Les bâtiments coloniaux font revivre le passé

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Décoloniser l'architecture

Les bâtiments coloniaux font revivre le passé

Museum van Poni deelt de trots van de Lobi-volken

Le Musée des civilisations des peuples du Sud-Ouest, également connu sous le nom de « musée de Poni », a donné une nouvelle vocation à un bâtiment colonial français depuis 1990.

Museum van Poni deelt de trots van de Lobi-volken

Le Musée des civilisations des peuples du Sud-Ouest, également connu sous le nom de « musée de Poni », a donné une nouvelle vocation à un bâtiment colonial français depuis 1990.

Sarah Daboné et Jean Marie Murhala Corneille

14 septembre 2026

L'héritage de la colonisation européenne a profondément marqué le continent africain. Les bâtiments coloniaux qui subsistent constituent un témoignage tangible de ce passé. Sarah Daboné et Jean Marie Murhala Corneille, deux journalistes de MO*, ont chacun visité un bâtiment colonial où l'histoire de demain continue de vivre.

La colonisation de l’Afrique s’est principalement déroulée à la fin du XIXe siècle, lorsque des pays européens ont pris possession de vastes parties du continent africain et les ont exploitées. Durant cette période, les colons ont importé un style architectural européen adapté au climat local. C’est surtout vers la fin de la période coloniale que le « modernisme tropical » a fait son apparition.

Après la Seconde Guerre mondiale, la résistance au colonialisme s’est intensifiée et de nombreux pays africains ont accédé à l’indépendance. Les nouvelles administrations ont repris de nombreux bâtiments administratifs. Certains d’entre eux, comme une école coloniale à Gaoua, au Burkina Faso, ont trouvé une nouvelle vocation. D’autres, comme le grand bâtiment de la poste dans la ville congolaise de Bukavu, attendent encore un nouvel avenir, mais font déjà rêver de jeunes architectes.

Pour MO*, Sarah Daboné s’est rendue à Gaoua, au Burkina Faso. Jean Marie Murhala Corneille, quant à lui, a visité l’Hôtel de Poste à Bukavu, en République démocratique du Congo.

D’un hôtel de poste colonial à un pôle commercial de la ville

Het postkantoor van Bukavu na de opening in 1957

l'Hôtel de Poste de Bukavu en 1957

À la poste centrale de Bukavu, l’Hôtel de Poste, on n’envoie ni ne reçoit plus de lettres depuis quelque temps déjà, mais le bâtiment reste un important point de repère dans la ville. Ce vieux bâtiment a été construit par le colonisateur belge juste avant l’indépendance. Le bâtiment a été officiellement inauguré en janvier 1957, puis abandonné par les Belges trois ans plus tard, au moment de l’indépendance.

Le nouveau bâtiment devait accélérer les échanges postaux entre les colons. Des boîtes postales étaient mises à la disposition des familles belges, dans lesquelles était déposé le courrier arrivé par avion de Belgique.

À la satisfaction des Congolais, ce service a été maintenu après la période coloniale. Mais au début du siècle, le courrier postal a commencé à perdre de son importance. Avec l’arrivée d’Internet, il a perdu son rôle de premier plan.

Le bâtiment de la Grand Poste de Bukavu est un joyau à perte de « beauté ». Alors que vers les années 60 l'hôtel de Poste figurait dans le top 10 des jolis bâtiments de l'époque, aujourd'hui ce bijou — tout comme d'autres de sa taille — a tout perdu et est resté ce vieux bâtiment presque délaissé, vidé de son jus.

Abandonné à son triste sort le bâtiment abrite encore aujourd’hui diverses activités et services. Des stations de radio et des chaînes de télévision y sont notamment installées, dont le média public Radio et Télévision Nationale Congolaise (RTNC), aux côtés de bureaux d’associations et d’organisations humanitaires.

Les alentours du bâtiment sont envahis par des commerçants offrant des services d'imprimerie et d'autres fournitures de bureau ; d'autres coins du bâtiment sont utilisés comme restaurants, bars et ateliers de couture.

Aujourd’hui, le bâtiment de la poste ressemble à un marché public, tout en restant propriété de l’État congolais et, depuis la prise de la ville au début de 2025, sous l’administration du groupe rebelle AFC/M23.

« L'accès à un local, département de ce bâtiment, requiert l'autorisation du Directeur Général (DG) ayant en charge de l'administration de la Grand Poste et un payement est conditionnel avant tout accès », fait savoir une source ayant gardé l'anonymat. Ce payement est effectué dans le but de renflouer le trésor public.

Aux yeux de plusieurs, ces activités menées à l’intérieur et aux alentours du bâtiment de la poste portent atteinte à l’image de ce monument historique.

Contactée, une source de l'administration de la poste sous la rébellion de l'AFC/M23 affirme toutefois que le rôle de l'hôtel de Poste n'a pas été détourné. Selon cette source, le bâtiment a plutôt trouvé une nouvelle vocation, maintenant que la mondialisation a largement fait disparaître le rôle traditionnel de la poste.

Vandaag is het gebouw van postkantoor van Bukavu nog steeds in gebruik, maar in slechts taat

Dégradation accélérée

La poste a été touchée par au moins trois incendies, ce qui a considérablement accéléré la dégradation du bâtiment. Le tremblement de terre de 2008 a également causé d’importants dégâts.

Les traces du dernier incendie, survenu en 2021, n’ont pas encore été effacées. Une rénovation s’impose, mais reste incertaine compte tenu de la situation sécuritaire extrêmement précaire dans la région du Kivu.

Avant l’occupation par les rebelles de l’AFC/M23, les autorités congolaises avaient promis de rénover le bâtiment. Depuis l’arrivée du mouvement AFC/M23, cette rénovation n’est plus une priorité.

Ces catastrophes ont malheureusement aussi affecté la stabilité du bâtiment. Selon certains, il serait donc plus sûr de le démolir et de le reconstruire afin d’éviter une catastrophe plus grave dans un avenir proche.

La réaffectation des infrastructures laissées par les colons ravive le débat sur une ville en quête de son identité architecturale.

Mais cette question fait aussi rêver de jeunes architectes. Apollinaire Ganywamulume a consacré son travail de fin d’études à ce bâtiment, emblématique à ses yeux. « Nous devons sauver dès maintenant l’un de ces bâtiments importants de notre ville, afin que les générations futures puissent elles aussi en profiter », estime ce diplômé de l’Université catholique de Bukavu (UCB).

Apolinnaire Ganywamuleme wil het postkantoor doen heropleven

La fonction du bureau de poste a aujourd’hui changé, mais selon Ganywamulume, il serait utile d’en rétablir une partie. « Pensez par exemple aux photocopies, à la prise de photos d’identité et à l’impression de photos », explique-t-il. « Mais d’autres activités commerciales peuvent également y trouver leur place. »

« Avec une cour intérieure, des espaces de repos, une bibliothèque et même un centre de documentation consacré au bâtiment lui-même, ce lieu doit aussi devenir un espace de rencontre. » Ganywamulume espère que les autorités seront disposées à mettre sur pied un comité réunissant des personnes souhaitant réfléchir à l’avenir du bâtiment. Lui-même aimerait en faire partie.

Le cœur battant des Lobi

Située à plus de 300 km au sud-ouest de Ouagadougou, non loin des frontières ivoirienne et ghanéenne, Gaoua est le chef-lieu de la province du Poni et la capitale historique du peuple Lobi. C'est dans cette ville, au cœur de la région du Djôrô, que se trouve le Musée régional des civilisations du Sud-Ouest, également connu sous le nom du « musée du Poni », créé en 1990.

Au fil des années, ce bâtiment colonial, autrefois outil de domination, est devenu un lieu de transmission et de fierté. À Gaoua, le musée ne conserve pas simplement le passé : il le remet en mouvement.

Et dans ce Sud-Ouest burkinabè où les savoirs se transmettent souvent à voix basse, il rappelle que la mémoire n'est jamais un vestige, mais une puissance collective.

Bezoek van leden van het Hoger Instituut voor onderwijseducatie samen met leerlingen uit Gaoua

Et dans ce Sud-Ouest burkinabè où les savoirs se transmettent souvent à voix basse, il rappelle que la mémoire n'est jamais un vestige, mais une puissance collective.

Palenfo Sié Gildas Nazaire, animateur culturel et ancien conservateur du musée, en raconte volontiers l'histoire : « En 1920, les colons européens ont initié sa construction, mobilisant la population locale, parfois à travers des travaux forcés, pour créer un espace fonctionnel destiné à faciliter l'administration coloniale dans la région. »

Dès sa construction, le bâtiment n'a pourtant pas été conçu pour accueillir un musée, explique-t-il. Il servait d'abord d'école, accueillant des élèves venus suivre leurs cours. Puis, avec l'arrivée d'une épidémie de trypanosomiase (maladie du sommeil) dans la région, il fut transformé en dispensaire en 1949, hébergeant également les médecins européens venus combattre la maladie.

Dans les années 1980, sous la révolution de Thomas Sankara, le bâtiment connut un troisième usage : « entrepôt d'armes et de munitions pour les Comités de Défense de la Révolution ». Après ces périodes d'activité, il fut laissé à l'abandon, ses murs témoignant silencieusement des époques révolues.

Si le bâtiment a finalement été transformé en musée, cela doit beaucoup à la religieuse française Madeleine Père, assistante sociale et ethnologue. Arrivée à Gaoua en 1961, peu après l'indépendance, elle y vécut quarante ans, immergée au plus près des communautés du Sud-Ouest.

Dans une interview accordée à Relais en 1986, elle l'expliquait d'ailleurs : « Si je suis restée si longtemps en pays lobi, c'est que dans ma profession celui qui passe ne fait rien de sérieux : il faut prendre le temps de connaître les gens, leur milieu, leur mode de vie, leurs coutumes. »

Cette immersion profonde l'amena à comprendre l'urgence de préserver des objets, des symboles et des rites menacés de disparition. Elle collecta auprès des populations Lobi, Birifor, Dagara, Puguli et Gan des pièces qui deviendraient le socle du futur musée.

« Elle voulait préserver les biens culturels qui pourraient servir de repère aux générations futures », rappelle Palenfo Sié Gildas.

Lors de la deuxième édition de la Semaine nationale de la culture, en 1983, elle expose certains de ces objets dans un stand, attirant l'attention des autorités locales. Cette initiative a marqué le début d'un projet ambitieux : réhabiliter le bâtiment colonial pour en faire un musée.

Après des travaux de réfection en 1988, le Musée régional des civilisations du peuple du Sud-Ouest ouvre officiellement ses portes deux ans plus tard. Madeleine Père est décédée en 2002.

Un miroir pour la région

L'architecture coloniale du bâtiment est restée largement intacte. Pour de nombreux habitants, ce musée est devenu bien plus qu'un bâtiment réhabilité. « Le musée de Gaoua représente la mémoire des traditions et des cultures du Djôrô. C'est un miroir qui permet aux communautés de revisiter leur passé pour mieux comprendre le présent », confie Dah Bannon, chef du service de la promotion culturelle et touristique de la région.

Il explique qu'au début, les populations considéraient le musée comme un simple dépôt d'objets anciens. Mais grâce aux sensibilisations, elles en comprennent aujourd'hui l'importance, il ajoute.

Pour Palenfo Sié Gildas Nazaire, la réhabilitation de ce bâtiment colonial en musée est un symbole fort: « C'est une fierté et un honneur pour tous les peuples du Djôrô. Si le musée n'avait pas été créé, les civilisations locales auraient pu disparaître face à l'évolution du monde. »

Initialement, la visite des musées n'était pas ancrée dans les pratiques locales, car perçue comme une activité réservée aux étrangers. Cependant, la pandémie de COVID-19 a favorisé le tourisme interne et sensibilisé les Burkinabè à la valeur de leur patrimoine.

Mais parcourir de longues distances pour se rendre au musée n'est aujourd'hui pas chose aisée. La situation sécuritaire au Burkina Faso reste particulièrement tendue, avec des attaques persistantes de groupes armés djihadistes et un risque élevé de violences et d'enlèvements, surtout en dehors des principales villes. Le musée attire donc désormais principalement un public local et des communes voisines. Les visiteurs sont majoritairement des élèves et des étudiants, et l'établissement enregistre en moyenne près de 200 visites par mois.

Malgré ces préoccupations sécuritaires, le musée joue selon Palenfo Sié Gildas un rôle central dans la promotion de l'identité culturelle, la sensibilisation à l'endogénéité et la transmission du patrimoine aux générations futures.

Les communautés souhaitent même voir le musée renforcé, explique-t-il : clôture, renforcement du personnel, espace de restauration et introduction d'expositions audiovisuelles.

L'ancien conservateur insiste lui aussi sur l'importance de continuer à protéger le bâtiment : « À voir le bâtiment, on ne dirait pas qu'il a plus d'un siècle ; l'architecture est restée intacte. Il est crucial de le préserver, car c'est un joyau architectural colonial. »

La réhabilitation réussie de ce bâtiment illustre comment un patrimoine colonial peut être utilisé pour valoriser la mémoire culturelle, tout en offrant un lieu d'éducation et de découverte pour les générations actuelles et futures.

Cette analyse a été réalisée grâce à un soutien apporté par 11.11.11.
Traduction: Elien Spillebeen.
(Cet article a été initialement publié en néerlandais le 19 août.)

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