Le Fonds Kris Berwouts présente La Prunelle à un large public

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Le Fonds Kris Berwouts présente La Prunelle à un large public

Groepsfoto met vrijwilligers van de Congolese organisatie  La Prunelle
Groepsfoto met vrijwilligers van de Congolese organisatie  La Prunelle

Le premier cycle annuel du Fonds Kris Berwouts est révolu. Chaque année, le fonds soutient une initiative courageuse dans la région des Grands Lacs africains qui s'inscrit parfaitement dans la philosophie de notre regretté ami et collègue Kris Berwouts et qui apporte une contribution particulière à la reconstruction de la paix, à la gouvernance transparente, inclusive pour les femmes et les jeunes, à la lutte contre la haine et la défense des droits des plus vulnérables. De nombreuses personnes qui ont connu Kris, dont beaucoup de lecteurs de Mo*, apportent leur contribution financière pour soutenir ces initiatives porteuses d’espoir. En 2025, nous avons choisi La Prunelle à Bukavu, en RDC. Prunelle est le mot français qui désigne à la fois la prunelle de vos yeux, votre être ou votre bien le plus cher, et votre fenêtre sur le monde. La directrice Claudine Kitumaini nous parle de son organisation.

La création de La Prunelle peut être considérée comme un acte de résistance contre les pratiques médiatiques courantes au Congo. Quasiment toutes les ficelles sont entre les mains d'hommes âgés, dont beaucoup ont des liens politiques qui les empêchent d'être objectifs. Ceux qui veulent faire passer un message dans les médias, doivent se conformer aux filtres politiques et payer le journaliste. Les jeunes ne peuvent gravir les échelons que s'ils se profilent comme lèche-bottes ou rédigent des articles à la tête du client payant. On est loin d’une presse libre et indépendante.

En juin 2017, lorsqu’il devenait clair que Joseph Kabila n'avait pas l'intention d'organiser des élections à l'issue de son deuxième mandat en tant que président élu du Congo, les médias ont été utilisés pour faire passer cette idée de force à la nation. Quatre jeunes journalistes ont alors décidé de créer le média en ligne laprunellerdc.info. Fin 2017, La Prunelle a été officiellement enregistrée en tant qu'asbl. Deux radios FM ont également vu le jour à Bukavu et à Goma.

Clubs de paix

Le site et les radios forment un groupe de presse créé par et pour les jeunes, qui accorde également une large place aux jeunes femmes qui n'avaient nulle part ailleurs où exprimer leurs idées. Les valeurs maîtresses de La Prunelle sont les droits de l'homme, la démocratie, le vivre ensemble, la cohésion sociale, y compris celle des minorités telles que les peuples autochtones, qui se trouvent tout en bas de l'échelle sociale.

La méthode appliquée est novatrice. Afin d'encourager les jeunes à se forger leur propre opinion et à oser l'exprimer, La Prunelle a organisé des groupes de discussion pour les jeunes à Bukavu et dans les environs : des clubs de paix. Tous les sujets peuvent y être abordés, sans tabou. Et ce sur quoi ils se mettaient d'accord était ensuite transformé en articles en ligne, dans le but d'informer mais aussi d'interpeller.

Cela n'est pas passé inaperçu. Le rédacteur en chef Honneur-David Safari s'est rapidement heurté au gouverneur de la province. Ce dernier a d'abord tenté de l'amadouer, puis de le menacer, mais n'a trouvé aucun moyen efficace de faire taire La Prunelle. L'organisation avait veillé à être en totale conformité avec la législation et à obtenir toutes les autorisations nécessaires à tous les niveaux, afin de prévenir tout litige juridique. Le gouverneur a été poliment informé que lui-même, comme toute autre personne qui se sentait attaquée pouvait toujours exercer son droit de réponse, mais cela ne s'est évidemment jamais produit.

Revirement soudain

La « libération » de Bukavu par les rebelles du M23, soutenus par les troupes rwandaises, en février 2025, a entraîné une situation totalement nouvelle. Les nouvelles autorités autoproclamées, très conscientes de leur manque de soutien populaire, ne veulent bien sûr que des médias qui leur font écho, et non un groupe de jeunes indépendants et critiques qui dénoncent la dure réalité des souffrances de la population dans des articles et des vidéos. Lorsque le M23 a organisé des manifestations forcées entre le 16 et le 23 décembre 2025, notamment à Goma et Bukavu, afin de donner l'impression que la population les soutient, certains jeunes en ont profité pour exprimer leur mécontentement face à la manière dont ils sont contraints d'effectuer le salongo, des travaux d'intérêt général non rémunérés et sont parfois tabassés lorsqu'ils résistent. Le journaliste a longuement interviewé plusieurs jeunes à ce sujet à ces manifestations. Cela a déplu aux chefs rebelles.

Le 28 décembre 2025, il est intercepté alors qu'il rentre chez lui à la tombée de la nuit en moto. Lorsqu’il voit qu’il est poursuivi par plusieurs autres motos, Il a juste le temps d'avertir son épouse au téléphone qu'il se trouve dans une situation dangereuse, puis il disparaît sans traces. Ce n'est que le 31 décembre qu'il est retrouvé dans un terrain vague à l'extérieur de la ville, traumatisé par les tortures qu'il a subies, mais vivant. Le M23 n'a jamais admis avoir organisé l'enlèvement, mais tout semble indiquer que le mouvement rebelle en est l'auteur. Les questions qui lui ont été posées pendant son supplice révèlent clairement qu'ils voulaient comprendre comment La Prunelle avait réussi à conserver son indépendance journalistique dans une région où la partialité est la norme et où les médias sont à vendre.

Leçon

Ils ont sans doute été surpris par la grande mobilisation qui a suivi l'enlèvement. RATECO, le réseau des radios et télévisions communautaires de la province du Sud-Kivu, a immédiatement tiré la sonnette d'alarme. Le réseau des médias en ligne des Grands Lacs REMEL, dont Honneur-David était cofondateur en 2022, a également rapidement manifesté sa solidarité et exigé une enquête indépendante. Seule l'Union nationale de la presse congolaise (UNPC) est restée inerte. Mais cela n'a surpris personne, car le président provincial du Sud-Kivu est actif au sein des services de renseignement des rebelles. Au niveau international également, les choses ont beaucoup bougé. Reporters sans frontières a pris les devants. Le soulagement a été grand lorsqu'il a été retrouvé vivant.

La Prunelle va-t-elle désormais se taire ? Cela reviendrait à renoncer à sa raison d'être et à céder à l'intimidation. Lorsque le groupe de presse a fait état en janvier de 300 tonnes de goudron et de sable emportées par les rebelles lors de leur retraite d'Uvira, le journaliste qui avait rédigé l'article a reçu un appel téléphonique furieux lui demandant « si La Prunelle n'avait pas encore appris sa leçon ». Depuis lors, il n'y a plus eu de nouvelles menaces, mais il est clair que la situation reste délicate.

Bienvenue

Aimeriez-vous savoir comment le Fonds Kris Berwouts a appuyé La Prunelle ? Venez assister à notre soirée de rencontre à Gand le 21 mars. Claudine Kitumaini expliquera en ligne en quoi consistaient les sessions de formation que le groupe de presse a mises en place pour les journalistes fraîchement diplômés, et quels résultats médiatiques ils ont obtenus. Entre-temps, une application est en cours de finalisation. Celle-ci sera téléchargeable gratuitement sur Playstore et App Store, et Claudine la présentera elle-même en primeur au public présent. L’app a pour but d'aider les jeunes à reconnaître les fausses informations et à se prémunir contre les discours haineux.

Nous discuterons ensuite avec nos donateurs de l'initiative que nous souhaitons soutenir en Ouganda en 2026. Nous ferons ensemble notre choix parmi quatre initiatives nominées. Cerise sur le gâteau, un jeune artiste de Goma, Ben Kamuntu, nous surprendra en live avec sa poésie slam engagée. N'oubliez pas de vous inscrire à l'avance via ce site web. Au plaisir de vous y rencontrer !

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