·s de moins de 24 ans, au Bénin, ces jeunes représentent 65 % de la population. La voix de ces jeunes, plus éduqué·e·s et plus conscient·e·s des enjeux de demain que la génération précédente, est donc d’autant plus pertinente dans le débat politique. Aujourd’hui, un·e jeune béninois·se de 18 ans est pleinement conscient·e des défis du monde actuel et a toutes les clés pour pouvoir proposer des solutions concrètes. Tout comme un·e jeune du même âge questionné·e dans les rues de Belgique. 

Bref, partout dans le monde, les jeunes ont une vision claire de l’avenir et souhaitent pouvoir agir pour qu’elle se concrétise.

Globalement, les jeunes ont les mêmes besoins

Impossible ? Nous sommes là pour prouver le contraire. Via un projet conjoint de Plan International Belgique et Plan International Bénin, nous, jeunes de ces deux pays, nous sommes réuni·e·s pour partager les idées de chacun·e·s et les besoins de tou·te·s. Six jeunes belges se sont ainsi rendu·e·s au Bénin à l'automne 2023, tandis que cinq jeunes béninois·e·s faisaient de même en Belgique ce printemps. Nous, rédacteur·rice·s de ce texte, avons eu la chance de pouvoir participer à cet événement exceptionnel.

Lors de nos échanges, nous avons appris que les jeunes d'Afrique et d'Europe partagent des préoccupations et des intérêts politiques communs. Peace, jeune béninoise, est aussi préoccupée par les inégalités qu'Alpha, jeune belge. Ulrich, jeune béninois, se soucie tout autant des questions d'emploi qu'Amaryllis, jeune belge. Le réchauffement climatique aura un impact aussi néfaste sur les jeunes de Cotonou que sur leurs pairs de Bruxelles. Une éducation inclusive et de qualité nourrit tout autant les rêves et les ambitions de Viviane, jeune béninoise, que ceux de Yasmine, jeune belge. 

L'échange entre jeunes belges et béninois a donc mis en lumière d’importantes similitudes malgré l’éloignement de leurs lieux de vie, et en dépit des idées reçues sur nos différences.

Il a également débouché sur une double revendication très claire : nous demandons à nos deux gouvernements, la Belgique et le Bénin, de consulter structurellement les jeunes. Pour la Belgique, notamment dans le cadre de la coopération internationale.

Formaliser la participation des jeunes 

On nous répondra que des jeunes sont régulièrement invité·e·s à des sommets, des événements et des consultations ponctuelles. Mais quand les responsables politiques parlent avec les jeunes, entendent-ils pour autant leurs besoins ? Au lieu d’être considéré·e·s comme des interlocuteur·rice·s légitimes, les jeunes de certains pays africains partenaires de la Belgique, comme le Bénin, sont électoralement instrumentalisé·e·s par les politiciens. Qui les perçoivent comme un group inexpérimenté, au mieux, et au pire comme une menace, ou comme des perturbateur·rice·s. Bref, les jeunes ne sont pas écouté·e·s, ils sont même sciemment ignoré·e·s. 

Ce que nous demandons, c'est une approche structurelle de la participation démocratique de la jeunesse africaine, au niveau national, continental et global. Un des moyens d'y arriver est de demander que la coopération internationale belge promeuve le développement de structures démocratiques en Afrique et partout dans le monde.

De gauche à droite: Angelica Mengozzi (Plan International Belgique), Amaryllis Perotti, Alpha Vuylsteke, Timothy Vermeir (Plan International Belgique), Auriane Peace Ahouandjinou, Ulrich Zinsou, Jago Kosolosky (MO*), Ingrid Bello (Plan International Benin).

Nous comprenons bien que dans les relations politiques et économiques entre nos deux pays, nous en sommes toujours à demander au gouvernement belge de jouer en notre faveur pour amplifier notre participation au Bénin. C'est dommage, mais tel est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

En outre, nous demandons la mise en place de mécanismes structurels, à l’image du Youth Sounding Board de l’Union Européenne, pour assurer la consultation de jeunes ou d’organisations de jeunesse en Belgique et dans les pays partenaires lors de l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des programmes de coopération bilatérale.

Il faut accélérer la prise d’actions concrètes visant à faire des jeunes des leviers importants au cœur des programmes de coopération. L’expérience du mémorandum électoral de Plan International Belgique, basée en partie sur des entretiens avec des jeunes, filles et garçons au Bénin et en Belgique, a permis aux jeunes de porter des plaidoyers auprès des autorités à divers niveaux. Ce fut une occasion unique d’échanger directement avec les responsables politiques et de pouvoir leur exprimer notre engagement. Les discussions autour de la participation des jeunes, des violences basées sur le genre, des droits des filles, entre autres, ont démontré la nécessité d'actions conjointes pour répondre à ces thématiques.

Jeunes, mais pas naïf·ve·s

Nous l’anticipons : certains émettront des réserves concernant la faisabilité de notre projet de promotion de la participation politique de la jeunesse africaine. Arguant que cela pourrait s’avérer complexe, coûteux et peu applicable au modèle africain.

Qu’ils se rassurent, nous ne sommes pas naïf·ve·s. Plan International a démontré que cette ambition est plus que réalisable. Des mécanismes similaires promouvant la participation des jeunes sont déjà en place sur le continent africain. Il existe bien des bases sur lesquelles construire, avec le potentiel de transformer l'avenir de l'Afrique. Il faut désormais les rassembler au sein d'une même structure. Et pour ce faire, la coopération internationale est essentielle.

Ensemble, nous, jeunes d'Europe et d'Afrique, rêvons de politiques dans lesquelles nos voix résonnent.

Par ailleurs, il est urgent, pour instaurer et renforcer la coopération, de solliciter avec insistance les responsables politiques. Dans le but de trouver des occasions d’écoute et d'échange avec la jeunesse. Par le biais, par exemple, de tables rondes et de séances d’échange. Les conclusions de ces échanges peuvent permettre d'actualiser les programmes de gouvernance en définissant de meilleures priorités par rapport aux problèmes rencontrés par la jeunesse. 

Ensemble, nous, jeunes d'Europe et d'Afrique, rêvons de politiques dans lesquelles nos voix résonnent. D’un monde qui permette aux jeunes de participer à la réflexion autour des enjeux auxquels ils et elles seront confronté·e·s demain. 

Un projet de jeunes, par les jeunes et pour les jeunes : c’est la seule solution. Et pour y parvenir, le soutien des responsables politiques est essentiel. Alors s’il vous plaît, parlez avec nous, et plus seulement de nous.

Cet article d'opinion a été rédigé par Auriane Peace Ahouandjinou, Ulrich Zinsou (Bénin) et Amaryllis Perotti, Alpha Vuylsteke (Belgique).